le cri d’alarme de six ONG avant le sommet de la Cedeao à Abuja

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le cri d’alarme de six ONG avant le sommet de la Cedeao à Abuja
le cri d’alarme de six ONG avant le sommet de la Cedeao à Abuja

Africa-Press – Niger. Face à la crise humanitaire en cours, six organisations non-gouvernementales*, dont Oxfam, l’International Rescue Commitee et Action contre la faim, appellent l’institution ouest-africaine à adopter d’urgence des mesures d’exemption humanitaire en faveur de Niamey.

Fermeture des frontières terrestres, suspension des transactions financières et commerciales… Depuis le renversement du président élu Mohamed Bazoum et de son gouvernement, le 26 juillet, le Niger, dirigé par la junte du général Abdourahamane Tiani, est sous le coup de plusieurs sanctions individuelles et collectives prises par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et suivies par l’Union monétaire ouest-africaine (Uemoa).

Trois mois après leur entrée en vigueur, et alors que l’on estime à 4,3 millions au moins le nombre de Nigériens ayant besoin d’une aide humanitaire d’urgence et à 2,3 millions celui des personnes en détresse alimentaire, force est de constater que ces sanctions entravent fortement l’accès des populations vulnérables aux services sociaux de base et aux moyens d’existence. De nombreuses activités humanitaires essentielles aux populations déjà fragilisées par la pauvreté ont été interrompues ou retardées, et cela ne peut aller qu’en s’aggravant si les modifications nécessaires ne sont pas apportées aux sanctions collectives imposées au pays.

Dans ce contexte, nous*, ONG ayant des opérations humanitaires significatives au Niger, appelons la Cedeao à adopter d’urgence des exemptions formelles pour l’action humanitaire dans le régime de sanctions contre le Niger – et les États membres, à les respecter – afin de garantir que l’aide soit acheminée de manière ordonnée et opportune aux civils qui en ont en besoin.

Rupture de stocks

Aujourd’hui, plusieurs indicateurs sur les besoins humanitaires sont au rouge et font craindre une dégradation très rapide des conditions de vie des Nigériens, en particulier des populations les plus vulnérables. D’autant que les sanctions ont entre autres causé le blocage ou le retard dans l’arrivée de l’assistance alimentaire et nutritionnelle, mais également des stocks de médicaments.

De juin à septembre, pendant la période de soudure, 3,3 millions de personnes avaient besoin d’une assistance alimentaire : un demi-million d’entre elles n’en ont reçu aucune, tandis que 2,5 millions n’ont bénéficié que d’une assistance réduite. Actuellement, au Niger, 185 000 enfants souffrant de malnutrition aigüe modérée n’ont désormais plus accès aux rations en raison de l’indisponibilité de ces dernières, et 40 000 d’entre eux souffrent d’une forme sévère de malnutrition. Si les frontières ne s’ouvrent pas immédiatement, ces enfants ne pourront plus être soignés d’ici à quelques semaines, car les stocks de contingence s’amenuisent dangereusement.

En novembre, alors que près de deux tiers des centres de récupération nutritionnelle ambulatoire étaient en rupture de stocks pour le traitement des enfants malnutris aigus, près de 10 000 tonnes de vivres destinés à l’assistance alimentaire et nutritionnelle étaient bloqués hors du pays, aux frontières. Le 21 novembre, le Programme alimentaire mondial (PAM) a annoncé l’arrivée de son premier convoi humanitaire acheminant 284 tonnes, via le corridor du Burkina Faso, pour secourir près de 50 000 personnes.

Cependant, cette aide ne représente qu’une goutte d’eau dans l’océan des besoins. Par ailleurs, ce type de convoi partant du Togo et passant par le Burkina Faso pour rejoindre le Niger coûte extrêmement cher (plus de 1,8 million de dollars, soit 1,67 million d’euros), d’autant qu’il se déplace sous escorte armée, ce qui pourrait, à terme, remettre en cause la neutralité des organisations humanitaires, vues comme associées aux militaires.

