Locales au Sénégal : la principale coalition d’opposition refuse de signer la charte de non-violence

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Locales au Sénégal : la principale coalition d’opposition refuse de signer la charte de non-violence
Locales au Sénégal : la principale coalition d’opposition refuse de signer la charte de non-violence

Africa-Press – Senegal. À dix jours des élections locales, la charte de non-violence, écrite sous l’égide du Cudis, a été signée par plusieurs forces politiques, ce jeudi 13 janvier. Excepté par Yewi Askan Wi, coalition phare de l’opposition.

Les élections locales prévues pour le 23 janvier se dérouleront-elles dans un climat apaisé ? Ce jeudi, à l’hôtel Radisson Blu de Dakar, une dizaine de coalitions politiques dont Benno Bokk Yakaar, la coalition au pouvoir, Wallu Sénégal construite autour du PDS d’Abdoulaye Wade ou encore la coalition Bunt-Bi de Soham El Wardini, la maire sortante de Dakar se sont engagées à pacifier l’espace politique durant tout le processus électoral.

Étaient également représentés la coalition Gueum sa bopp de Bougane Gueye Dany, Bokk gis gis de l’ancien maire de Dakar Pape Diop, Jammi Gox Yi de l’activiste Fadel Barro ou encore le Front pour une révolution anti-impérialiste populaire et panafricaine (Frapp) du trépidant Guy Marius Sagna. Tous ces mouvements politiques ont signé la charte de non-violence élaborée par le Cadre unitaire de l’islam du Sénégal (Cudis), une plateforme qui regroupe les leaders religieux des principales confréries musulmanes du pays et plusieurs organisations de société civile.

« Les négociations ont été longues et rudes, confie Cheikh Ahmed Tidiane Sy, président du Cudis. Les différentes coalitions politiques voulaient mettre leurs différentes revendications dans la charte. Mais cela l’aurait dépouillé de son objectif premier qui est de pacifier ces élections locales. Nous nous sommes donc arrêtés aux grands principes. »

Le document rédigé sur quatre pages invite entre autres les acteurs politiques « à l’esprit de dépassement, à la préservation de la cohésion nationale et à rejeter la logique de l’affrontement qui conduit au pire ». Il invite aussi « le chef de l’État à toute action et posture visant à renforcer le respect de l’état de droit et de l’indépendance de la justice, à mettre en place les conditions d’une compétition électorale transparente, inclusive et sans contestation ». Fin novembre, Macky Sall avait donné son accord de principe à la signature d’une charte de non-violence après avoir reçu une délégation du Cudis et plusieurs dignitaires religieux dont Cheikh Mouhamadou Mahi Ibrahima Niass, le khalife général de Médina Baye.

Ousmane Sonko et Khalifa Sall avaient déjà fait part de leurs réserves

Mais à ce consensus, manquait la principale coalition de l’opposition, Yewi Askan Wi. Ses figures, Ousmane Sonko et Khalifa Sall, l’ancien maire de Dakar, ne l’ont pas signé. La coalition Wallu Sénégal construite autour du PDS d’Abdoulaye Wade ne s’est pas non plus faite représenter à la séance publique de signature. “Ils se sont désisté au dernier moment parce qu’ils voulaient voir figurer dans la charte un point sur le respect par l’État des décisions de juridictions internationales”, explique Cheikh Ahmed Tidiane Sy. Contacté, Mamadou Lamine Diallo, le mandataire national, n’a pas souhaité répondre aux sollicitations de Jeune Afrique.

En novembre, lors d’une première rencontre avec les membres du Cudis, les cadres de Yewi Askan, eux, avaient déjà fait part de leurs réserves. « Tout le monde sait que les leaders de la coalition sont des hommes de paix. Mais nous n’avons pas confiance en Macky Sall, [qui] est le seul détenteur de la violence grâce à l’arsenal juridique et sécuritaire qu’il détient », avait martelé lors d’un point de presse Habib Sy, le président de la conférence des leaders de Yewi Askan Wi.

