
Africa-Press – Niger. Il devait s’agir d’une découverte majeure. « Une première historique » donnant accès à un objet issu d’un autre système stellaire que le nôtre qui aurait même, peut-être, une « origine technologique extraterrestre », claironnait depuis quelques mois le physicien américain Avi Loeb de l’université Harvard.
Mais ce dernier a pris des vessies pour des lanternes, raille le sismologue de l’université John Hopkins Benjamin Fernando. En l’occurrence, les signaux produits par la rentrée atmosphérique d’un météore… par les vibrations engendrées par un vulgaire camion, a-t-il affirmé le 12 mars lors d’un colloque international de planétologie.
Au-delà du Système solaire
L’affaire débute en 2019. En épluchant d’anciennes données du Centre d’études des objets géocroiseurs (CNEOS) de la Nasa, Avi Loeb et Amir Siraj, un de ses étudiants, prétendent avoir débusqué un objet venu d’au-delà du Système solaire.
Noté « CNEOS 2014-01-08 » et mesurant environ 50 centimètres de large, il aurait traversé l’atmosphère terrestre le 8 janvier 2014 avant d’exploser au-dessus de l’océan Pacifique près des côtes de l’île de Manus en Papouasie-Nouvelle-Guinée.
Inférées à partir des observations du CNEOS, la vitesse extrêmement rapide et la trajectoire supposément hyperbolique de l’objet prouveraient son origine. Selon le duo de chercheurs, il serait ainsi le tout premier objet interstellaire dans l’histoire de l’astronomie – trois ans avant le célèbre « cigare spatial » Oumuamua qui a traversé le Système solaire en 2017 et donné lieu à quantité de publications scientifiques.
Satellites espions de l’armée américaine
Les experts sont sceptiques. Car les données du CNEOS proviennent de satellites espions du département américain de la Défense. Les incertitudes de mesure, indispensables pour toute appréciation scientifique, sont en conséquent classifiées, invérifiables, jetant un doute sur les calculs de vitesse et de trajectoire.
La vitesse pourrait être « largement surestimée », répliquent notamment deux astronomes canadiens. CNEOS 2014-01-08 ne serait alors qu’un météore ordinaire issu de la ceinture d’astéroïdes, entre Mars et Jupiter. Qu’à cela ne tienne. Avi Loeb convainc des mécènes de lui fournir 1,5 million de dollars. Objectif: financer une expédition dans la zone supposée du crash afin de draguer les fonds océaniques et récupérer les restes de l’objet.
Signature chimique
En juin 2023, le scientifique américain récupère ainsi des centaines de minuscules « sphérules » riches en fer, d’un demi-millimètre de large en moyenne, gisant à 1,7 kilomètre de profondeur sur une superficie de 10 kilomètres carrés.
Or dans certaines billes métalliques, les concentrations en nickel et en isotopes du fer seraient beaucoup plus faibles que dans les objets terrestres. Et les teneurs en béryllium, lanthane et uranium seraient anormalement élevées: certes à l’état de trace mais 1000 fois plus importantes que dans certaines météorites du Système solaire, annonce Avi Loeb dans une publication.
C’est avec ce traineau équipé d’aimants que les restes du supposé objet interstellaire auraient été retrouvé par Avi Loeb (à droite sur la photographie). Crédit Avi Loeb.
Polluant d’origine humaine
Les critiques fusent. Plusieurs experts pointent, tout d’abord, l’impossibilité de faire le lien entre un flash lumineux observé dans le ciel et des fragments récupérés près de 10 ans plus tard sur une large portion du plancher océanique.
Aux vitesses supposées (supérieures à 100.000 km/h), l’objet se serait par ailleurs complètement désintégré, engendrant des particules beaucoup plus petites encore que les sphérules collectées. Les concentrations en béryllium, lanthane et uranium ne seraient en outre pas les bons marqueurs pour établir chimiquement l’origine interstellaire d’un objet, affirment d’autres chercheurs.
Et en novembre 2023, une étude soutient que les teneurs en fer, nickel, béryllium, lanthane et uranium ressemblent étrangement à celles mesurées dans des « cendres volantes », sous-produits de la combustion du charbon dans les chaudières de centrales électriques ou des machines à vapeur. Un polluant d’origine humaine, autrement dit !
Coup de grâce
Le coup de grâce vient sans doute d’être donné par Benjamin Fernando et ses collègues de l’université John Hopkins. Ils ont analysé les enregistrements sismiques sur lesquels l’équipe d’Avi Loeb s’était fondée pour déterminer la zone de recherche, à quelque 80 kilomètres au nord-est de l’île de Manus.
Données qui provenaient, elles-mêmes, d’un sismomètre installé sur l’île. Or « le signal a changé de direction au fil du temps, en suivant exactement le tracé d’une route passant à proximité du sismomètre », rapporte Benjamin Fernando dans un communiqué.
Il est certes très difficile de confirmer qu’un signal ne provient d’une certaine source, reconnait-il. « Mais nous pouvons prouver qu’il existe de nombreux signaux semblables à celui-ci. Ils possèdent toutes les caractéristiques qu’on peut attendre d’un camion, et aucune, en revanche, d’un météore », tacle de géophysicien.
Le sismomètre utilisé pour localiser la zone supposé du crash est très proche route empruntée par des camions, sur l’île de Manus. B. Fernando et al..
Mauvais signal au mauvais endroit
En examinant les mesures enregistrées le 8 janvier 2014 par une demi-douzaine d’autres sismomètres positionnés en Australie et dans l’archipel des îles Palaos, les chercheurs de John Hopkins ont identifié, toutefois, des ondes sonores caractéristiques d’un météore. Mais il se situe à 160 kilomètres de la zone où ont été récupérées les sphérules !
Les sismomètres utilisés par Benjamin Fernando et son équipe. B. Fernando et al.
« L’emplacement de la boule de feu était en réalité très éloigné de l’endroit où l’expédition scientifique s’est rendue pour retrouver les fragments de ce météore. Ils ont utilisé, non seulement le mauvais signal mais cherché aussi au mauvais endroit », juge Benjamin Fernando. Et ce dernier de conclure que « ce qui a été trouvé au fond de la mer n’a absolument rien à voir avec ce météore, qu’il s’agisse d’une roche spatiale naturelle ou du fragment d’un vaisseau – même si soupçonnons fortement qu’il ne s’agissait pas d’une technologie alien ».
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