Niamey: Leviers ÉConomiques pour Transformer Durablement

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Niamey: Leviers ÉConomiques pour Transformer Durablement
Niamey: Leviers ÉConomiques pour Transformer Durablement

Adamou Louché Ibrahim

Africa-Press – Niger. Le 28 décembre 1926, Niamey fut érigée en chef-lieu de la colonie du Niger. Près d’un siècle plus tard, cette décision historique continue de structurer le destin politique, économique et social de la ville. Pourtant, malgré les efforts entrepris ces dernières années — notamment à travers le programme « Niamey Nyala » ou encore plus récemment, avec les différentes actions qu’entreprennent les nouvelles autorités visant l’embellissement et la modernisation de la capitale et qu’il convient de saluer et d’encourager au passage — Niamey peine encore à répondre aux standards d’une grande métropole africaine du XXIe siècle. Elle reste à distance du modèle attendu: une ville capable d’articuler harmonieusement croissance démographique, dynamisme économique, cohésion sociale et durabilité environnementale. Une ville où la planification urbaine prend pleinement en compte les réalités culturelles, économiques et sociales, afin de mieux répondre aux aspirations d’une population jeune, dynamique et en constante expansion.

Une capitale en décalage avec ses ambitions

À l’image de nombreuses capitales africaines issues de la période coloniale, Niamey s’est développée selon une logique administrative plutôt que selon une logique économique ou territoriale. Ce modèle initial, largement hérité, n’a pas été réajusté à temps pour accompagner l’explosion démographique, la diversification des activités et les nouvelles attentes en matière de services publics urbains. Ainsi, malgré quelques signaux de modernisation — réfection de voiries, construction d’infrastructures, initiatives environnementales à l’image de la Ceinture Verte — l’écart demeure important entre la vision stratégique affichée et la réalité du terrain.

Plusieurs défis persistent: Une urbanisation rapide mais peu maîtrisée ; un système de gouvernance fragmenté et peu efficace ; une économie urbaine encore informelle à plus de 70 % ; une pression démographique qui dépasse largement les capacités actuelles de planification ; et un manque criant d’infrastructures modernes capables de soutenir la compétitivité de la ville.

Cette situation fragilise la cohésion sociale, limite la création de richesses et ralentit l’intégration de la capitale dans les dynamiques économiques régionales et internationales.

Les freins majeurs: l’enjeu central de la gouvernance

Parmi les causes les plus structurelles de cette performance insuffisante, la gouvernance urbaine occupe une place centrale. En effet, la faiblesse de la coordination entre institutions, l’insuffisance de planification stratégique, et parfois l’absence de continuité dans les politiques publiques, constituent des freins majeurs à la transformation durable de la ville.

La gouvernance actuelle peine à: assurer une gestion cohérente du foncier ; garantir un environnement urbain propre et salubre ; réguler convenablement le commerce, les transports et l’occupation de l’espace public ; mobiliser et utiliser efficacement les ressources financières locales ; promouvoir des partenariats solides avec le secteur privé ; offrir une vision d’ensemble à long terme.

Ces lacunes entravent la mise en œuvre d’initiatives pourtant essentielles au développement urbain. Résultat: les défis s’accumulent plus vite que les solutions, et le fossé se creuse entre les besoins de la population et la capacité des institutions à y répondre.

Une accumulation de défis qui menace la résilience de la ville

L’un des défis les plus visibles est celui de l’insalubrité. La gestion des déchets, insuffisamment organisée, ne parvient pas à suivre le rythme de croissance de la population. Les décharges sauvages, les dépôts dans les quartiers périphériques et l’absence de tri participent à une dégradation générale de l’environnement.

À cela s’ajoute un niveau préoccupant de délinquance, souvent alimenté par le chômage des jeunes, la vulnérabilité sociale et l’absence d’équipements socio-éducatifs modernes. Le foncier représente quant à lui un autre point de tension majeur, avec la multiplication des litiges, l’absence de régulation claire et la spéculation qui accentue les inégalités.

En l’absence de réponses innovantes et courageuses, ces défis risquent de s’aggraver de manière exponentielle dans les prochaines décennies. Car la pression démographique à venir constitue un véritable tournant: la population de Niamey, estimée à 1,3 million d’habitants en 2020, pourrait atteindre 2,3 millions en 2050. Cette croissance de près d’un million d’habitants supplémentaires imposera une transformation rapide des infrastructures, des systèmes de transport, de l’offre de logement et plus largement de la gestion urbaine.

