Fatoumata Diallo
et Bilal Mousjid
Africa-Press – Niger. Six mois après le coup d’État d’Abdourahamane Tiani, le groupe spécialisé dans la gestion de l’eau vient de plier bagages sans la moindre indemnité d’éviction. Une perte sèche à laquelle risque de s’ajouter une plainte de l’un de ses actionnaires pour « fautes de gestion ».
Après un long bras de fer avec les autorités nigériennes, le contrat du français Veolia au Niger a pris fin le 31 décembre 2023. Selon nos informations, depuis l’arrivée des militaires au pouvoir, Veolia fonctionnait à bas régime.
Les rapports tendus entre Paris et Niamey au lendemain du putsch du 26 juillet 2023, au cours duquel le général Abdourahamane Tiani a évincé du pouvoir le président élu Mohamed Bazoum, ont en effet contraint l’entreprise française à rappeler son personnel expatrié.
Une dizaine de cadres ont ainsi fait partie du convoi de Français qui ont quitté le pays. Les salariés nigériens de Veolia ont de leur côté reçu, le 30 novembre 2023, une lettre de la direction les informant du transfert de leur contrat à la Nigérienne des eaux.
Nationalisation des eaux
Le groupe dirigé depuis juillet 2022 par Estelle Brachlianoff assurait, au travers de la Société d’exploitation des eaux du Niger (SEEN), dont il était actionnaire majoritaire, la production, le transport et la distribution de l’eau potable dans les zones urbaines et péri-urbaines du pays depuis une vingtaine d’années.
Le 1er janvier, la junte dirigée par le général Abdourahamane Tiani a officiellement remplacé la SEEN par la Nigérienne des eaux, pilotée par l’officier de police Aboubacar Abdou et par son adjoint, Laminou Mahaman Manzo, ingénieur du génie rural et ancien directeur technique de la SEEN. Cette reprise en main par la Nigérienne des eaux, créée sous le régime de Mohamed Bazoum, acte ainsi la nationalisation de ce secteur stratégique, qui était géré depuis 2001 par la SEEN.
L’actionnariat de cette dernière était partagé entre Veolia (51 %), son personnel (10 %), l’État (5 %) et quelques actionnaires privés (34 %) tels qu’Omar Hamidou Tchiana, homme d’affaires et ancien ministre des Mines, et Souleymane Moussa.
Quelques millions d’euros de perte sèche
Veolia, qui souhaitait rester dans le pays, a multiplié les actions pour convaincre le pouvoir. Au cours des derniers mois, le groupe s’est à de multiples reprises entretenu avec le ministre de l’Hydraulique, de l’Assainissement et de l’Environnement, le colonel Maizama Abdoulaye, et a fait appel à un certain nombre de cabinets d’avocats parisiens, parmi lesquels figurent De Gaulle Fleurance. L’enjeu était de tenter de décrocher un contrat d’assistance afin d’accompagner la jeune Nigérienne des eaux. Sans succès.
La société, qui faisait déjà état d’une trésorerie « impactée par les retards de paiement des factures de l’État restées impayées depuis août 2022 », a quitté Niamey avec quelques arriérés de l’État et de ses démembrements, dont l’ardoise s’élèverait à quelques millions d’euros. Malgré les relances de Veolia, la junte a refusé tout paiement.
Face à ces pertes, l’un des actionnaires, Omar Tchiana, envisage de poursuivre le groupe français des eaux devant les juridictions nigériennes et probablement françaises. L’homme d’affaires, qui perd gros avec la liquidation de la SEEN, reproche à Veolia des « fautes de gestion ».
Les défis de la nouvelle direction
Alors que la Nigérienne des eaux reprend tous les actifs exploités jusque-là par la SEEN – qui a réalisé 40,7 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022 et dispose désormais de ses équipements ainsi que de son personnel (près de 750 salariés, dont plus de 70 cadres) –, plusieurs défis se posent à elle. L’obtention de produits chimiques importés, dont les prix étaient jugés compétitifs grâce à la puissance d’achat de Veolia, représente l’un d’entre eux.
Source: JeuneAfrique
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