Le Niger, une menace majeure pour les banques ouest-africaines

35
Le Niger, une menace majeure pour les banques ouest-africaines
Le Niger, une menace majeure pour les banques ouest-africaines

Africa-Press – Niger. Entre le putsch contre le président Mohamed Bazoum et les sanctions consécutives de la Cedeao, Niamey traverse une période de turbulences financières qui a déclenché un effet domino dans les pays voisins, estime l’agence de notation Moody’s.

Depuis désormais six mois et pour la première fois en quarante ans, le Niger est incapable d’honorer ses engagements financiers sur les titres publics émis par l’Union monétaire ouest-africaine (Umoa). La situation, délétère pour le pays déjà fragilisé par le coup d’État du 26 juillet 2023 orchestré contre le président élu Mohamed Bazoum, risque également de compromettre la stabilité des institutions bancaires en Afrique de l’Ouest. C’est du moins ce qu’estime l’agence Moody’s dans une note d’analyse datée de ce mois de janvier.

Depuis l’arrivée au pouvoir d’Abdourahamane Tiani en juillet 2023, ce manquement aux obligations de paiement grimpe: 38,7 millions de dollars (23,22 milliards de F CFA) s’y sont ajoutés en janvier, ce qui porte le total, intérêts compris, à 485 millions de dollars.

À la suite du putsch, Moody’s avait abaissé en août 2023 la note souveraine de Niamey de deux crans. Le pays est passé de la catégorie B3 à Caa2, indiquant un risque très élevé d’insolvabilité financière.

Selon l’agence américaine de notation, la situation affecte désormais directement les établissements financiers de la zone et indirectement des pays tels que le Bénin (notation B1 stable), le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire (Ba3 positive), la Guinée-Bissau, le Mali (Caa2 stable), le Niger, le Sénégal (Ba3 stable) et le Togo (B3 négative).

Ecobank, Oragroup, Attijariwafa…

Moody’s estime à présent que la situation constitue une menace majeure non seulement pour la qualité des actifs des banques de la région, mais également pour leur rentabilité et leur stabilité financière. Pour autant, les risques pour les banques commerciales régionales notées par Moody’s sont atténués par leur exposition relativement faible au Niger et aux obligations souveraines nigériennes par rapport à leurs bilans, ainsi que par leur expérience opérationnelle dans des environnements volatils.

Les banques listées par Moody’s qui ont des opérations au Niger sont Ecobank Transnational Incorporated basée au Togo (B3 négatif, b2), Oragroup S.A. (Caa2 négatif, ca), ainsi que Attijariwafa Bank basée au Maroc (Ba1 stable, ba32), Groupe Banque centrale populaire (Ba1 stable, b1) et Bank of Africa – BMCE Group (Ba1 stable, b1).

Différentes alternatives pour la BCEAO

Si les retards de paiement de Niamey persistent au-delà de six mois, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) pourrait reconsidérer le fait d’accepter des obligations gouvernementales nigériennes comme garanties pour les opérations de refinancement. Jusqu’à présent, l’institution régionale a maintenu sa politique en faveur de ces titres.

Néanmoins, en cas de révision des critères d’éligibilité de la dette souveraine du Niger, la BCEAO pourrait envisager des alternatives, telles que l’utilisation d’autres formes de dettes régionales ou celles émises par des entreprises privées nigériennes, sous réserve de leur conformité aux normes établies.

Une crise qui dépasse le seul secteur bancaire

L’onde de choc ne se limite pas uniquement au secteur bancaire. C’est l’économie tous secteurs confondus, du Niger mais aussi des pays voisins, qui ressent les contrecoups de ce tournant politique. Car depuis le coup d’État, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a imposé des sanctions sévères contre le régime militaire en place à Niamey, dont l’interdiction de toute transaction commerciale avec les membres de la communauté.

Depuis la fin de juillet 2023, le port autonome de Cotonou (PAC), au Bénin) fonctionne ainsi au ralenti, étant donné que c’est par là que passait la majeure partie des échanges commerciaux du Niger avec l’étranger. Ces perturbations commerciales ont également entraîné une baisse significative des investissements.

Bien que les frontières du Niger aient été partiellement rouvertes en direction de cinq pays voisins (l’Algérie, le Burkina Faso, la Libye, le Mali et le Tchad), l’Organisation des Nations unies (ONU) met en garde contre les conséquences négatives des sanctions sur l’approvisionnement de la zone, lesquelles impactent notamment des projets transfrontaliers.

Malgré ces difficultés, et après quelques mois de report, le Niger a toutefois pu procéder à la mise en service du plus grand oléoduc d’Afrique, rendant possible le transport du pétrole depuis l’Agadem jusqu’au port de Sèmè, au Bénin. Opérationnel depuis novembre 2023, il devrait permettre prochainement à Niamey d’engranger les millions du pétrole.

Pour plus d’informations et d’analyses sur la Niger, suivez Africa-Press

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here