Près de deux mois plus tard, alors que la campagne électorale a débuté depuis six jours, la position de Yewi Askan Wi n’a pas changé. « Nous avons demandé à ce que le droit à la marche consacré par la constitution soit respecté. Mais à chaque fois que l’opposition a voulu jouir de ce droit, elle a été réprimée. Barthélémy Dias, notre candidat à Dakar a été arrêté à plusieurs reprises en plein meeting. On ne peut pas assister continuellement à de telles persécutions de la part du pouvoir et signer une charte à la même table qu’eux », dénonce Déthié Fall, député et mandataire national de Yewi Askan Wi.

Engagement moral

Le président du Parti républicain pour le progrès (PRP) digère encore mal le fait qu’Antoine Diome, le ministre de l’Intérieur, en charge de l’organisation des élections, ait introduit un recours en cassation pour faire annuler plusieurs listes de candidature de l’opposition par le biais des préfectures. « Nous avons même demandé lors des précédents dialogues politiques qu’une personnalité ou une haute-autorité neutre et indépendante organise tous les types d’élections dans le pays. Nous n’avons pas été entendus. À chaque fois, l’opposition a été dans de bonnes dispositions pour l’apaisement du climat politique. Mais le président Macky Sall n’a jamais tenu ses engagements. »

« Je peux comprendre la posture politique de Yewi Askan Wi. Les différents évènements lors de la pré-campagne ont pu les braquer davantage sur leur position. Mais la signature de la charte de non-violence est symbolique et constitue un engagement moral. Nous n’avons pas de fixation sur le nombre de signatures. Mais nous continuerons à sensibiliser les non-signataires à éviter toute violence », répond Cheikh Ahmed Tidiane Sy.

Il y a -t-il un risque que les élections locales du 23 janvier prennent un tour violent ? Les premiers jours de la campagne électorale qui doit durer quatorze jours, n’ont pas donné lieu qu’à des liesses populaires ou des caravanes festives de partisans des différents candidats engagés dans la course aux mairies. Ils ont été entachés par plusieurs incidents signalés à Dakar et sa banlieue ainsi qu’à l’intérieur du pays. Samedi 8 janvier à la Médina, une commune populaire de Dakar, des échauffourées ont opposé les partisans de Bamba Fall, le maire sortant investi par la coalition Gueum sa bopp à ceux de Cheikh Tidiane Bâ, tête de liste de Benno Bokk Yakaar.

Le lendemain, à Guédiawaye, en banlieue dakaroise, des affrontements ont éclaté entre les militants munis d’armes blanches de Aliou Sall et ceux de Ahmed Aidara alors que le cortège de l’animateur-vedette de la Sen TV et de Zik FM investi par Yewi Askan Wi, passait devant la résidence du maire sortant, candidat de la coalition au pouvoir et petit frère du président Macky Sall. Des heurts ont également été enregistrés à Mbour à 80 km au sud de Dakar entre les partisans de la député Sira Ndiaye, candidate de Benno Bokk Yakaar, et ceux de Abdoulaye Tall, candidat de Yewi Askan Wi. Idem à Dagana, ville du nord près de la frontière avec la Mauritanie où une bagarre entre les militants d’Oumar Sarr, ministre des mines et ceux de Moustapha Sarr ont fait une dizaine de blessés dont un au couteau.

Si jusque-là, aucun mort n’a été déploré, ces différents incidents inquiètent tout de même la société civile. « Il y a eu des scènes de violence dans quelques communes. Mais c’est de l’ordre du classique dans toute élection. Nous n’assistons pas encore à des scènes graves, de saccage de véhicules ou de domiciles. Il n’y a donc pas lieu de s’alarmer. Mais nous ne sommes qu’au début de la campagne et à l’approche du scrutin, la tension pourrait monter », analyse Babacar Fall, secrétaire général du Groupe de recherches et d’appui à la démocratie participative et la bonne gouvernance (Gradec). L’opposition se veut rassurante : « Nous sommes une opposition responsable, nous ne prônons pas la violence », conclut pour sa part Déthié Fall.

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