Africa-Press – Niger. Loyer prohibitif, insalubrité, déficit d’offres, promiscuité, pressions au quotidien, éloignement….sont quelques-uns des maux, non les moindres, auxquels sont confrontés les locataires à Niamey dont la croissance galopante creuse sans cesse les besoins en logement.
La nécessité faisant la loi, les propriétaires font monter les enchères: les loyers sont déterminés selon la typologie de l’habitat (villa, célibatorium, R+ etc.) ainsi que sa position par rapport au centre-ville. Mais l’humeur du bailleur est aussi déterminante, le code des baux adopté en 1993 est resté lettre morte.
Par exemple, à la périphérie, le prix du célibatorium varie de 20 à 30.000 FCFA ; pour les 2 chambres salon le prix est estimé au-delà de 40.000. Quant à la mini villa, le prix oscille entre 80.000FCFA à 100.000FCA. Pour le centre-ville, il faut prévoir une hausse entre le quart et la moitié.
Dans ces conditions, des nombreuses personnes au faible revenu sont contraintes de s’installer à la périphérie démunie du minimum et souvent en proie à l’insécurité.
En désespoir de cause, d’autres choisissent de s’entasser dans des ‘’cours communes’’ n’offrant aucune condition de décence ou d’intimité.
M. Moussa, agent de sécurité privé confie qu’il est dans une maison à cour commune, où le loyer est relativement abordable en raison de 15. 000 FCFA, mais malheureusement confronté à un problème d’hygiène à cause de la promiscuité. « Nous utilisons une même toilette, et quand la fosse septique est remplie, c’est à nous autres locataires de cotiser pour faire la vidange », se lamente –t- il.
A ces problèmes, s’ajoute le problème de protection de la vie privée et familiale des locataires « nous disposons seulement de petite clôture de séparation entre voisins », dit-t-il.
Pour l’opinion publique, le renchérissement du prix des loyers est exacerbé surtout par la pression des intermédiaires payés par commission auxquels certains bailleurs confient la gestion de leurs propriétés.
L’informel et l’absence de textes exposent davantage les locataires à l’insécurité d’habitat.
Ainsi, les Dilali ou les courtiers de logement profitent de leur position pour intimider le locataire qui enregistre des arriérés allant de fois jusqu’à interrompre un contrat de bail.
Dans certains cas, ils effectuent des visites à l’improviste violant le domicile sans compter d’autres stratagèmes (augmentation de loyer sans préavis, réclamation des avances, des cautions et autres faux frais).
« L’intermédiaire se prend comme le propriétaire de la maison, il nous contrarie à la fin de chaque mois, celui a fait que mon voisin a quitté la maison par ce qu’il a des arriérés de paiement », rapporte M. Ibrahim vendeur de véhicule d’occasion qui souligne que dans un des pays côtiers dont il fut resté quelque temps, le bailleur fait tout pour mettre les locataires dans des conditions puisque le contrat de bail est encadré.
« Ici j’ai constaté que le bailleur peut un beau jour décider d’augmenter sur le loyer sans aucune raison », a-t-il regretté.
D’après M. Seydou, intermédiaire au quartier Rhodésie, les bailleurs exigent des cautions ou avances pour éviter la ruse de certains locataires, « mais les gens pensent que c’est nous qui sommes à la base de cette situation [….], les gens ne savent pas qu’il y’a eu plusieurs locataires qui ont quitté avec des arriérés ». Néanmoins, il a été relevé plusieurs cas de fuite d’intermédiaires truands avec l’argent de locataire.
Alpha Habi, propriétaire de plusieurs célibatoriums explique qu’il est indulgent envers ces locataires, puisque depuis plus d’une décennie, c’est une seule fois qu’il a augmenté sur le loyer passant de 20 milles à 30 milles et cela après réfection, « présentement j’ai des locataires qui ont plusieurs mois de retard de paiement ».
En revanche, d’autres bailleurs sont exigeants vis-à-vis de leurs locataires, M. Wahabou relate que le bailleur de son ami qui détient plusieurs maisons dans la capitale exigeait au locataire le payement du loyer au plus tard le 05 du mois. Après son décès ses enfants sont venus avec des nouvelles règles plus contraignantes justifiant que c’est avec cet argent qu’ils vivent aussi.
M. Bilal note qu’il ya des bailleurs qui font une sorte de sélection dans la location, puisqu’ils ne donnent en bail leur maison que pour hommes en treillis, justifiant que c’est eux qui sont ‘’sûrs d’avoir leurs salaires à temps’’.
Le président de l’Association de Défense des Droits des Consommateurs (ADDC Wadata), M. Mamane Nouri souligne que les loyers sont de plus en plus chers à Niamey et même à l’intérieur du pays, et qu’il faut vraiment que le gouvernement œuvre pour rapprocher la tarification des loyers au pouvoir d’achat des consommateurs.
Dans le souci de permettre aux populations d’accéder à des logements décents et à des prix abordables, le gouvernement du Niger a créé le 04 septembre dernier, une commission nationale de tarification des loyers.
Cette commission, qui regroupe les représentants de l’administration, des locataires, des bailleurs et des Associations de défense des droits de l’Homme, aura en charge de proposer au gouvernement les critères de tarification des loyers.
Au Niger, les grandes villes sont confrontées à un déficit de logements sociaux avec une offre publique limitée.
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