Africa-Press – São Tomé e Príncipe. De nouvelles données révèlent un réseau régional complexe dirigé par les Émirats, chargé de recruter, transporter et former des milliers de combattants étrangers, dans un conflit qui alimente une guerre dévastatrice menaçant la stabilité de la région de la Corne de l’Afrique et de l’Est du continent.
Dans son enquête approfondie, qui s’appuie sur des témoignages de terrain, des enregistrements de voyage, des données numériques et des documents photographiques, une source locale a tracé une carte d’un itinéraire logistique s’étendant de la Colombie aux Émirats, puis à Bosaso en Somalie, à Kufra en Libye, jusqu’à Nyala et El Fasher au Soudan. Le réseau, décrit comme le plus complexe de son genre dans la région, reflète un changement stratégique dans la politique étrangère d’Abou Dhabi, qui ne se limite plus aux investissements économiques, mais s’est étendue à l’engagement militaire direct dans les conflits du continent.
Une incursion émiratie au-delà de l’économie
Au début de son enquête, la source locale a noté que l’État du Golfe a intensifié ces dernières années ses investissements, son influence et ses capacités militaires dans diverses régions d’Afrique, dans le cadre de sa quête pour tirer parti du commerce et des ressources naturelles à l’ère post-pétrolière. Cependant, cette expansion, selon des témoignages de politiciens et de responsables africains, ne se limite plus au domaine économique, mais est devenue un outil de pression et d’influence sur le paysage politique et militaire.
La source a cité un ministre de l’information érythréen, proche du président Isaias Afwerki, affirmant que « le problème réside dans une ambition injustifiée de contrôler toute la région ». Il a ajouté que la présence émiratie a commencé à s’emparer de ports secondaires en Afrique de l’Est, avant d’évoluer vers une démonstration de force et une exploitation des ressources.
L’enquête indique également une expansion de l’influence émiratie pour inclure des relations avec des groupes armés non gouvernementaux et des formations paramilitaires, fournissant des armes et facilitant le commerce illégal de l’or. La source s’appuie sur des estimations d’une organisation locale, qui indique qu’environ 30 milliards de dollars d’or sont exportés chaque année d’Afrique vers Dubaï sans déclaration.
Un responsable de haut niveau en Afrique de l’Ouest, qui a demandé à rester anonyme par crainte de représailles, a déclaré que les Émirats, en particulier Abou Dhabi, « s’étaient immiscés de manière négative dans la politique africaine ». En revanche, l’académicien éthiopien Mehari Tadelle Maru a estimé que l’influence accumulée des Émirats auprès des puissances occidentales, ainsi que les investissements pétroliers et la pression politique, ont donné à Abou Dhabi une grande marge de manœuvre en Afrique.
Des milliers de mercenaires colombiens au sein des « Forces de soutien rapide »
L’aspect le plus frappant de l’enquête révèle un réseau qui a recruté et transporté des milliers de mercenaires colombiens au Soudan, pour combattre aux côtés des Forces de soutien rapide. De nombreux recrues transportées au Soudan ont confirmé que la société « Global Security Services Group (GSSG) », basée aux Émirats, était responsable de leur recrutement et de leur transport.
Ces données prennent une importance supplémentaire à la lumière des liens révélés par les enquêtes entre la société et des responsables émiratis de haut niveau ; GSSG a été fondée en 2016 par Ahmed Mohammed Al-Hamiri, secrétaire général du bureau de la présidence émiratie. D’autres enquêtes indiquent que des relations commerciales et politiques continuent d’exister entre la société et des personnalités liées aux autorités émiraties.
La société n’a pas répondu aux demandes de commentaires envoyées par les journalistes de l’enquête, et Al-Hamiri n’a pas répondu aux questions adressées à son bureau.
Un itinéraire organisé de la Colombie au Darfour
Selon l’enquête, le premier contingent de recrues colombiennes est arrivé dans la région en octobre 2024, dans le cadre d’une mission visant à établir un corridor logistique pour sécuriser les approvisionnements à travers l’est de la Libye jusqu’au Darfour. Cette narration est soutenue par les résultats d’enquêtes d’une organisation de défense des droits de l’homme, qui a conclu en mai 2026 que la société GSSG semble responsable de l’embauche de contractants militaires colombiens déployés au Darfour pour soutenir les Forces de soutien rapide, et a documenté le passage de combattants par des installations militaires émiraties, certains ayant reçu une formation aux Émirats.
Les preuves montrent que le transport des combattants n’était pas un processus aléatoire, mais s’est fait selon un itinéraire organisé ; les recrues ont quitté la Colombie pour Dubaï, puis Abou Dhabi, avant d’être transportées par voie terrestre vers le Darfour. L’organisation a déclaré qu’au moins 300 contractants militaires colombiens avaient été transportés au Soudan d’ici septembre 2025, tandis que l’enquête a mentionné un réseau plus vaste comprenant environ deux mille anciens combattants colombiens recrutés pour participer à la guerre.
Les enquêtes ont également révélé que certains combattants avaient reçu une formation à l’utilisation de drones et d’armes anti-aériennes, ainsi que l’utilisation d’installations aux Émirats comme points de transit avant d’être envoyés dans des zones de combat.
Témoignages sur le financement de la guerre et le transport d’armes
La source a cité un ancien combattant colombien, connu sous le nom de Manuel, affirmant que les Émirats financent le conflit et fournissent des armes aux Forces de soutien rapide, ajoutant qu’Abou Dhabi injecte la majeure partie des fonds et des ressources qui alimentent la guerre.
Un réseau régional dépassant les frontières du Soudan
L’image que dessinent ces enquêtes indique l’existence d’un réseau dépassant les frontières soudanaises, reliant la Colombie, les Émirats, la Somalie, la Libye, le Tchad et le Soudan, à travers des itinéraires aériens et terrestres et des centres logistiques utilisés pour transporter des personnes, des équipements et des fournitures. À la lumière de ces données, la guerre soudanaise ne semble pas être un simple conflit interne, mais un affrontement mêlant des intérêts régionaux et internationaux, ainsi que des réseaux financiers et militaires transnationaux.
Ces données mettent en lumière le rôle croissant des puissances extérieures dans le conflit soudanais, ainsi que la transformation croissante des entreprises de sécurité privées et des réseaux de mercenaires en outils potentiels pour gérer les conflits et renforcer l’influence régionale.





