Au Sénégal, Ousmane Sonko boude son procès

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Au Sénégal, Ousmane Sonko boude son procès
Au Sénégal, Ousmane Sonko boude son procès

Par Marième Soumaré

Africa-Press – Senegal. L’opposant sera jugé lundi en appel dans le dossier de diffamation qui l’oppose au ministre du Tourisme, Mame Mbaye Niang. Parviendra-t-il à éviter l’inégibilité, esquivée de justesse lors du jugement en première instance ?

Ne pas perdre son temps en « débats puérils » ou « procès fantoches ». C’est par ces mots que El Malick Ndiaye, le chargé de communication des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef), le parti d’Ousmane Sonko, a annoncé vendredi 5 mai que l’opposant ne comptait pas se rendre à son procès en appel pour diffamation. « L’essentiel est de travailler à changer qualitativement la vie des Sénégalais. Aujourd’hui c’est Ziguinchor, demain ce sera le Sénégal et l’Afrique.

Après avoir laissé planer l’incertitude quant à sa présence au Palais de justice lundi 8 mai, Ousmane Sonko semble donc avoir décidé de ne pas se rendre au procès pour diffamation qui l’oppose au ministre du Tourisme, Mame Mbaye Niang. Absent lors de l’audience du 30 mars dernier, au cours de laquelle il a été condamné, le candidat à la présidentielle de 2024 avait une nouvelle fois critiqué la justice du Sénégal ce 1er mai, dénonçant la « farce judiciaire » dont il serait victime.

Appel

« La justice est devenue l’un des maux le plus profonds au Sénégal. Le renvoi du 8 [mai] serait lié au fait que le président de la Cour d’appel n’a pas encore trouvé de juges qui acceptent de faire ce qu’il veut. Mon rapport avec la justice est fait de persécutions et de violations de mes droits », a-t-il dénoncé.

En première instance, la justice l’avait condamné à une peine de deux mois de prison avec sursis – à un mois près, Ousmane Sonko aurait été déclaré inéligible à la prochaine présidentielle – et à verser une somme de 200 millions de francs CFA de dommages et intérêts. Le Parquet comme le plaignant ayant fait appel, la peine de prison et le montant demandé pourraient être augmentés lors du nouveau jugement. « L’enjeu est énorme et dépasse sa seule personne », prévenait le mois dernier l’un de ses conseils, qui assurait que le mis en cause n’avait « pas peur de se présenter » : « Ce n’est pas la justice qu’il craint, mais l’injustice. »

« Sans aucun débat contradictoire, sans avoir comparu, Ousmane Sonko a été relaxé de deux des trois chefs d’accusation qui pesaient sur lui, à savoir faux et usage de faux, ainsi qu’injure publique, précise Ousmane Ngom, son avocat. Il demeure serein, malgré les obstacles et les contraintes mis en place par le régime pour l’empêcher d’aller répondre convenablement. Il dispose des éléments de preuve nécessaires pour balayer l’accusation. »

Deux procès

En première instance, le juge a pourtant estimé que Ousmane Sonko, qui avait accusé Mame Mbaye Niang d’avoir détourné 29 milliards de francs CFA, n’avait pas fourni les preuves nécessaires pour soutenir ses déclarations. « Le juge l’a condamné pour ne pas perdre la face, balaye un proche de l’opposant. La pression de la rue n’a pas disparu et ils le savent. »

En refusant de se rendre à son propre procès, Ousmane Sonko ne prête-t-il pas le flanc à ses adversaires, qui l’accusent de se dérober face à la justice de son pays ? L’opposant accusait publiquement les forces de l’ordre d’avoir voulu l’assassiner en l’aspergeant d’un gaz « toxique et mortel », selon ses mots, alors qu’il se rendait justement au tribunal – assurant, là encore, en tenir toutes les preuves à disposition de la justice.

Le 1er mai, l’opposant avait également incité ses partisans à la « désobéissance civique » face à une justice « injuste ». Et narguait les juges – qui avaient ordonné son contrôle judiciaire, assorti d’une interdiction de quitter le territoire et d’une confiscation de son passeport – en posant devant un panneau indiquant sa présence sur le pont Sénégambien. « En route pour Ziguinchor, j’ai fait escale aujourd’hui en Gambie. Je rappelle que la mesure de mise sous contrôle judiciaire a pris fin [quand l’instruction s’est terminée]. C’est donc en toute illégalité que Oumar Maham Diallo, juge du premier cabinet d’instruction, refuse de me restituer mes documents de voyage », avait déclaré l’opposant.

L’instruction dans l’affaire pour viols et menaces de mort s’est en effet achevée en janvier dernier. Le procès doit débuter le 16 mai prochain dans une affaire criminelle, et non correctionnelle. L’opposant n’a pas encore dit s’il souhaitait snober cet autre procès.

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