A Lyon, le premier sommet mondial sur « une seule santé »

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A Lyon, le premier sommet mondial sur « une seule santé »
A Lyon, le premier sommet mondial sur « une seule santé »

Africa-Press – Senegal. C’est la première fois qu’un sommet international va être consacré à une idée nouvelle qui prend corps petit à petit: « une seule santé ». A Lyon les 7 et 8 avril 2026, c’est la première fois que gouvernants, parlementaires, membres de la société civile, ONG, scientifiques vont dresser le bilan d’une idée qui a moins d’un quart de siècle. C’est au début des années 2000 en effet qu’a émergé la conscience que la santé humaine, la santé animale et le bon état environnemental étaient intimement liés. Le concept a muri, notamment à partir de 2018 où il apparaît dans les discussions lors de la conférence des parties (COP) de Katowice (Pologne). Le changement climatique bouleverse en effet les conditions de vie des humains mais aussi des cultures et des animaux dont ils se nourrissent alors que la détérioration de la biodiversité s’accentue.

En 2020, la pandémie de Covid-19 donne une réalité à ce qui restait encore un concept largement désincarné. Il est en effet spectaculairement prouvé qu’un virus passant d’un animal sauvage à l’humain pouvait stopper l’économie mondiale. L’OMS rappelle ainsi que 75% des maladies émergentes ont pour origine les animaux sauvages comme domestiques. Ces brusques épidémies se développent plus vite au sein d’une nature qui perd en biodiversité et où l’humain, par la déforestation notamment, entre en contact avec des microbes pathogènes qui lui étaient jusque-là inconnus.

One Health, une « approche intégrée et fédératrice »

Ce double diagnostic, déjà réalisé par les scientifiques mais encore peu écouté, devient alors largement partagé. En 2022, un accord est scellé entre l’organisation mondiale de la santé (OMS), l’organisation mondiale de santé animale (OMSA), l’organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) et le programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE). Une définition est adoptée: « One Health est une approche intégrée et fédératrice qui vise à équilibrer et optimiser durablement la santé des personnes, des animaux et des écosystèmes. Elle reconnaît que la santé des humains, des animaux domestiques et sauvages, des plantes et de l’environnement au sens large est étroitement liée et interdépendante ». La démarche a ainsi été pleinement intégrée à l’accord mondial sur les pandémies adopté par l’Assemblée mondiale de la santé en mai 2025. Le texte construit les bases d’une réponse coordonnée de l’ensemble des Etats à l’émergence d’une prochaine épidémie pour éviter les réflexes égoïstes constatés lors de la pandémie de Covid19. Les connaissances devront être partagées et les médicaments et vaccins qui permettront d’y répondre devront être plus facilement diffusés à l’ensemble des pays riches et moins riches. « One Health » est cité dans la partie « prévention » de l’accord.

L’idée impose aux chercheurs de changer de méthode. « Nous ne pouvons plus nous contenter de tenter d’éliminer des maladies virales provoquées par des insectes vecteurs comme la dengue ou le paludisme, prend pour exemple Frédéric Simard, directeur du centre de recherche sur les maladies infectieuses et leurs vecteurs (MIVEGEC, IRD/CNRS/ Université de Montpellier). Nous devons prévenir les épidémies sans attendre que les pathogènes ne se diffusent et pour cela les scientifiques doivent apprendre la multidisciplinarité ». Un biologiste ne peut plus se contenter d’étudier les mécanismes de transmission d’un virus chez un moustique. Il doit aussi comprendre les conditions environnementales et humaines qui favorisent la dispersion du microbe et de son vecteur.

