Africa-Press – Senegal. L’édition 2022 du Forum international de Dakar pour la paix et la sécurité en Afrique a réuni cette année encore les dirigeants politiques d’une quarantaine de pays, mais aussi des chercheurs, des membres des forces de sécurité ou encore des représentants d’institution, afin d’échanger sur les immenses défis auxquels le continent doit faire face, ainsi que les pistes de solutions pour y répondre. La lusophonie était à l’honneur de ce 8e forum avec la participation notamment de l’Angola, du Cap-Vert et de la Guinée-Bissau. La France, représentée par Chrysoula Zacharopoulou, la secrétaire d’État en charge du Développement et de la Francophonie, et le Japon étaient les principaux partenaires de cette édition dont la thématique s’intéressait aux chocs exogènes subis par le continent africain et aux défis de stabilité, mais aussi de souveraineté, qui en résultent.
Repenser le multilatéralisme et la coopération
Si le président sénégalais Macky Sall a rappelé dans son discours d’ouverture qu’« en posant la problématique des chocs exogènes, nous n’éludons pas pour autant les manquements dont les solutions relèvent de notre responsabilité », l’actuel président de l’Union africaine a appelé à une réforme de la gouvernance mondiale, lançant un appel à « ressusciter le multilatéralisme ». « Le système multilatéral actuel est en déphasage avec la réalité. Nous avons besoin d’équité et de représentativité dans les instances internationales. Il faut avoir le courage de faire des réformes pour changer le système qui ne répond plus aux besoins du monde. Mais cela suppose un changement de mentalité. Nous ne sommes plus à l’époque coloniale. Les pays sont d’égale dignité et méritent que l’on traite leurs problèmes avec respect », a critiqué Macky Sall, insistant encore : « Le multilatéralisme doit servir les intérêts de tous, autrement, il continuera de susciter la méfiance des uns et la défiance des autres. »
Dans cette posture de défenseur des intérêts africains, il a de nouveau réclamé l’obtention de deux sièges permanents avec droit de veto au Conseil de sécurité des Nations unies, afin que la voix d’une Afrique indépendante et souveraine puisse être entendue sur la scène internationale. Dans cette approche, le président sénégalais a fustigé l’invitation de l’Union africaine au G20 uniquement lorsque les pays hôtes sont « afro-compatibles », alors même que « sa participation est une évidence ». Abordant un autre de ses chevaux de bataille, il a cité la réallocation partielle des droits de tirage spéciaux des pays développés à ceux en développement, rappelant que malgré les promesses, ces prêts n’avaient pas encore été actés.
Conscient de l’interconnexion du monde, et des répercussions des crises sur le continent africain sur les économies et les populations, le président d’Angola, Joao Manuel Gonçalves Lourenço, a encouragé un travail coordonné, une mise en commun des compétences et des expériences pour produire des résultats effectifs. Il faut un « front commun et une plus grande solidarité africaine afin de trouver des solutions efficaces et claires », selon la ministre des Affaires étrangères, de la Francophonie et des Centrafricains de l’étranger (RCA), Sylvie Baïpo-Temon.
La guerre en Ukraine largement discutée
Exemple de cette interconnexion, la question de la guerre en Ukraine a occupé une large place dans les prises de parole, les pays du continent étant très affectés par la guerre russo-ukrainienne, de nombreux pays étant dépendants des importations de blé. Une situation préoccupante d’autant que les économies locales avaient déjà été largement éprouvées par la pandémie de Covid-19. Cette dépendance des pays du continent dans tous les domaines (économiques, sanitaires, agricoles, alimentaires, etc.) a été beaucoup discutée, la sécurité alimentaire étant notamment en jeu du fait des difficultés d’importer des intrants et des céréales. Cette instabilité se répercute sur la pauvreté des ménages qui, malgré les plans d’aide mis en place par plusieurs États pour limiter ses effets néfastes, fait basculer de nombreuses populations dans l’extrême pauvreté.
Dressant un tableau peu reluisant de la situation, des axes de sortie de crise ont néanmoins été proposés : la promotion de l’éducation et de la formation, les échanges entre États notamment frontaliers, l’autonomisation des ressources. « Les piliers pour permettre le développement existent déjà sur le continent », a souligné José Maria Pereira Neves, président de la République du Cap-Vert. Le continent dispose en effet d’un capital humain considérable, 77 % de sa population étant jeune. Des atouts considérables qui ne peuvent être exploités tant que l’instabilité menace la souveraineté des États. « Les pays africains ne sont pas contre l’Ukraine ou insensibles à cette guerre. Mais l’Afrique est en permanence agressée par le terrorisme international, les maladies, le manque de financement? » a recadré le président Macky Sall, soulignant les énormes défis que les États ont à gérer quotidiennement.
La souveraineté mise à mal et la question sécuritaire à revoir
Trop dépendante de ses partenaires étrangers, l’Afrique subit un contexte d’instabilité qui se répercute sur sa sécurité. Trafics illicites, conflits, mais aussi le terrorisme sont autant de problématiques qui minent le développement du continent et déstabilisent des États déjà fragiles économiquement. Macky Sall a condamné « les changements inconstitutionnels de gouvernement », un rappel des nombreux coups d’État qui ont eu lieu ces derniers mois dans la sous-région (Guinée, Burkina Faso, Mali, Tchad). « Ces pratiques ne sont pas acceptables. Elles ne peuvent servir de remède à nos maux. Au contraire, elles les aggravent et nous retardent sur le chemin du développement », a-t-il dit.
« Le continent est devenu aujourd’hui un des épicentres du terrorisme. Le terrorisme qui gagne du terrain sur le continent n’est pas qu’une affaire africaine. C’est une menace globale qui relève de la responsabilité première du Conseil, garant du mécanisme de sécurité collective. L’inertie du Conseil de sécurité dans la lutte contre le terrorisme en Afrique porte en elle la défaillance du système multilatéral », a-t-il déclaré, arguant que « si l’Afrique n’est pas en paix et en sécurité, le monde ne le sera pas non plus ». Face à cette menace constante, et devant les limites des solutions apportées jusqu’à présent par les opérations classiques de paix des Nations unies, « il est temps de changer la doctrine. C’est toute la doctrine des Opérations de paix qu’il convient de mettre à jour en intégrant pleinement la lutte contre le terrorisme, y compris en Afrique », a-t-il dit. Au-delà de ces critiques, il juge plus qu’urgent de rendre opérationnelle la Force africaine en attente (FAA), arguant que « nous ne pouvons pas toujours compter sur le financement extérieur pour assurer notre propre sécurité », ainsi que de financer le Fonds de la paix de l’Union africaine.
Des solutions africaines inclusives pour plus d’autonomisation mais qui n’excluent cependant pas l’aide extérieure, notamment en termes de financements. « L’Afrique a un problème de moyens. Ses défis ne pourront pas être résolus sans la solidarité internationale », a reconnu le président Macky Sall. Par la voix de Chrysoula Zacharopoulou, la secrétaire d’État en charge du Développement et de la Francophonie, la France ainsi que l’Union européenne ont réitéré leur volonté de « pleinement et sincèrement s’engager aux côtés des pays africains pour leur sécurité », mettant en avant leur soutien dans la lutte contre le terrorisme, en appuyant le « renforcement et l’équipement des forces armées des pays pour renforcer leur sécurité et leur souveraineté ». Un positionnement réaffirmé également par la représente de l’Union européenne pour le Sahel, Emanuela Claudia Del Re, qui assurait que « l’UE était le partenaire le plus fiable et stable du continent ».
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