Air France-Klm: Stratégie Triple en Afrique

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Air France-Klm: Stratégie Triple en Afrique
Air France-Klm: Stratégie Triple en Afrique

Par Salimata Koné

Africa-Press – Niger. Au fil des années, le groupe Air France-KLM – avec sa filiale Transavia – a bâti un dispositif à trois étages compartimentés pour conquérir le ciel africain. Analyse.

Trois compagnies, trois stratégies. Pour capter les flux de voyageurs africains, Air France-KLM a adopté une stratégie multimarque devant répondre à la diversité des publics visés. Le groupe franco-néerlandais, qui compte les deux compagnies Air France et KLM mais aussi, depuis 2006, la filiale Transavia, entend ainsi couvrir l’ensemble des profils de passagers, du trafic premium au low cost. Et cela sans que les trois entités ne se marchent sur les pieds.

Avec un chiffre d’affaires de 31,4 milliards d’euros en 2024, le groupe, contacté par Jeune Afrique, explique que la répartition des destinations « dépend du potentiel de développement de chacune des compagnies ».

Cette stratégie est complétée par un système de « combinabilité tarifaire » qui permet au voyageur de personnaliser son billet par le jeu de différents tarifs ou options selon ses besoins. Un gage de flexibilité, met en avant le groupe. Au total, Air France-KLM dessert près de 47 villes africaines directement depuis le hub de KLM à Schiphol ou celui d’Air France à Roissy Charles de Gaulle, et plus de 20 supplémentaires via ses partenaires Afrijet et Kenya Airways.

Air France, l’opérateur historique

Air France concentre ses efforts sur l’Afrique francophone et les marchés à fort rendement. La compagnie dessert une trentaine de villes depuis Paris-Charles de Gaulle, couvrant toutes les grandes capitales du continent, de Dakar à Abidjan en passant par Kinshasa et Nairobi. Elle assure donc une présence stratégique sur les principales destinations économiques et politiques.

En Afrique de l’Ouest, Air France reste la référence pour les voyageurs face à des pavillons nationaux pourtant ambitieux. Air Sénégal, en difficulté financière et de gestion, peine à maintenir sa liaison Dakar-Paris. La compagnie doit se réorganiser face à l’ogre franco-néerlandais.

Autre grande capitale ouest-africaine, Abidjan reste une singularité dans le réseau du transporteur français. Hormis l’Afrique du Nord, c’est la seule destination francophone de la compagnie à disposer de 14 vols hebdomadaires. Preuve de l’attractivité d’Abidjan, trois compagnies, Air France, Corsair et Air Côte d’Ivoire, se partagent la liaison directe avec Paris. « Il n’y a pas beaucoup de route dans le monde avec trois opérateurs, mais tout dépend du nombre de rotations effectuées par chacune d’entre elles », explique un consultant aérien.

Le positionnement du groupe à Abidjan détonne avec sa stratégie en Afrique centrale. Face à la chute des rendements vers certaines destinations de la région, la compagnie a dû revoir sa copie. C’est le cas pour Bangui, où le dernier vol direct depuis Paris s’est posé le 31 janvier. La ville est désormais desservie par trois vols hebdomadaires, depuis Yaoundé, grâce à un partage de codes entre Air France et le pavillon public gabonais Afrijet.

Selon Mamadou Lamine Sow, expert aérien, « Air France cible le haut de gamme, KLM la connexion globale quand Transavia croît sur de gros volumes de passagers sans baisser son rendement par siège grâce aux options payantes et au programme de fidélisation « Flying Blue » du groupe ».

Compléter l’offre actuelle

Conséquences de la dégradation de la situation sécuritaire au Sahel et de son bras de fer avec les régimes des pays de cette zone, le pavillon français dirigé par Anne Rigail est suspendu au Mali et au Burkina depuis 2022. Bamako était l’une des destinations phares de la compagnie en Afrique de l’Ouest, avec Abidjan et Dakar. Le Niger, quant à lui, interdit le survol de son territoire à Air France depuis le coup d’État de 2023, ce qui rallonge les trajets vers le sud du continent de la compagnie.

Au casse-tête sahélien s’ajoute un bras de fer diplomatique entre le Mali et l’Algérie. Depuis le 8 avril 2025, l’Algérie interdit aux avions ayant transité par le Mali de survoler son territoire, et le Mali applique la réciprocité depuis cette date. En pratique, un vol ne peut plus survoler les deux pays au cours d’un même trajet.

Air France, ainsi que toutes les compagnies qui desservent la façade ouest du continent, contourne l’Algérie via Maroc et Mauritanie. Les tensions dans cette région ont poussé le pavillon à céder la desserte d’Accra au Ghana à KLM. Officiellement, le groupe explique ce repli par un manque de rentabilité de cette destination. « Nous avons donc décidé de capitaliser sur KLM (vol quotidien) », justifie le groupe.

KLM se concentre sur l’Afrique anglophone et orientale et dessert une bonne dizaine de destinations africaines depuis Amsterdam-Schiphol. Certaines lignes, comme l’Afrique du Sud, la Tanzanie et le Kenya, sont partagées avec Air France, permettant au groupe d’ajuster son offre selon le potentiel de marché et la saisonnalité tout en évitant la cannibalisation. La compagnie maximise les flux paneuropéens et internationaux pour remplir ses vols long-courriers et intégrer l’Afrique dans un réseau global.

Selon Mamadou Lamine Sow, « KLM optimise la connectivité du réseau mondial et permet au groupe de couvrir tous les segments de marché. Cette répartition permet aux différentes entités du groupe de ne pas se marcher sur les pieds ». En parallèle, Air France-KLM parie aussi sur le low cost avec Transavia France, qui dessert les villes touristiques d’Afrique du Nord, le Sénégal et le Cap-Vert, ciblant les flux loisirs et diasporiques et complétant l’offre long-courrier des deux autres marques.

Une compagnie low cost solide

Transavia, qui a réalisé 3,07 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024, opère sur des segments très différents, avec une flotte monocouloir qui limite la portée de ses vols. Elle dessert une quinzaine de destinations africaines, dont l’Égypte, la Tunisie, le Maroc, l’Algérie, le Cap-Vert et le Sénégal. En se concentrant sur ce segment de marché précis, la compagnie capte des flux de voyageurs sensibles au prix sans dégrader les performances d’Air France.

Sur le Maroc, Transavia assure environ 50 rotations hebdomadaires vers Casablanca, Marrakech et Agadir, contre près de 80 rotations hebdomadaires pour Air France, ce qui montre que la compagnie low cost complète l’offre classique sans concurrencer le segment premium d’Air France. Pour Mamadou Lamine Sow, « Transavia ne capte que les volumes sensibles au prix, c’est-à-dire les voyageurs avec un budget limité ».

Contrairement aux deux autres compagnies du groupe qui ne desservent l’Afrique qu’à partir de Paris et Amsterdam, Transavia France propose des vols depuis plusieurs villes françaises, dont Marseille, Lille et Lyon.

Source: JeuneAfrique

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