Macron et Macky Sall: Soutien Français ou Test International

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Macron et Macky Sall: Soutien Français ou Test International
Macron et Macky Sall: Soutien Français ou Test International

Africa-Press – Senegal. La réception du président français Emmanuel Macron par l’ancien président sénégalais Macky Sall au Palais de l’Élysée à Paris cette semaine a suscité de nombreuses questions concernant les raisons et le timing de cette rencontre, d’autant plus qu’elle intervient au milieu des efforts diplomatiques menés par Sall pour soutenir sa candidature au poste de secrétaire général des Nations Unies, en remplacement de l’actuel secrétaire général António Guterres, dont le mandat se termine à la fin de l’année.

Bien que la rencontre ait semblé, à première vue, être une réunion ordinaire entre un président français et une personnalité africaine éminente, son timing et son contexte politique suggèrent des dimensions plus larges qui vont au-delà de la courtoisie diplomatique, touchant aux enjeux de l’influence française en Afrique, à l’avenir des Nations Unies, ainsi qu’aux équilibres internationaux complexes qui régissent le choix de son secrétaire général.

Une rencontre à un moment sensible

Macron a accueilli l’ancien président sénégalais à l’Élysée dans le cadre d’une série d’initiatives internationales intensifiées que Sall mène depuis plusieurs mois, cherchant à renforcer ses chances dans la course internationale. L’ancien président sénégalais tente de se présenter comme un candidat capable de représenter le Sud global, avec une expérience politique, économique et diplomatique qui le qualifie pour diriger l’organisation internationale à une époque marquée par une montée des crises, des guerres et des divisions géopolitiques.

Après la rencontre, Macky Sall a exprimé sa satisfaction quant aux discussions, affirmant qu’il y avait un rapprochement de vues avec le président français sur l’avenir des Nations Unies. Il a déclaré dans une déclaration publiée après la réception: “Je remercie chaleureusement le président Emmanuel Macron pour son accueil chaleureux et pour nos discussions fructueuses à l’Élysée. Nous partageons une vision d’une ONU ambitieuse et renouvelée pour renforcer son efficacité, sa représentativité et sa capacité à répondre aux aspirations des peuples et des États.”

Il a ajouté que les discussions ont porté sur la nécessité d’une “réforme profonde” au sein de l’organisation internationale, afin de la rendre plus apte à suivre les transformations internationales et à répondre aux multiples crises que le monde connaît, en référence aux guerres et conflits prolongés, aux tensions économiques, ainsi qu’aux crises climatiques et migratoires.

Cependant, il est notable que le Palais de l’Élysée n’a émis aucun communiqué exprimant un soutien explicite ou officiel à la candidature de Sall, laissant ainsi la porte ouverte à diverses interprétations concernant la véritable position française.

Pourquoi Paris précisément?

La France ne semble pas être une étape ordinaire dans la campagne internationale de Macky Sall. Le Sénégal est considéré comme l’un des partenaires traditionnels les plus proches de Paris en Afrique de l’Ouest, et Sall a maintenu, durant ses années de mandat de 2012 à 2024, des relations étroites avec la France, malgré une montée de l’opinion publique anti-française dans certaines parties du continent.

Sous sa présidence, Sall a joué un rôle important dans de nombreuses questions régionales et internationales, a présidé l’Union africaine et s’est affirmé comme un médiateur dans plusieurs crises politiques sur le continent. Cette expérience lui confère un capital diplomatique sur lequel il peut s’appuyer dans une course internationale aussi complexe que le poste de secrétaire général des Nations Unies.

Du point de vue français, Paris pourrait voir en une personnalité comme Macky Sall un choix relativement confortable, alliant expérience politique et vastes relations internationales, sans être entièrement aligné sur un axe international concurrent. De plus, son soutien, même de manière indirecte, pourrait offrir à la France une occasion de maintenir son influence morale en Afrique à un moment où elle fait face à un recul évident dans plusieurs pays africains, notamment dans la région du Sahel.

Cependant, la France semble également prudente. Un soutien officiel précoce pourrait la placer en opposition à des objections au sein de l’Union africaine ou avec d’autres puissances internationales qui ont leurs propres considérations concernant l’identité du prochain secrétaire général.

