Maÿlis DUDOUET
Africa-Press – Niger. Surpopulation, violence, absence de soins, délai de procédure… Sur le continent, les conditions de vie dans les prisons sont souvent indignes. Focus, en infographies, sur trois d’entre elles: Makala en RDC, Kondengui au Cameroun et la maison d’arrêt de Niamey, au Niger.
Vingt-et-un ans derrière les barreaux à attendre un procès qui ne vient pas. C’est ce qu’a vécu Damas Ngoy Nkungu, le « plus vieux prévenu » de la prison de Makala, en RDC, sans que personne ne s’en émeuve. Il a fallu que notre notre confrère Stanis Bujakera Tshiamala alerte sur ce scandale, dès sa remise en liberté après six mois passés dans cette prison, pour que les autorités se saisissent du sujet.
Lundi 25 mars, le président de la Cour de cassation, Élie Ndomba Kabeya, s’est déplacé à la prison pour s’enquérir de la situation. « Je suis venu pour voir s’il était là, je vais suivre ce dossier », a-t-il déclaré en marge de sa visite au Centre pénitentiaire de rééducation de Kinshasa (CPRK), le nom officiel de la prison de Makala, lors de laquelle il n’a pu que constater que « cette prison est devenue totalement insalubre ». Jeudi 28 mars, Firmin Mvonde, le procureur général près la Cour de cassation, est revenu à son tour sur le sort de Damas Ngoy Nkungu. Il s’avère, affirme le magistrat, que ce dernier serait « un condamné de la cour d’ordre militaire ». Il aura fallu presque une semaine pour que l’information, si elle est avérée, soit trouvée par les autorités judiciaires.
À Makala, dix fois trop de détenus
Au-delà de ce seul cas emblématique, le témoignage de Stanis Bujakera Tshiamala a provoqué un début de prise de conscience: 67 détenus ont été libérés sur injonction d’une commission spéciale mise en place dans le but de désengorger Makala. Un premier pas bien timide dans un processus plus vaste, assurent les autorités. La prison, construite en 1957 pour « accueillir » 1 500 détenus, en hébergeait, début 2024, près de 15 000.
Le taux de surpopulation de la prison congolaise est indéniablement l’un des pires du continent. Mais le phénomène se retrouve, à des degrés différents, dans de nombreux autres lieux de privation de liberté. Au Niger, la maison d’arrêt et de correction de Niamey affichait ainsi, en 2023, un taux de surpopulation correspondant à quatre fois sa capacité d’accueil. Au Cameroun, à la prison centrale de Yaoundé, appelée prison de Kondengui, le ratio est peu ou prou identique, selon des chiffres recueillis par Jeune Afrique en 2019.
Points communs de ces trois prisons ? Toutes sont situées au cœur d’une capitale, dans une zone fortement urbanisée. Elles sont par ailleurs toutes des vestiges du passé colonial et ont toutes été construites il y a au moins six décennies. En 1957 pour Makala, en 1947 pour la prison de Niamey et en 1968 pour la plus récente, celle de Kondengui. Toutes, également, sont dans un état de vétusté plus qu’avancé.
Le phénomène de surpopulation carcérale n’en est pas moins, à des degrés divers, quasi généralisé. L’exemple du Cameroun est à ce titre éclairant: selon des statistiques du ministère camerounais de la Justice, en 2021, le taux d’occupation variait certes fortement d’une prison à l’autre, mais toutes était en situation de dépassement. La prison centrale de Garoua – prévue pour 500 détenus –, et celle de Douala New-Bell – construite pour 960 prisonniers –, comptaient respectivement 1 860 et 4 739 détenus, soit des taux d’occupation de 372 % et 493 %.
L’Afrique est pourtant le continent qui incarcère le moins. Si la population carcérale du continent a augmenté de 15 % depuis 2000, la population générale a, elle, augmenté de 44 % sur la même période, selon Tendances et pratiques actuelles du recours à l’emprisonnement, une étude de la Croix-Rouge internationale publiée en 2018. Le continent a-t-il besoin de plus de prisons ? « Malgré les stratégies de construction de nouveaux établissements, il n’y a pas assez de places pour faire face à l’augmentation de la population carcérale. Plus vous construisez de prisons et plus vous mettez de monde en prison et ainsi, la surpopulation ne descend pas », juge Carole Berrih, consultante spécialisée dans les systèmes carcéraux en Afrique auprès d’ONG et d’organismes onusiens.
Une justice qui traîne
Une des problématiques fortes, qui constitue l’une des principales raisons de cette surpopulation endémique, tient aux délais de traitement des procédures judiciaires. Au Niger, à la maison d’arrêt et de correction de Niamey, six détenus sur dix sont des prévenus: ils sont dans l’attente de leur jugement. Le délai, pour des personnes accusées de crimes, peut atteindre dix ans de détention préventive. Mais la majorité de ces prévenus oubliés sont accusés de petits délits. « Certains attendent parfois jusqu’à trois ans pour un simple vol de poules », constate Carole Berrih, qui pointe aussi « des cas où les dossiers sont perdus au fil des ans ».
Surpopulation inhumaine
Dans les cellules surpeuplées, les conditions sont indignes. « Dans la prison de Niamey, les détenus peuvent être forcés à dormir jusqu’à 200 dans des chambres collectives si petites qu’ils doivent s’installer “en sardine” pour se coucher. Ils sont allongés sur une dalle en béton », relate Carole Berrih. « Et ce sont loin d’être les plus mal lotis », soupire-t-elle. Dans le pire des cas, les prisonniers doivent passer leurs journées « dans de tout petits espaces, accroupis, collés les uns aux autres, à côté de bidons découpés qui servent de pots de chambre ».
Un calvaire auquel échappent certains prisonniers… quand ils en ont les moyens financiers ou symboliques. Les inégalités sociales, entre les murs de la prison, sont aussi abyssales qu’à l’extérieur. À Makala, comme à Kondengui ou à Niamey, des quartiers VIP ont été aménagés. Ils sont réservés aux fonctionnaires, acteurs politiques, militants – médiatiques – de la société civile ou encore aux journalistes. Là aussi, tout se paie. Matelas, télévision, accès à une cuisine ou cellule avec toilettes individuelles… Tout a un prix.
Source: JeuneAfrique
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