Pourquoi la pénurie de riz indien fait peser un risque sur l’Afrique de l’Ouest

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Pourquoi la pénurie de riz indien fait peser un risque sur l’Afrique de l’Ouest
Pourquoi la pénurie de riz indien fait peser un risque sur l’Afrique de l’Ouest

Maÿlis DUDOUET

Africa-Press – Niger. Jamais les cours du riz n’avait atteint un tel niveau depuis 2008, année des « émeutes de la faim ». Ces deux derniers mois, le prix de la tonne de riz sur les marchés internationaux a bondi de près de 10 % pour atteindre 650 dollars en août.

À l’époque, la crise avait été provoquée par la décision des États-Unis d’écouler ses stocks de maïs, déclenchant un mouvement de panique d’autant plus fort qu’en parallèle, le Vietnam et la Thaïlande avaient limité leurs exportations de riz.

Cette fois, c’est l’Inde qui a été l’élément déclencheur de ce qui pourrait rapidement conduire à une crise de grande ampleur, dont les Africains de l’Ouest, particulièrement dépendants au riz importé, pourraient être les premières victimes. Pourquoi cette décision des autorités indiennes ? Quel a été son impact immédiat ? Quelles sont les conséquences probables ?

Catastrophe annoncée ?
La décision fatidique est tombée le 20 juillet dernier. Le ministre indien de la Consommation et de l’Alimentation, Piyush Goyal, annonce alors l’interdiction de l’exportation du riz non basmati, avec effet immédiat. Les autorités indiennes cherchent ainsi à faire baisser les prix sur son propre marché, en proie à une forte inflation malgré l’instauration en septembre 2022, d’une taxe de 20 % sur les exportations de brisures de riz.

En 2022, le Bénin a importé pas moins de 1,6 million de tonnes de riz indien – dont une partie est réexportée dans les pays limitrophes. Le Sénégal en a importé 1,3 million de tonnes, la Côte d’Ivoire 1,1 million et le Togo 0,8 million. Seul le Nigeria semble avoir partiellement tiré son épingle du jeu en anticipant la crise par une augmentation de l’ensemencement.

Négociations et mesures d’urgence
L’heure est, encore, aux négociations. New Delhi – qui a en outre étendu les mesures de restrictions aux oignons et au sucre – a fait savoir que des exceptions seraient possibles, dans le cas où elles seraient justifiées par des « motifs de sécurité alimentaire » notifiés par des demandes gouvernementales. Fin août, la ministre guinéenne de la Consommation, de l’Alimentation et de la Distribution publique, Louopou Lamah, s’est rendue en Inde pour négocier le maintien des exportations.

Le Sénégal espère profiter de l’accord scellé l’an dernier avec l’Inde fixant des quotas d’importation de brisures de riz. En Côte d’Ivoire, pour freiner la tendance inflationniste, les autorités ont décidé de plafonner le prix des denrées de base.

Cette crise naissante intervient dans un contexte déjà difficile de dérèglement climatique et de guerre en Ukraine qui frappent la production agricole et les cours des denrées alimentaires. Paradoxalement, l’envolée du prix du riz intervient alors que, selon la FAO, les stocks mondiaux à la clôture des campagnes de commercialisation de 2023-2024 devraient atteindre « leur plus haut niveau jamais enregistré ». Mais, exception faite des principaux pays producteurs – Inde et Chine en tête – , les réserves totales de riz détenues par chaque pays devraient, elles, tomber à leur plus bas niveau depuis quatre ans.


Source: JeuneAfrique

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