Africa-Press – Niger. C’est un variant génétique rare et précieux pour ceux qui ont la chance de le porter. rs17834140-T, de son nom scientifique, vient d’être découvert par une équipe américaine. Il est capable de réduire le risque de leucémie chez un individu, ainsi que de ralentir la progression de la maladie chez les personnes touchées. Un éclairage important pour comprendre pourquoi certaines personnes sont naturellement plus résistantes à l’apparition des cancers du sang.
Avec l’âge et à mesure que les tissus vieillissent, ils accumulent silencieusement de nombreuses mutations susceptibles de favoriser le cancer. Ces mutations touchent aussi l’hématopoïèse, l’ensemble des mécanismes impliqués dans la production des diverses cellules sanguines. Et ce, même chez les personnes en bonne santé.
Chez tout le monde, les cellules souches du sang, appelées cellules souches hématopoïétiques, produisent et renouvelent toutes les cellules du sang tout au long de la vie. Une cellule souche peut se diviser et donner naissance à de nouvelles cellules. Toutes les cellules qui en résultent portent alors les mêmes mutations que la cellule d’origine. On les appelle des « clones ». Or parfois, les clones de cellules souches sanguines mutées deviennent plus nombreux que les autres, sans qu’il y ait encore de cancer ni de symptôme. Cet état, appelé le CHIP (hématopoïèse clonale de potentiel indéterminé), n’est pas une maladie à part entière mais plutôt un état à risque. Certains clones de cellules souches mutées restent même stables ou diminuent avec le temps, ce qui suggère que des facteurs héréditaires et/ou environnementaux peuvent freiner ou ralentir le phénomène.
« La plupart des recherches se sont concentrées sur les raisons pour lesquelles le risque de cancer augmente. Par exemple, les individus avec des problèmes immunitaires ou de la réparation des dommages à l’ADN », explique à Sciences et Avenir le premier auteur de ces travaux, le Dr Gaurav Agarwal, du Broad Institute et de la Harvard Medical School (Etats-Unis). « Dans cette étude, nous renversons la question et demandons — pour la première fois — pourquoi certaines personnes ne développent pas de cancer. »
Pour essayer de comprendre pourquoi certaines personnes de la population semblent résister à ces mutations, l’équipe a réalisé une méta-analyse incluant plus de 640.000 individus, à la recherche de variants d’ADN hérités avec un effet protecteur. C’est ainsi qu’ils ont identifié rs17834140-T, une variante génétique qui diminue la probabilité de développer des cancers du sang. A elle seule, elle est capable de produire tout un effet de cascade génétique.
Tarir toute une cascade génétique
On savait déjà que le gène MSI2 s’avère très important dans le maintien et la prolifération des cellules souches sanguines. Quand son activité baisse, les cellules deviennent moins capables de se multiplier de façon excessive. Pour que MSI2 fonctionne normalement, un facteur de transcription appelé GATA-2 se fixe sur l’ADN pour activer l’expression du gène MSI2. Or le gène tout juste découvert, rs17834140-T perturbe le site de fixation. GATA-2 se fixe moins bien et le gène MSI2 est moins bien exprimé. Avec, à la clé, un large effet protecteur. MSI2 ne contrôle pas un seul gène, mais tout un réseau de gènes qui aide les cellules souches mutées à se maintenir et se multiplier. Quand MSI2 est affaibli, tout le réseau de gènes qui en découle est aussi affaibli.
Ces résultats laissent espérer de nouvelles voies de traitement aux chercheurs. « Nos résultats montrent que certaines personnes sont naturellement protégées contre les cancers du sang parce que leurs cellules souches sanguines fonctionnent avec une activité plus faible de MSI2. Cela fournit une preuve génétique humaine que le fait de reproduire cet état — en ciblant MSI2 ou son réseau d’ARN en aval — pourrait être utilisé pour prévenir la leucémie chez des individus à haut risque, ou pour traiter des patients atteints d’une maladie déjà établie », explique le Dr Agarwal.
Entre 1 et 5% de la population porte ce précieux gène
D’autant plus que MSI2 et son réseau semblent jouer un rôle central dans la gravité des cancers du sang. L’étude montre que ce même réseau de gènes est très actif dans les cellules souches portant des mutations cancéreuses à haut risque ainsi que chez des enfants atteints de leucémie myéloïde aiguë. Dans ces cas-là, une forte activité du réseau est associée à une maladie plus agressive et une survie plus faible.
Si l’étude vient tout juste d’être publiée dans la revue Science, l’équipe en est déjà à l’étape d’après. Elle mène actuellement des études précliniques supplémentaires afin de déterminer les stratégies les plus efficaces pour cibler MSI2 et pour identifier les populations de patients les plus susceptibles d’en bénéficier. « Plus largement, nous utilisons les variations génétiques héritées comme un prisme pour mettre en évidence d’autres voies biologiques conférant une résilience au cancer. Nous avons pour objectif de développer de nouvelles approches thérapeutiques qui ne se contentent pas de traiter la leucémie, mais pourraient, à terme, contribuer à la prévenir. » A l’heure actuelle, entre 1 et 5% de la population serait porteuse de ce précieux gène, hérité de ses parents.
Pour plus d’informations et d’analyses sur la Niger, suivez Africa-Press





