Africa-Press – Niger. Avec le coup d’envoi de la huitième édition de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad 8) à Tunis, le 27 août, le Japon cherche à donner une nouvelle impulsion à sa politique africaine qu’il souhaite plus pragmatique, en mettant, notamment, l’accent sur les investissements. En effet, le solde des IDE (investissements directs étrangers) du Japon en Afrique, qui s’élevait à 12 milliards de dollars à la fin de 2013, est tombé à environ 4,8 milliards de dollars en 2020 contre 65 milliards de dollars pour le Royaume-Uni, 60 milliards de dollars pour la France, 48 milliards de dollars pour les États-Unis et 43 milliards de dollars pour la Chine au cours de la même période. Et même si le nombre d’entreprises japonaises opérant en Afrique a augmenté, passant de 520 en 2010 à 796 en 2019, l’investissement total a nettement diminué ces dernières années sous l’influence du Covid-19. Selon le ministère des Finances, les nouveaux investissements annuels sont passés de 590 millions de dollars en 2019 à 310 millions de dollars en 2021.
Il faut souligner que l’activisme de l’ancien Premier ministre Shinzo Abe, assassiné en juillet, a eu un impact non négligeable dans la stratégie de conquête du Japon, qui a accru son influence sur le continent par le biais du soft power et de l’aide et du développement.
Resserrer les liens malgré les défis
L’objectif désormais est d’instaurer un vrai « partenariat » avec l’Afrique pour « un développement mené par les Africains », affiche les organisateurs de la Ticad 8, sans perdre des yeux un concurrent chinois très bien implanté dans la région. Officiellement, le sommet a pour objectif de « discuter comment créer ensemble un monde durable », dans « le contexte complexe de l’épidémie de Covid et de la situation en Ukraine ». Le Japon « entend fortement soutenir un développement mené par les Africains eux-mêmes », indique le ministère des Affaires étrangères sur son site présentant le sommet, en soulignant les atouts d’une économie japonaise : « une croissance de qualité » et « l’accent mis sur la population ». Même si « l’Afrique concentre les contradictions de l’économie mondiale, telles que les inégalités et les problèmes environnementaux, une croissance dynamique y est attendue, soutenue par une population jeune », selon le ministère.
Environ 5 000 participants, parmi lesquels 30 chefs d’État et de gouvernement venus de toute l’Afrique, sont attendus à ce sommet qui s’achèvera dimanche midi. Cependant, le Premier ministre japonais, Fumio Kishida, qui a contracté le Covid juste avant le sommet, fera ses interventions en ligne depuis le Japon.
En marge du sommet, un forum économique réunissant des hommes d’affaires est prévu ainsi que des « événements parallèles » associant la société civile autour de l’inclusion des femmes et l’innovation. Depuis leurs créations en 1993, les sommets Ticad, coorganisés avec les Nations unies, la Banque mondiale et l’Union africaine, ont généré 26 projets de développement dans 20 pays d’Afrique.
Contrer l’influence de la Chine mais aussi des États-Unis et de l’Europe
Les trois principales thématiques du sommet seront l’économie avec « un accroissement prévu des investissements japonais en Afrique », notamment en soutien aux start-up et à l’économie verte, ainsi que ceux visant à « renforcer la sécurité alimentaire », selon la présentation officielle. En plus de 130 millions de dollars d’aide alimentaire déjà prévue, le Japon prévoit de « fournir une assistance pour la production de riz, afin de la faire doubler à moyen long terme ».
Le journal économique nippon Nikkei a assuré que les aides japonaises à l’Afrique pourraient augmenter de 40 % pour les trois années à venir, par rapport à la période précédente (2020-2022). Le quotidien bien informé estime qu’il s’agit d’« une réponse » de Tokyo aux États-Unis, à l’Europe et au grand rival chinois, qui augmentent tous leur présence en Afrique.
Interrogé sur ce point, un responsable du ministère japonais des Affaires étrangères a dit mercredi à l’AFP que « la diplomatie africaine du Japon pouvait être résumée en deux mots : appropriation et partenariat ». « Le Japon veut faire de l’Afrique un partenaire et croître ensemble » à travers « des initiatives concrètes », a-t-il ajouté. Deuxième axe du sommet : « construire un environnement résilient et durable » à travers des programmes « mettant l’accent sur les ressources humaines », dans la santé et l’hygiène, l’éducation et l’environnement, notamment la prévention des catastrophes naturelles. Troisième thématique : soutenir « la consolidation de la démocratie, l’État de droit, la prévention des conflits et les médiations », notamment au Sahel et dans la Corne de l’Afrique.
La Tunisie pour porte d’entrée
Hôte du sommet, la Tunisie espère tirer son épingle du jeu, notamment dans la santé, les industries automobile et spatiale et les énergies renouvelables, avec plus de 80 projets d’une valeur de 2,7 milliards de dollars mis sur la table, selon le président de la chambre de commerce tuniso-japonaise, Hedi Abbès. Ces chantiers, proposés aux investisseurs privés tunisiens et africains, sont censés déboucher sur la création de 35 700 emplois. Avec ses capacités industrielles, la Tunisie espère devenir une locomotive pour la production de médicaments et de vaccins. Lors d’un sommet sur le Covid-19 en mai, le Premier ministre japonais avait insisté sur l’importance « de promouvoir la production locale de médicaments et produits pharmaceutiques dont des vaccins », et annoncé une aide « allant jusqu’à 200 millions de dollars » pour « accroître les capacités productives en Afrique ».
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