Bains de Sable et de Poussière chez les Oiseaux

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Bains de Sable et de Poussière chez les Oiseaux
Bains de Sable et de Poussière chez les Oiseaux

Africa-Press – Senegal. Moineau, chinchilla, éléphant ou poule de basse-cour pourraient en faire la promotion: les bains de poussière, y a rien de mieux pour la santé ! Ce comportement, assez unanimement partagé parmi les espèces terrestres, a plusieurs fonctions. Pour un mammifère, il permet de retirer les huiles et les poussières accumulées sur le pelage et d’éviter les entremêlements de fourrure. Chez un oiseau, il déloge les ectoparasites infiltrés et dissimulés sous l’intrication des plumes. Mais, jusqu’à quel point ce procédé d’épouillage bio-mécanique est-il efficace?

Patricia Yang et ses collègues de l’Université Nationale Tsing Hua (Hsinchu, Taïwan) ont voulu évaluer son efficacité. Il faut dire que l’enjeu est de taille. Réduction de la production d’oeufs, dégradation de la santé de l’animal, nécessité d’avoir recours à des insecticides chimiques, chaque année, l’industrie de la volaille perdrait une centaine de millions de dollars à cause des infestations d’ectoparasites, tels que puces, poux, mites, acariens et autres tiques.

De 1 à 6 battements par seconde

Dans les fermes, décrivent les auteurs, le contrôle des parasites se fait conventionnellement avec des acaricides chimiques ajoutés à la nourriture ou via des sprays. Ces méthodes fonctionnent un temps. Mais, d’une part, sur le long terme, des résistances se développent. D’autre part, elles laissent dans l’environnement et les produits animaux des résidus chimiques. Sans oublier les risques pour l’innocuité de nos aliments et la santé des personnes en prise directe avec ces produits.

Grâce à l’analyse de vidéos haute-vitesse de 34 espèces d’oiseaux se livrant à un bain de poussière, les chercheurs ont été en mesure de capturer toutes les données physiques générales du comportement. Par exemple, la relation entre la fréquence de battements d’ailes et la masse corporelle de l’oiseau. Il s’avère ainsi que plus l’oiseau est gros, moins sa fréquence est rapide. Par exemple, les autruches battent des ailes à 1 Hz (un aller-retour par seconde), alors que les poulets le font quatre fois plus vite, et des petits oiseaux insectivores, six fois.

Les grains de sable décrochent les parasites

Ensuite, les chercheurs ont attaché des plumes de poulets infestées de mites à des shakers et les ont agité à différentes fréquences, avec ou sans sable (en l’occurence des cristaux de quarz). Le résultat était clair. Sans sable, après 25 secondes de vibration, les plumes avaient retenu plus de 75% des parasites. Au contraire, celles s’agitant dans le sable en avaient éliminé la même proportion. Seulement un quart s’accrochaient toujours dans les plumes.

Pour voir si la fréquence de vibration jouait un rôle important, les chercheurs l’ont augmenté graduellement et l’ont testé jusqu’à 50 Hz. Si les bénéfices s’avèrent augmenter jusqu’à 5 Hz, ils stagnent par la suite pour ne plus jamais varier. Conclusion des chercheurs: la fréquence vibratoire de l’aile n’est pas le facteur dominant dans l’efficacité de cette opération de nettoyage.

Étape suivante de leur étude: élaborer un modèle théorique nourri de leurs observations précédentes, reproduisant les effets d’une collision entre des grains de sable et des mites accrochées à des plumes. Et leurs calculs montrent bien que la force d’impact d’un grain de sable est supérieur à la force d’adhésion d’une mite sur une plume et permet de la décrocher de son point d’ancrage.

Un comportement adaptatif très ancien

Tous les oiseaux ne se baignent pas avec du sable. Notamment, évidemment, les oiseaux aquatiques qui ont préférentiellement recours à de l’eau pour se nettoyer…Au pire à de l’épouillage.

En ce sens, se baigner avec du sable, suggèrent les auteurs de l’étude, parait donc avoir évolué comme un comportement adaptatif à des habitats terrestres où l’accès à l’eau était limité mais où néanmoins se débarrasser de ses parasites restait essentiel. C’est un comportement très ancien, parfait exemple de convergence évolutive: Les fréquences des ailes coïncident exactement avec les fréquences nécessaires à détacher les parasites. Suggérant que cette convergence est le résultat d’une série de pressions sélectives visant à rendre le processus de nettoyage le plus efficace possible à l’intérieur de certaines contraintes bio-mécaniques, la physiologie des ailes.

Devant les problèmes de pollution et de santé des populations posés par la surexploitation des traitements chimiques, les chercheurs espèrent que leur étude pavera la voie vers des stratégies alternatives de contrôle des parasites qui soient à la fois efficaces et bénignes pour l’environnement, les animaux et les humains.

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