Devises épuisées

La fermeture des frontières a également occasionné un blocage dans l’acquisition des approvisionnements en médicaments, vaccins et intrants essentiels, aggravant les risques de morbidité, notamment pour les femmes enceintes et allaitantes, ainsi que pour les enfants de moins de cinq ans. Enfin, face au contexte sécuritaire, humanitaire et sociopolitique incertain couplé aux difficultés économiques, les populations sont très souvent contraintes d’effectuer des mouvements, soit pour échapper aux menaces sécuritaires, soit à la recherche de moyens de subsistance.

Plus d’un déplacement interne des populations sur quatre (29 %) est effectué du fait des difficultés d’accès aux moyens de subsistances et/ou à l’assistance humanitaire. Du fait de la concurrence accrue pour des ressources déjà limitées, concurrence liée aux sanctions, les tensions entre les réfugiés, les personnes déplacées internes et les communautés d’accueil, voire au sein des communautés, risquent d’augmenter.

Depuis le coup d’État et conformément aux sanctions de l’Uemoa, la branche nationale nigérienne de la Bceao a suspendu ses activités. Le système bancaire national n’est plus officiellement alimenté en devises et les transferts de paiement entre banques nigériennes ne sont plus facilités. Aujourd’hui, les réserves de devises des banques nigériennes sont presque entièrement épuisées. Certaines banques limitent les retraits à 100 000 francs CFA (150 euros) par jour, d’autres ont complètement cessé les retraits. Entre-temps, les transferts de paiement entre banques nationales sont rendus difficiles Les opérations de plusieurs organisations humanitaires pâtissent de cette double limitation technique : de nombreux programmes qui ont besoin de liquidités se retrouvent bloqués et certaines organisations ne sont pas en mesure de payer leurs fournisseurs.

Clarification juridique

Nous, ONG, sommes reconnaissantes envers la Commission de la Cedeao pour ses lettres datées du 25 août 2023, informant le Bénin, le Togo et le Nigéria que les sanctions ne doivent pas affecter l’acheminement de l’aide humanitaire. Cependant, le passage des véhicules transportant des fournitures humanitaires reste impossible à cause des sanctions et de la fermeture de la frontière nigérienne. Les acteurs humanitaires, mais également les banques, les fournisseurs, les assureurs et les autres acteurs du secteur privé – lesquels jouent un rôle essentiel dans la fourniture de l’aide humanitaire d’urgence –, ont besoin de certitude et de prévisibilité juridique quant à l’application des sanctions aux transactions nécessaires à la fourniture d’aide humanitaire ou à l’appui d’autres activités visant à répondre aux besoins essentiels.

La clarification juridique requise serait une modification du libellé des sanctions autorisant expressément les activités et les actions humanitaires nécessaires à l’acheminement de l’aide au Niger. Cette modification serait conforme à l’article 4-4 de l’Acte additionnel sur les sanctions contre les États membres qui n’honorent pas leurs obligations envers la Cedeao du 17 février 2012, lequel prévoit que les sanctions n’affectent pas l’acheminement de l’aide humanitaire aux populations de l’État membre concerné.

Plus précisément, nous demandons à la Cedeao d’adopter des exemptions humanitaires juridiquement contraignantes, qui excluent du champ d’application des sanctions contre le Niger la fourniture d’approvisionnements, de services et de ressources économiques essentiels pour mener à bien des activités humanitaires, ainsi que pour répondre aux besoins humains fondamentaux. Face à l’urgence de la situation et aux vulnérabilités des populations qui s’aggravent, nous sommes convaincus que les chefs d’État de la Cedeao seront sensibles à notre appel en adoptant les amendements essentiels à la reconnaissance des exemptions humanitaires, démontrant ainsi leur engagement inébranlable pour le bien-être du peuple nigérien et le respect de leurs obligations en vertu du droit international humanitaire.

*Liste complète des signataires : Action contre la faim (ACF), Oxfam, Danish Refugee Council (DRC), Humanité et inclusion / Handicap international (HI), International Rescue Commitee (IRC), Norwegian Refugee Council (NRC).

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