La croissance démographique: menace ou opportunité?

Cette dynamique démographique représente certes un défi immédiat en termes de logement, d’emplois et de services urbains. Mais elle constitue également une opportunité historique. Niamey pourrait devenir un puissant moteur de croissance économique pour l’ensemble du pays, à condition de mobiliser pleinement son potentiel: une population jeune (plus de 60 % ont moins de 25 ans) ; un bassin de consommation en expansion ; une position géographique stratégique ; un marché urbain dynamique en matière de services, de transport, de commerce et d’innovation.

L’enjeu n’est donc pas d’endiguer cette croissance, mais de l’absorber et de la transformer en levier de prospérité.

Quels leviers économiques pour transformer durablement Niamey?

Pour transformer durablement la capitale nigérienne, six leviers majeurs peuvent être activés. Premièrement, repenser la gouvernance urbaine. La première transformation doit, en effet, être institutionnelle. Niamey ne pourra progresser qu’à travers une gouvernance plus cohérente, moderne et transparente. Cela nécessite: une clarification des compétences entre ville, communes, État et agences spécialisées ; une planification urbaine fondée sur des données fiables ; un renforcement de la participation citoyenne ; une professionnalisation de la gestion municipale ; et une lutte rigoureuse contre la corruption et les détournements.

La ville doit se doter d’un cadre institutionnel permettant de porter une vision à long terme et de garantir la continuité des politiques publiques.

Deuxièmement, mobiliser des financements innovants. La transformation urbaine ne peut pas reposer uniquement sur les budgets publics traditionnels. Trois pistes essentielles doivent être explorées: les partenariats public-privé (PPP) pour les infrastructures, l’énergie, les transports ; les obligations municipales, outil encore peu utilisé mais très prometteur ; la fiscalité locale modernisée, notamment à travers la digitalisation des recettes.

Sans moyens financiers à la hauteur des ambitions, aucune politique urbaine durable n’est possible.

Troisièmement, structurer une économie urbaine plus productive. Niamey doit favoriser le passage progressif d’une économie majoritairement informelle à une économie mixte, plus structurée, plus innovante et plus compétitive. Cela passe par: la création et le développement des zones économiques dédiées aux TPE, PME et aux startups ; un soutien à l’entrepreneuriat local ; la valorisation des chaînes de valeur agricoles, commerciales et artisanales ; des incubateurs d’innovation numérique.

La capitale doit devenir un espace de création de richesses, et non seulement un centre administratif.

Quatrièmement, résoudre la question du foncier et du logement. Sans maîtrise du foncier, aucune planification n’est viable. Niamey doit mettre en place un cadastre digitalisé, sécuriser les titres fonciers, lutter contre les lotissements anarchiques, encourager des programmes de logements sociaux et intermédiaires et développer de nouveaux pôles urbains planifiés. Le foncier doit devenir un outil de développement, et non une source permanente de conflits.

Cinquièmement, moderniser les infrastructures de base. La transformation durable exige des investissements massifs dans les routes et les transports collectifs, la gestion des déchets, l’accès à l’énergie et à l’eau potable, la connectivité numérique ainsi que les équipements éducatifs, culturels et sportifs. Ce sont ces infrastructures qui conditionneront la qualité de vie des habitants et l’attractivité économique de la ville.

Enfin, renforcer le capital humain. La dynamisation de Niamey dépendra également de la formation, de l’éducation et de l’employabilité des jeunes. Investir dans le capital humain, c’est renforcer la capacité de la ville à innover, à entreprendre et à atteindre une croissance inclusive.

Pour une transition urbaine réussie: urgence, vision et courage

La transformation de Niamey n’est ni un luxe ni une option: c’est une nécessité stratégique pour le Niger. L’avenir économique du pays dépend largement de sa capacité à développer une capitale inclusive, durable, résiliente, compétitive et attractive pour les investissements.

La transition urbaine annoncée représente à la fois un défi urgent et une opportunité historique. Niamey peut devenir une capitale moderne, tournée vers l’avenir, mais cela exige une action déterminée dès maintenant. Une planification proactive, une gouvernance rénovée et des financements innovants peuvent permettre à la ville de réaliser son plein potentiel de prospérité.

En agissant aujourd’hui, Niamey peut inscrire sa croissance sous le signe de la durabilité, de l’inclusion et de la résilience, tout en ouvrant la voie à un avenir dynamique et prometteur pour l’ensemble des Nigériens.

Source: lesahel

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