Africa-Press – Senegal. Dans un contexte de crise politique qui se dessine rapidement, les forces de la garde nationale sénégalaise ont convoqué deux députés éminents du parti au pouvoir pour enquête, quelques jours après le limogeage par le président de son Premier ministre et la dissolution de son gouvernement. Cette convocation a ravivé un large débat sur la liberté d’expression parlementaire et l’utilisation de la justice au service des conflits politiques.
Les députés convoqués, Cheikh Bara Ndiaye et Guy Marius Sagna, appartiennent au même parti qui dirige le parlement et l’État. Selon des sources médiatiques sénégalaises, Cheikh Bara Ndiaye avait publiquement accusé l’ancien ministre des Finances, Cheikh Diop, de détenir un compte bancaire personnel « de centaines de milliards de francs africains (environ des centaines de millions de dollars) ».
Quant à Guy Marius Sagna, il est allé plus loin en qualifiant le président de dissident, en commentant la nomination du nouveau Premier ministre, Ahmed Amin Mohamed Lo, et a décrit la situation comme un « coup électoral ». Sagna a clairement annoncé qu’il ne se présenterait pas à l’enquête, dénonçant ce qu’il a qualifié de pratiques judiciaires incompatibles avec le droit des députés à s’exprimer, selon un média français.
De la destitution à l’affrontement interne
Ces convocations sont survenues dans un contexte exceptionnellement tendu. Le 20 du mois dernier, le président a émis un décret présidentiel par lequel il a limogé Sonko et dissous son gouvernement, après des mois de tensions croissantes entre les deux hommes sur des questions économiques sensibles, notamment la gestion des institutions financières internationales et une crise de la dette atteignant 132 % du produit intérieur brut.
Cependant, le limogeage n’a pas réduit au silence Sonko, mais lui a ouvert un nouveau front. Six jours après son éviction, le parlement a élu Sonko président de l’Assemblée nationale, avec une majorité de 132 voix sur 165, une démarche qualifiée par l’opposition de « coup institutionnel ». Ainsi, Sonko dirige désormais le parlement face à un président qui ne peut pas le dissoudre avant novembre prochain, conformément à la constitution.
Le parti au pouvoir n’est pas resté silencieux face à la convocation de ses députés. Dans un communiqué publié dimanche dernier, le parti a exprimé son « profond mécontentement », mettant en garde contre « toute instrumentalisation de la justice à des fins d’intimidation politique », et appelant au respect de l’immunité parlementaire des députés convoqués.
Inquiétudes sur les droits humains évoquant le passé
L’écho de ce mouvement ne s’est pas limité aux politiciens, Amnesty International a exprimé son inquiétude concernant des « violations présumées liées à la liberté d’expression », soulignant que ces pratiques rappellent des méthodes du passé. C’est une remarque significative, d’autant plus que le parti au pouvoir avait en partie construit sa popularité sur la défense de la liberté d’expression et de l’opposition, à une époque où Sonko et le président faisaient face à des poursuites judiciaires sous le régime de l’ancien président.
Aggravation de la crise et formation du nouveau gouvernement
Cette crise a pris une tournure encore plus complexe avec l’annonce par le président de la composition de son nouveau gouvernement, composé de 30 ministres dirigés par l’expert économique Ahmed Amin Mohamed Lo. Bien que la composition ait inclus certains alliés du parti, elle a également vu l’absence marquée de plusieurs figures de proue qui étaient présentes dans le gouvernement précédent. Cette annonce est survenue après une longue conversation entre le président et Sonko, ce dernier ayant confirmé par la suite l’émergence de points de désaccord majeurs concernant le rôle futur du parti, annonçant officiellement le boycott par le parti du nouveau gouvernement et son absence de représentation ministérielle.





