Africa-Press – Niger. Près de 30 000 personnes se sont regroupées dans un stade, quelques heures avant l’expiration de l’ultimatum de la Cedeao ce dimanche soir.
Environ 30 000 partisans du coup d’État au Niger se sont rassemblés dimanche à Niamey, démontrant leur force quelques heures avant l’expiration d’un ultimatum de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Cet ultimatum exigeait que les militaires au pouvoir rétablissent le président renversé, Bazoum, sous peine de voir « la force » être utilisée contre eux.
Malgré la chaleur étouffante, les manifestants ont afflué dans l’après-midi et rempli le stade Seyni-Kountché, le plus grand du Niger, qui peut accueillir jusqu’à 30 000 personnes. Ils brandissaient des drapeaux du Niger, de la Russie et du Burkina Faso, comme l’ont constaté des journalistes de l’AFP présents sur place. Cette manifestation marque un moment crucial dans la crise politique en cours au Niger, avec la communauté internationale surveillant de près l’évolution de la situation.
« Aujourd’hui, c’est le jour de notre véritable indépendance ! » criait un jeune homme, la foule autour de lui lançant des « À bas la France, à bas la Cedeao ! », instance qui a menacé d’intervenir militairement. Des membres du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP, qui a pris le pouvoir) sont arrivés triomphalement au stade dans un convoi de véhicules pick up, acclamés et entourés par une foule enfiévrée.
L’ultimatum arrive à échéance dimanche soir et, pour l’heure, les généraux qui ont pris le pouvoir le 26 juillet à Niamey n’ont montré aucune volonté de céder la place. Les contours de la force pour une possible intervention militaire ont été « définis » vendredi par les chefs d’état-major de la Cedeao, et certaines armées comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire se sont dites prêtes à y participer. Le coup d’État a été condamné par l’ensemble des partenaires occidentaux et africains du Niger, mais les militaires nigériens ont reçu le soutien de leurs homologues du Mali et du Burkina Faso – également arrivés au pouvoir par des putschs en 2020 et 2022 – qui affirment qu’une intervention au Niger serait une « déclaration de guerre » à leurs deux pays.
La perspective d’une intervention militaire ouest-africaine suscite inquiétudes et critiques.
Samedi, les sénateurs du Nigeria, poids lourd de la Cedeao avec ses 215 millions d’habitants et qui partage une frontière de 1 500 km avec le Niger, ont appelé le président Bola Tinubu à « renforcer l’option politique et diplomatique ». Selon la presse nigériane, une majorité de sénateurs ont exprimé leur opposition à une opération militaire, lors d’une réunion à huis clos. Samedi soir, l’Algérie, acteur majeur dans le Sahel et qui partage près de 1 000 km de frontière avec le Niger, a également émis des réserves.
À Niamey, les militaires ont de leur côté promis cette semaine une « riposte immédiate » à « toute agression ».
« Il faut empêcher le scénario catastrophique d’une guerre », a alerté de son côté un collectif de chercheurs, spécialistes du Sahel, dans une tribune publiée samedi soir dans le quotidien français Libération.
« Une guerre de plus au Sahel n’aura qu’un vainqueur : les mouvements djihadistes qui depuis des années construisent leur expansion territoriale sur la faillite des États », écrivent-ils. De nombreux résidents de la capitale Niamey – fief de l’opposition au président déchu – espéraient dimanche ne pas avoir à vivre une intervention militaire.À LIRE AUSSINiger : « Les djihadistes doivent se frotter les mains »
« Si la Cedeao intervient, ça va encore aggraver la situation. Mais les gens sont prêts et la population va soutenir les nouveaux dirigeants, parce que nous voulons du changement », assure Jackou, commerçant dans le textile. Plusieurs pays européens ont évacué des centaines de leurs ressortissants ces derniers jours au Niger. Après la France et l’Espagne, l’Italie a annoncé dimanche le départ de 65 personnels militaires à bord d’un avion qui s’est posé à Rome samedi soir.
La Cedeao et les pays occidentaux réclament un retour à l’ordre constitutionnel et la libération du président Bazoum, retenu prisonnier depuis le coup d’État, le 26 juillet. La France a notamment indiqué samedi appuyer « avec fermeté et détermination » les efforts de la Cedeao, estimant qu’il en allait « de l’avenir du Niger et de la stabilité de toute la région ».
Les relations entre les militaires qui ont pris le pouvoir et l’ancienne puissance coloniale se sont dégradées ces derniers jours. Les militaires ont dénoncé des accords de coopération militaire et sécuritaire avec Paris, qui déploie au Niger 1 500 soldats pour la lutte antiterroriste, une mesure ignorée par Paris.
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