La lutte traditionnelle et ses rites : Le côté mystique de l’Arène

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La lutte traditionnelle et ses rites : Le côté mystique de l’Arène
La lutte traditionnelle et ses rites : Le côté mystique de l’Arène

Africa-Press – Niger. La lutte traditionnelle est beaucoup plus culturelle que sportive au Niger. Les combats ne sont pas que physiques, ils sont empreints d’une sorte de mysticisme. La majorité des lutteurs, voire tous, viennent à l’arène chacun chargé de gris-gris de toute sorte, attachés au cou, au bras, à la jambe et ou surtout à la hanche. Avant tout combat, quelques secondes leur sont accordées, pour des invocations et certains protocoles mystiques. Les rites diffèrent et sont de diverses significations. L’on applique des consignes de son marabout, son charlatan, son génie ou les trois à la fois. Protection, courage, force et chance sont entre autres les causes les plus attendues. C’est en effet un aspect caractéristique de nos traditions africaines et nigériennes en particulier, dans des circonstances de confrontation pareille. Cependant, les pratiques des uns sont plus mystérieuses et édifiantes que celles des autres.

Avant, pendant et après les combats, c’est tout un rituel. Balla Harouna de Zinder, Oumarou Bindigaou de Maradi et le journaliste sportif grand spécialiste de la lutte traditionnelle nigérienne Issoufou Kodo nous confirment que les mystères de l’arène sont bien réels. « Il y’a plus de 30 ans, à Agadez, il y’a eu un combat entre Chaibo Mati de Zinder et Sani Moumouni de Maradi, en demi-finale. Etant un peu épuisé, je m’étais mis à l’écart sur une sorte de plateforme en hauteur de notre car de l’ORTN. Je voyais le spectacle du haut, et curieusement, il y’avait un monsieur juste à côté, avec une calebasse et deux marionnettes. Aussitôt le coup de sifflet de l’arbitre donnant le coup d’envoi du combat, il commence à asticoter ses marionnettes. L’eau contenue dans la calebasse a viré au rouge. Je vous assure, de la manière dont il a poussé l’une des marionnettes, c’est de cette façon que Sani Moumouni poussa Chaibo Mati pour le terrasser », nous rapporte Issoufou Kodo qui n’en croyait pas autant avant d’en être témoin oculaire, pas une seule fois, dit-il. Ce spécialiste des arènes soutient qu’aujourd’hui les croyances ont évolué et la religion musulmane bannit certains rituels. De nos jours « les muscles pèsent plus que le kilo d’amulettes », estime Kodo.

« Des mystères dans nos arènes ? il y’en a vraiment », rétorque l’ancien champion du sabre national, Oumarou Bindigaou aujourd’hui entraineur de l’écurie de Maradi. « Certains travaillent avec des marabouts, d’autres avec des féticheurs, il y’a aussi ceux qui travaillent avec des génies », indique Bindigaou connu avec ses interminables prières notamment avant d’affronter ses adversaires. Selon lui, les amulettes sont l’équipement du lutteur. C’est dire que celui qui ne fait ni l’un, ni l’autre, c’est qu’il est sans ambition et banalise la lutte traditionnelle.

« Quand nous étions dans les aires de combats, il n’y a pas ce que nous n’avons pas vu. Le lutteur peut venir lutter sans que son esprit ne soit avec lui. Il n’est pas présent dans le combat, il n’y voit rien. C’est pourquoi il est au moins nécessaire de se protéger », explique le champion Oumarou Bindigaou. Comme adversaires les plus mystérieux qu’il a connus dans sa légendaire carrière, il cite Balla Harouna,Halilou Soumaila, Laminou Mai Dabba, Yahaya Nomaou, Issa Dan Gawaro.

« Le rite est l’aspect traditionnel de la lutte. C’est cela même la tradition dont on parle. C’est un patrimoine pour nous. Nous avons des choses à montrer aux autres mieux que ces traditions. C’est notre identité », estime le triple champion du sabre national Balla Harouna, aujourd’hui entraineur de l’écurie de Zinder. Il appelle à la sauvegarde de ces valeurs, à les inscrire dans la mémoire collective des nigériens et dans l’histoire.

Le rite le plus répandu chez les lutteurs nigériens est celui d’amulettes en forme de corde. Ils la tendent entre deux mains en fixant l’adversaire, tout en prononçant quelques prières. La corde d’amulettes est ensuite attachée à la hanche. « C’est le darmou (ligotage). Certains font deux: un pour se défaire d’un éventuel coup pareil venant de l’adversaire et l’autre est offensif sur lui. Il y’a le ligotage d’un seul jour. C’est le plus puissant et c’est très difficile de le contrecarrer », explique Balla Harouna.

Par Ismaël Chékaré(onep)

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