Par Aly Asmane Ascofaré
Africa-Press – Niger. Le Mouvement patriotique pour la liberté et la justice (MPLJ), groupe armé rebelle créé en août 2024, monte en puissance dans le nord-est du pays. En s’attaquant à la manne pétrolière, il affirme vouloir s’attaquer directement au pouvoir d’Abdourahamane Tiani.
Le 16 novembre, le Mouvement patriotique pour la liberté et la justice (MPLJ) a revendiqué une opération de sabotage du pipeline qui achemine le pétrole du nord-est nigérien vers le port béninois de Sèmè-Kpodji. L’attaque, menée près d’Agadem dans la région de Diffa, a été revendiquée en bonne et due forme quelques jours plus tard par le mouvement dirigé par Moussa Konaï, qui en a profité pour menacer explicitement « toutes les sociétés et entreprises collaborant avec le régime des putschistes » et exiger l’arrêt des activités minières et pétrolières tant que l’ordre constitutionnel ne sera pas rétabli dans le pays.
Cette escalade intervient après plusieurs « avertissements » adressé ces derniers mois par le MPLJ à la junte dirigée par Abdourahamane Tiani. Début septembre, le mouvement affirmait déjà avoir mené une attaque meurtrière contre les forces armées nigériennes à Chirfa, près de Djado, dans la région du nord-est du pays frontalière avec l’Algérie et la Libye. Le groupe armé avait alors revendiqué avoir tué 16 soldats nigériens. Sa stratégie qui consiste à combattre pour le retour à l’ordre constitutionnel au Niger, peut-elle réellement fragiliser le pouvoir, dont l’assise repose autant sur le contrôle militaire que sur la manne pétrolière?
• Moussa Konaï, chef rebelle familier du désert
Issu d’une scission du Front patriotique de libération (FPL), fondé en 2023 par Mahamoud Sallah, le MPLJ est dirigé par Moussa Konaï, ancien commandant du FPL. Dans la région de Diffa, Konai s’est forgé la réputation d’un « baroudeur actif qui met toujours ses menaces à exécution ». Il a démontré sa capacité à conduire des opérations ciblées, y compris à proximité d’Agadez et des sites aurifères du nord du pays, pourtant très sécurisés.
Fort d’une connaissance fine du désert nigérien dans lequel il évolue de longue date, Moussa Konaï dirige un groupe composé en grande partie de combattants issus des communautés Toubou. Il bénéficie ainsi d’un ancrage local fort, dans un espace transfrontalier à cheval sur le Tchad, la Libye et le Niger.
Cela lui permet de bénéficier de zones de repli, ainsi que d’un vivier de recrutement pour mener une guérilla selon une méthode désormais bien rodée: des incursions éclair, menées sur des cibles considérées comme stratégiques, avant que les assaillants ne prennent la fuite pour disparaître dans le désert. « Le Tchad et la Libye collaborent avec le Niger pour les stopper, mais aucun de ces pays n’est suffisamment armé pour empêcher complètement leur circulation », souligne un analyste nigérien qui a souhaité conserver l’anonymat.
• Le MPLJ, une menace économique plus que militaire
Pour autant, la puissance du MPLJ reste limitée. Depuis deux ans, plusieurs mouvements armés opposés à la junte de Tiani ont émergé – notamment le FPL dont le MLPJ est une émanation. Tous revendiquent le soutien à Mohamed Bazoum dont ils exigent la libération, et le retour à l’ordre constitutionnel. Mais ces mouvements qui affirment défendre la même ligne ne sont pas encore parvenus à s’unir, bien au contraire, même. « Chacun défend son chef, son réseau et son influence communautaire, note Oumar Lol Arami, ancien coordinateur du FPL en Europe. Le résultat, c’est qu’au-delà des opérations ponctuelles, il n’y a pas de stratégie unifiée. »
Cette fragmentation bride la capacité de projection du MPLJ. Le mouvement ne dispose d’aucune implantation dans les grands centres urbains, d’aucune structure politique solide et n’a pas les moyens militaires d’affronter directement les forces armées nigériennes, confirment plusieurs spécialistes sécuritaires. En revanche, ses attaques sporadiques peuvent constituer un réel risque pour les finances de l’État. « Si les groupes décident de dépasser leurs rivalités pour œuvrer ensemble, alors Abdourahamane Tiani pourrait être réellement inquiété sur le plan sécuritaire. Pour le moment, ce n’est pas le cas », conclut l’analyste sécuritaire précédemment cité.
• Le pétrole, talon d’Achille d’une junte financièrement asphyxiée
Pour la junte, le risque est donc avant tout économique. Les autorités nigériennes disposent d’une marge de manœuvre financière extrêmement réduite depuis la suspension d’une partie de la coopération internationale aux lendemains du coup d’État de juillet 2023. Certes, l’accord conclu en avril 2024 avec la Chine – un prêt de 400 millions de dollars – a constitué une bouée de sauvetage essentielle pour maintenir l’État à flot, mais l’équilibre est des plus fragiles. « Toute perturbation du pipeline ou de la production de pétrole brut menace directement la seule ressource financière stable du régime », analyse Oumar Lol Arami, directeur exécutif d’Initiative pour la participation citoyenne sur les industries extractives (IPCIE), une ONG nigérienne.
Les attaques ciblées du MPLJ contre les infrastructures pétrolières ne relèvent pas d’un simple geste symbolique. Elles visent le cœur de la résilience économique du pouvoir, au moment même où Niamey multiplie les initiatives pour tenter de contrer l’assèchement des finances publiques. La création du Fonds de solidarité pour la sauvegarde de la patrie, puis l’opération « 100 francs pour la patrie » lancée dans les écoles du pays en octobre, illustrent la pression budgétaire croissante qui pèse sur l’État. Si des opérations ciblant les flux d’hydrocarbures venaient à se multiplier, les conséquences seraient « très sévères », estime Arami.
• Abdourahamane Tiani face au risque d’un nouveau front
Le chef de la junte nigérienne sait qu’il lui est indispensable de maintenir ouvertes les vannes pétrolières. L’enjeu est d’autant plus crucial que le Niger s’est engagé à rembourser le prêt chinois sur douze mois, avec un taux d’intérêt de 7 % prélevé directement sur les revenus issus du pétrole extrait dans la région d’Agadem.
Conscientes de cette fragilité, et déjà confrontées aux jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) et de l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), les autorités nigériennes cherchent à éviter l’ouverture d’un nouveau front armé. Ces derniers mois, Niamey a multiplié les médiations discrètes avec ces groupes. « L’exemple le plus récent est la libération du sous-préfet de Bilma, obtenue après négociation », rappelle l’analyste. C’est également dans cette logique que le gouvernement a convaincu neuf combattants du FPL à se rendre, en novembre 2024. « Mais ces efforts ont des limites à partir du moment où Tiani refuse catégoriquement toute discussion qui impliquerait la libération de Mohamed Bazoum ou un retour rapide à l’ordre constitutionnel », relève Oumar Lol Arami. Des lignes rouges qui rendent tout accord durable entre l’État et ces groupes rebelles d’autant plus improbables que ces derniers campent, eux aussi, sur leurs exigences.
Source: JeuneAfrique
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