Le NIGER serait-il vraiment le nouveau « paradis terrestre » des forces françaises au Sahel ?

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Le NIGER serait-il vraiment le nouveau « paradis terrestre » des forces françaises au Sahel ?
Le NIGER serait-il vraiment le nouveau « paradis terrestre » des forces françaises au Sahel ?

Anouar CHENNOUFI

Africa-Press – Niger. Nous savons tous qu’après neuf ans, la France a quitté au mois d’Août dernier le Mali et retiré le dernier de ses 2400 soldats qui étaient stationnés dans ce pays, mais selon sa nouvelle stratégie elle ne quittera pas le Sahel, car elle compte poursuivre sa lutte contre les groupes armés à partir d’autres pays de la région, dont principalement le Niger.

Est-ce donc une réussite ou un échec ?

En fait, après avoir été « chassée du Mali », l’armée française a choisi de continuer à coopérer avec le Niger et avec d’autres pays du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, mais avec une plus grande discrétion pour assurer introduction dans ces pays sans rencontrer de rejet, et dans un cadre où ses lignes demeurent encore floues.

L’ancienne puissance coloniale, qui était jusqu’à récemment le principal partenaire de Bamako, est devenue insignifiante et d’après les évènements qui se sont succédés, elle a tourné la page du Mali, où la junte militaire au pouvoir depuis 2020, n’a pas hésité à chasser l’armée française et fait recours aux mercenaires paramilitaires du groupe privé russe « Wagner ».

Le pays de l’hexagone entend désormais tirer les leçons de ce processus pour éviter de répéter les mêmes échecs qu’au passé.

« Nous avons contribué au renforcement des effectifs de l’armée malienne (…) mais nous nous sommes aussi déplacés à sa place, c’est fini », avait déclaré aux médias l’ancien commandant de la force Barkhane, le général Laurent Michon, qui fût remplacé au mois d’août dernier par le général Bruno Baratz.

Un bilan de la présence française mitigé


Les troupes françaises

La force Barkhane qui avait pris le relais à l’opération Serval en 2013, avait remporté de grands succès tactiques en éliminant un grand nombre de leaders terroristes et en réduisant les marges de mouvement des groupes armés, mais l’État malien n’a pas transformé ces résultats en solutions politiques. Le résultat a été que la violence a continué de s’intensifier et que les sentiments anti-français ont augmenté.

Le colonel Abir Baudouin, commandant adjoint des opérations à Barkhane, a ainsi résumé la situation et déclaré : « Nous changeons la formule avec un partenariat plus discret. Aujourd’hui, le déploiement d’une grande armée n’est plus compatible avec son temps ».

Désormais, l’armée française offrira son soutien sans être en première ligne. C’est une façon de réduire la visibilité de ses mouvements, source de mécontentement des communautés africaines, tout en maintenant sa présence dans cette zone d’influence historique.

Après s’être désengagée du Mali, la France aura réduit de moitié sa présence au Sahel en ne gardant qu’environ 2 500 soldats dans la région, et au Niger, leur nouveau partenaire principal, les Français maintiendront plus de 1 000 hommes et un centre chirurgical situé à Gao – une capacité aérienne de trois chasseurs, six drones et entre quatre et six hélicoptères pour fournir un appui feu et renseignement à leurs partenaires.

Concurrence stratégique


Les unités françaises déjà installées à Niamey

Un centre de commandement spécial de Niamey gère aujourd’hui le « partenariat de combat » entre les forces armées du Niger et environ 250 soldats français qui ont été déployés ensemble il y a un an près de la frontière avec le Mali, où Niamey a établi une série d’avant-postes militaires.

Le général Hervé Pierre, officier responsable, chef du commandement du partenariat, a déclaré dernièrement que : « Aujourd’hui, nous renversons complètement la relation de partenariat : le partenaire est celui qui décide ce qu’il veut faire, de quelles capacités il a besoin, et qui se conduit lui-même dans les opérations qui sont menées avec notre soutien ».

« C’est le meilleur moyen de continuer à travailler efficacement de leur côté sans alimenter le délire de certains sur les réseaux sociaux », a-t-il ajouté.

En revanche, l’Etat-major général parle peu des autres domaines de coopération selon leur demande (partenariat de combat, formation, conseil et appui) apportés aux pays de la région, notamment les pays du golfe de Guinée (Bénin, Togo, etc…).

Quant au commandant de la force Barkhane, il a dit simplement que : « Des consultations ont lieu entre les capitales africaines, Paris et les capitales européennes ».

Entre la volonté de garder le secret pour ne pas gêner d’éventuels partenaires et l’absence de directives claires de l’exécutif français sur la poursuite des opérations, un officier a laissé entendre : « Nous attendons les ordres des politiques, car entre la présidentielle et les législatives, c’est compliqué ».

A noter que le quartier général du commandement français de l’opération qui succédera pour l’instant à Barkhane restera à N’Djamena au Tchad, avec lequel la France a un accord de défense. Mais beaucoup d’entre eux seront réduits.

Quant au Burkina Faso, il « souhaiterait notre aide mais hésite encore à intensifier notre présence terrestre en dehors de la zone de l’opération Sabre », une unité des forces spéciales françaises basée dans la région de Ouagadougou, selon un officier supérieur.

En plus de contribuer à contenir la violence terroriste qui menace de déborder dans le golfe de Guinée, le pari de Paris serait de maintenir une présence militaire française en évitant une aliénation stratégique à l’heure d’une concurrence accrue sur la scène internationale. En Afrique de l’Ouest, les Russes poursuivent toujours leur stratégie d’influence offensive à travers des campagnes massives de désinformation anti-française.

Le service de renseignement militaire de Barkhane a prévenu que « les attaques menées par Wagner sur les réseaux sociaux dépassent le Mali et se propagent en Afrique ». « Nous avons redécouvert ce danger, mais il vient des répercussions de la guerre », a-t-il ajouté.

Néanmoins, Eli Tenenbaum, Chercheur, Directeur du Centre des Études de Sécurité de l’Ifri, voit la France comme « un acteur diplomatique et militaire incontournable dans la région, qui en Afrique de l’Ouest, comme partout ailleurs dans le monde, a prouvé son statut de puissance, avec une influence mondiale moyenne ».

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