« Les besoins de financement de l’Afrique sont abyssaux », alerte le président du Niger

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Africa-PressNiger. Qu’attendez-vous de la réunion de Paris ?

Le président Emmanuel Macron a pris l’initiative de convoquer ce sommet et nous le remercions. S’il l’a fait, c’est parce qu’il a conscience des enjeux importants pour l’Afrique face notamment à la pandémie de covid-19. Même si cette maladie n’a pas eu une prévalence aussi nocive sur le continent africain que ce qui a été observé ailleurs, elle a eu des effets économiques graves sur la partie la plus vulnérable du monde qu’est l’Afrique. Il s’agit d’ouvrir une discussion qui permette d’établir un diagnostic et de proposer une thérapie notamment en matière de financement pour la relance postpandémique.

La nouvelle allocation de DTS prévue par le FMI à 650 milliards de dollars dont 34 milliards pour l’Afrique est-elle suffisante ?

Elle est insuffisante pour des économies africaines très pauvres. Nos besoins de financement sont abyssaux, notamment en ce qui concerne les infrastructures. Si l’on parvenait à mobiliser 400 milliards de dollars pour les économies africaines, cela permettrait de faire face en partie aux effets économiques de la pandémie mais pas de régler tous les problèmes. Nous plaidons pour que les pays riches opèrent une réallocation de DTS qu’ils ne vont pas utiliser en faveur de nos pays.

Ces ambitions sont réalistes car nous savons que si nous demandions davantage nous n’aurions aucune chance de l’obtenir. Néanmoins, cette allocation n’est qu’une première étape dans la réponse à ces besoins de financement.

Quelles sont les perspectives économiques du Niger ?

Au cours des dix dernières années , notre croissance économique a été de l’ordre de 6 % par an. Sur les cinq ans à venir, nous prévoyons une croissance moyenne annuelle de 8 % mais avec des variations d’une année sur l’autre. Nous pensons que 6 % environ cette année, comme le prévoit le FMI, c’est déjà excellent et 12 % en 2022, c’est possible. Car nous comptons réaliser des investissements importants notamment le grand projet de construction d’un pipeline de transport de pétrole brut de 2.000 km pour nous relier au port de Cotonou au Bénin. Cela va changer la structure de l’économie de notre pays.

Est-ce que la croissance est suffisante ?

Ce chiffre de 8 % pourrait être impressionnant pour les pays développés. Mais cela est insuffisant car nous avons un taux de croissance démographique de 4 %. Tous nos efforts sont annihilés par cette situation.

Quelles sont les mesures à prendre ?

Les politiques que nous avons promues n’ont pas donné suffisamment de résultats. J’insiste sur la nécessité de promouvoir l’éducation qui est l’une des priorités de mon programme.

Nous avons prévu la construction d’internats pour jeunes filles dans les collèges ruraux afin de les maintenir longtemps à l’école et leur éviter les mariages précoces.

Les jeunes filles ont tendance à abandonner l’école vers l’âge de 12 ou 13 ans. Et une fois déscolarisées, elles sont souvent données en mariage. 28 % des filles se marient avant l’âge de 15 ans. Si nous les maintenons dans le système scolaire jusqu’à 16-18 ans nous évitons qu’elles aient des enfants, à 13 ou 14 ans.

Si rien n’est fait la population pourrait doubler pour atteindre 50 millions d’habitants avant 2050.

Le Niger a pourtant des ressources minières comme l’uranium…

Il ne faut pas se méprendre. L’uranium est un minerai qui à l’état brut ne coûte pas cher et qui a besoin de beaucoup d’investissements pour que cela puisse produire de l’énergie.

Le Niger est un pays enclavé et ravagé par la désertification et, depuis ces dernières années, menacé par le terrorisme qui prévaut dans la zone sahélo-saharienne. Mais le Niger pourrait exploiter du pétrole en quantité relativement importante dans les années à venir.

Les investissements sont-ils découragés par les questions de sécurité ?

Le Niger, bien qu’il soit au coeur du Sahel, est le pays le moins impacté dans cette région par des problèmes de sécurité. C’est un problème au niveau des frontières avec le Mali et dans le bassin du Lac Tchad. Mais hors de ces zones, nous sommes dans un pays normal. Les médias font beaucoup d’amalgames. Certains pays occidentaux déconseillent à tort à leurs citoyens d’aller au Niger a fortiori d’y investir.

En revanche, d’autres acteurs, chinois, turcs notamment viennent faire des investissements. Et les Occidentaux s’en plaignent. Ils sont victimes d’une certaine vision du monde.

Le Niger est-il un pays stable ?

Oui. La preuve, nous venons d’organiser trois élections importantes en l’espace de trois mois et de réaliser une alternance démocratique remarquable . Nous sommes un pays stable, malgré un environnement déstabilisateur.

L’opération Barkhane lancée par la France pour lutter contre le terrorisme est-elle efficace ?

La France a eu un engagement vis-à-vis du Sahel tout à fait méritoire. Il doit être apprécié comme tel. Si la France n’était pas intervenue au Mali en 2013, la situation aurait été totalement différente avec un retentissement sur l’ensemble des pays du Sahel et peut-être même jusqu’en Europe.

La présence de la mission Barkhane depuis 2014 a pour effet de lutter contre l’expansion du terrorisme et est parvenue à réduire la dynamique de son expansion. Elle ne l’a pas annihilée. Car il est difficile de lutter contre ces terroristes qui, après ce qui s’est passé en Libye, ont eu accès à un armement comme jamais une guérilla au monde n’a pu en obtenir. Ces jeunes gens opèrent sur des motos dans un environnement qu’ils connaissent bien et détiennent des lance-roquettes (RPG7 et RPG9) susceptibles de détruire des chars ainsi que des fusils M80 en grande quantité. Ils peuvent fabriquer des engins explosifs improvisés. C’est une donne totalement nouvelle.

Ceux qui font la leçon au président Emmanuel Macron ou à la France, ignorent cet état de fait. Barkhane est utile.

La France est de plus en plus critiquée en Afrique…

Ceux qui critiquent la France, lui reprochant de ne pas avoir réglé les problèmes sécuritaires du Sahel comme si c’était la vocation de l’armée française de mettre fin au terrorisme dans la région se trompent. C’est plutôt aux Maliens, aux Nigériens, aux Burkinabés, avant tout, de régler cette question, Barkhane n’intervenant qu’en appoint. Ce que je sais, c’est que si la France n’était pas là, la situation serait pire.

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