Africa-Press – Niger. Le phénomène de la mendicité a été et reste un sujet de discussion fréquent sur la scène nationale et internationale. Pour trouver des réponses aux nombreuses questions qui se posent sur la problématique, la Faculté des lettres et sciences humaines (FLSH) de l’Université Abdou Moumouni organise, du 24 au 26 mars, un colloque international sur le thème « Regards croisés sur la mendicité au sahel». Cette rencontre qui réunit des chercheurs, des partenaires institutionnels et associatifs locaux constitue un cadre de réflexion, d’échanges, d’insémination des résultats et des dispositions pratiques.
Pendant les trois jours que dureront les travaux du colloque, les discussions porteront sur quatre axes à savoir l’histoire de la mendicité, la sociologie de la mendicité, la mendicité territorialité et pratique publique ainsi que la mendicité et droit de l’homme. Le colloque fera objet de 80 communications dont 16 panels que présenteront des chercheurs nationaux et internationaux issus des Universités publiques et des institutions de recherche. Quatre continents participent à la réflexion avec un esprit critique pour identifier des leviers d’action pertinents afin de proposer des pistes d’actions concrètes, réalistes et adaptées au contexte sahélien.
Dans son discours d’ouverture, le secrétaire général adjoint du Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation technologique, M. Daou Ibrahim, a indiqué que la mendicité est aujourd’hui l’un des phénomènes sociaux les plus visibles dans les espaces urbains de nombreuses villes africaines et sahéliennes. Elle interpelle les consciences, questionne les modèles sociaux et révèle des fragilités structurelles qui appellent à une réflexion. « Comprendre la mendicité ne peut se limiter à constater sa présence dans nos rues. Il s’agit d’en analyser les causes multiples, notamment la pauvreté, les inégalités sociales, les transformations économiques, les migrations, les dynamiques religieuses, les ruptures familiales ou encore les crises sécuritaires qui affectent certaines régions du Sahel. Ces réalités exigent une analyse scientifique multidisciplinaire, seule capable d’éclairer les politiques publiques », a-t-il dit.
Pour M. Daou, dans le contexte actuel du Sahel marqué par de profondes mutations socioéconomiques et des facteurs de fragilité comme la mendicité, l’Université doit être une force d’anticipation et d’éclairage. « Les institutions d’enseignement et de recherche ont une responsabilité majeure: celle de documenter les réalités sociales, de nourrir le débat public et d’accompagner la mise en œuvre de l’axe 4 relatif à l’accélération des réformes sociales et au changement de comportement inscrit dans le Programme de la Refondation de la République 2025-2029 », a-t-il souligné.
Pour sa part, le recteur de l’Université Abdou Moumouni, Pr Moussa Barazé, a expliqué qu’en accueillant cette rencontre scientifique autour de la mendicité au Sahel, l’UAM assume pleinement son rôle qui est d’éclairer, par la recherche et le débat scientifique, les grandes problématiques du Sahel. Il est clairement relevé que la mendicité est un révélateur des fragilités économiques, sociales, politiques et éthiques des sociétés. « C’est ainsi que les initiateurs du colloque ambitionnent de croiser les disciplines, croiser les expériences et croiser les niveaux d’analyse autour de l’axe central qu’est la mendicité au Sahel. Il s’agit prioritairement de mettre en dialogue les différentes disciplines et les expériences des professionnels du terrain. Ce croisement des regards est indispensable pour la compréhension du phénomène chronique de la mendicité qui gangrène notre société », a-t-il déclaré.
Pr Moussa Barazé de rappeler que le gouvernement de la République du Niger a pris récemment des mesures intéressantes pour endiguer le phénomène, notamment la création d’un comité interministériel de pilotage et d’un comité technique chargé de lutter contre la mendicité et d’assurer le rapatriement des concitoyens nigériens mendiant à l’étranger. De telles initiatives, dit-il, montrent que la question est désormais au cœur de l’agenda public.
Auparavant, le coordonnateur du colloque, président du comité scientifique, M. Addo Mahamane a expliqué que la mendicité prend une dimension inquiétante au Sahel, transcende les frontières, humilie les individus et porte ainsi un coup dur à l’image du pays tout en compromettant la scolarité et l’avenir des enfants qui accompagnent les mendiants. « Quoi alors de plus normal que les chercheurs revisitent ce sujet au regard de l’ampleur du phénomène? Nous pensons qu’ils sont même en devoir de le faire afin de documenter davantage ce phénomène de mendicité et finalement éclairer le public d’une part, et d’aider le pouvoir politique dans sa prise de décision, d’autre part », a-t-il déclaré.
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