L’apport essentiel des sciences humaines

C’est tout le but du programme PREZODE (Preventing ZOonotic Desease Emergence, prévenir l’émergence des maladies d’origine animale), une communauté scientifique internationale créée en janvier 2021. « La majorité des maladies émergentes animales est lié à la transformation des écosystèmes, comme par exemple la déforestation, détaille Marion Lounnas, chargée de recherche IRD et coordinatrice scientifique de PREZODE. Nous devons donc travailler en concertation étroite avec les populations rurales pour connaître les pratiques à risques tant dans l’exploitation des milieux que dans la gestion des troupeaux ». PREZODE comporte donc un important volet de recherche en sciences humaines afin de comprendre le fonctionnement des communautés locales et pour respecter leurs intérêts, croyances et tabous. Ces approches intégrées ont déjà connu de réels succès. En Côte d’Ivoire et au Ghana, la mobilisation des scientifiques et des populations concernées a permis l’éradication de la trypanosomiase humaine (la maladie du sommeil) transmise par les mouches tsé-tsé.

L’antibiorésistance est un second sujet qui sera abordé à Lyon. Cette « pandémie silencieuse » selon les termes de l’OMS est provoquée par l’excès de consommation des antibiotiques qui provoque la sélection des souches résistantes de bactéries, diminuant ainsi l’efficacité des médicaments. Plus d’un million de personnes meurent tous les ans dans le monde du fait de traitements incapables de contrer les germes infectieux et pour cinq millions d’autres, c’est un facteur associé au décès.

En 2050, l’OMS prédit 50 millions de victimes si rien n’est fait. « Or, l’antibiorésistance ne passe pas que par l’excès de consommation de médicaments mais aussi par l’alimentation du fait que les animaux d’élevage intensif sont traités par ces moyens », déplore Anne-Laure Banuls, chercheuse IRD. Un problème là encore global. « Cela implique aussi la prévention des infections, l’accès équitable à des soins de qualité, à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène. Les solutions doivent inclure l’amélioration des systèmes de santé, l’accès aux infrastructures de base et la transformation des modèles agricoles intensifs ainsi que des chaînes de valeur agroalimentaires », soulignent Sophie Molia et Flavie Goutard, vétérinaires épidémiologistes au Centre de recherche sur l’agriculture tropicale (Cirad). Le recours aux antibiotiques en élevage pourrait encore augmenter de 30% d’ici 2040 si rien n’est fait pour contrer des habitudes ancrées qui consistent souvent à mélanger des antibiotiques à l’alimentation des animaux pour prévenir les maladies.

La création d’un système alimentaire durable

Facteurs de l’antibiorésistance, les modèles agricoles intensifs sont aussi l’une des causes de l’exposition aux pollutions métalliques, sujet que l’on retrouve là aussi au croisement des santés humaines et animales et de l’environnement. « Un décès sur cinq est attribué à la diffusion de composés organiques volatils, de métaux, de perturbateurs endocriniens, de PFAS », rappelle Jacques Gardon, chercheur à l’IRD. Ce sujet impacte fortement la transition énergétique du fait que les technologies décarbonées sont gourmandes de métaux qui sont aujourd’hui extraits sans précautions pour les mineurs et les populations riveraines majoritairement dans les pays pauvres.

Le programme PRETAG (Pesticide reduction for tropical agriculture, réduction des pesticides pour l’agriculture tropicale) du Cirad vise à réduire les épandages sur les cultures du sud. « La réduction coordonnée de l’usage des pesticides est un impératif pour protéger notre santé, les écosystèmes et la biodiversité, affirme ainsi Servane Baufumé, spécialiste des interfaces sciences-politique au Cirad. Cette transition doit être pragmatique, progressive et adaptée aux contextes locaux. Mais surtout, elle doit reposer sur une responsabilité partagée impliquant tous les acteurs, des producteurs aux consommateurs en passant par le secteur privé ».

Cette « responsabilité partagée » doit amener à la création de systèmes alimentaires durables. Le sommet de Lyon est une nouvelle étape pour mieux définir le concept « une seule santé » et compiler les premiers résultats scientifiques comme ceux de PREZODE. A l’intersection des négociations sur le climat et la préservation de la biodiversité, cette nouvelle façon de considérer la planète telle qu’elle dysfonctionne offre de nouvelles perspectives.

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