Une course internationale très complexe

Le poste de secrétaire général des Nations Unies est l’un des postes internationaux les plus sensibles, car il ne se décide pas seulement sur la base des compétences ou du poids politique du candidat, mais est également régi par des équilibres géopolitiques délicats, allant du consensus au sein du Conseil de sécurité à des considérations régionales et géographiques.

Selon les conventions non écrites au sein de l’organisation, le choix du secrétaire général prend en compte une forme d’équilibre géographique entre les régions. Certains observateurs estiment que l’Afrique pourrait faire pression pour obtenir le poste cette fois-ci, étant donné que le continent ne l’a pas occupé depuis des décennies, ce qui donne aux candidats africains, dont Macky Sall, une opportunité supplémentaire.

Cependant, le chemin reste compliqué ; tout candidat a en réalité besoin de l’acceptation des grandes puissances, notamment des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, qui détiennent le droit de veto. Cela explique les efforts de Sall pour intensifier ses contacts avec les capitales influentes, en tête desquelles Paris.

L’ancien président sénégalais avait prononcé en avril dernier un discours devant l’Assemblée générale des Nations Unies, dans lequel il a présenté sa vision de la réforme de l’ONU, plaidant pour rendre l’organisation plus représentative et équitable pour les pays en développement, et plus capable de prendre des décisions efficaces face aux conflits mondiaux.

Une candidature par le Burundi, pas par le Sénégal

L’un des aspects les plus intéressants du parcours de candidature de Macky Sall est que le Sénégal lui-même n’a pas officiellement adopté sa candidature. En mars dernier, le Burundi a officiellement informé les Nations Unies de la candidature de Sall, en respectant la condition de soumettre les candidatures par un État membre.

La notification a été faite au nom du président burundais en tant que président en exercice de l’Union africaine à l’époque, ce qui a donné à cette démarche un soutien politique africain, même si cela n’a pas atteint le niveau d’un consensus continental.

Ce détail reflète une complexité politique importante, car la candidature n’est pas venue de l’État que Sall a dirigé pendant plus d’une décennie, mais d’un autre acteur africain, ce qui a soulevé des questions sur le niveau de soutien réel dont il bénéficie dans son propre pays.

Neutralité de Dakar… et messages politiques

En revanche, le gouvernement sénégalais actuel a adopté une position de neutralité vis-à-vis de la candidature de l’ancien président, une position remarquable compte tenu de la symbolique et de l’importance du poste.

Le président sénégalais actuel, Bassirou Diomaye Faye, a précisé, selon des médias sénégalais, qu’il n’avait pas été informé officiellement de la candidature de son prédécesseur, mais qu’il en avait pris connaissance par d’autres dirigeants africains, avant d’apprendre plus tard que le Burundi avait avancé la candidature.

Il a également indiqué que le dossier n’avait pas été discuté au sein de l’Union africaine de manière consultative, exprimant son regret quant à l’absence de débat collectif autour d’une candidature de cette envergure. Il a conclu en affirmant que le Sénégal “n’est pas partie” à cette initiative et que sa position officielle est celle de “neutralité”.

Cette position a également des implications politiques internes. Le nouveau gouvernement sénégalais est arrivé dans un contexte de discours politique différent de celui de Macky Sall, adoptant une plus grande indépendance vis-à-vis des puissances occidentales et reflétant un désir de redéfinir les priorités de la politique étrangère sénégalaise.

Que signifie la rencontre à l’Élysée?

En fin de compte, il est difficile de dire que la rencontre entre Macron et Macky Sall signifie un soutien français clair à la candidature de l’ancien président sénégalais, mais il est également difficile de la considérer comme une rencontre protocolaire sans importance.

L’accueil à l’Élysée offre à Sall un coup de pouce symbolique et diplomatique important dans sa campagne internationale, et indique qu’il a encore la capacité d’accéder aux cercles de décision majeurs. En revanche, cela donne à la France l’occasion de suivre la situation de près, et peut-être d’évaluer les chances du candidat sénégalais avant de prendre une position plus claire.

Alors que Macky Sall continue de construire un réseau de soutien international pour ses ambitions onusiennes, la plus grande contradiction demeure que l’homme aspire à l’un des plus hauts postes internationaux en s’appuyant sur ses propres initiatives et relations extérieures, alors même que son propre pays prend clairement ses distances par rapport à son projet, préférant adopter une position de neutralité plutôt que de s’engager dans une bataille diplomatique dont les résultats pourraient être incertains.

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