
Africa-Press – Senegal. Les centenaires d’aujourd’hui (ils étaient près de 31.000 en France en 2024, selon l’Ined), ont connu la naissance du numérique, des percées scientifiques majeures allant de la pénicilline aux dernières molécules contre le Sida, et plusieurs pandémies. Des évènements auxquels leurs cellules ont su “résister”. À travers elles, des études antérieures ont montré la capacité des centenaires à retarder ou à échapper aux maladies liées au vieillissement telles que le cancer, les maladies cardiovasculaires et la maladie d’Alzheimer.
Pour décrypter les secrets de cette longévité, des chercheurs de l’Université de Boston (États-Unis) ont prélevé des échantillons de sang et de peau sur une centaine de centenaires et leurs descendants. À partir de ces prélèvements, ils ont généré une banque de cellules souches, qui pourront être partagées avec d’autres équipes de recherche à travers le monde. Leur démarche est publiée dans la revue Aging Cell.
Une banque de cellules souches de centenaires
Au moment de la fécondation, les cellules humaines sont toutes identiques. Au bout de trois semaines, des gènes s’activent, et deviennent des recruteurs. Ils sélectionnent et assignent une spécialisation à chaque cellule souche. Celles-ci, dites pluripotentes, peuvent ensuite se différencier en n’importe quelle cellule du corps. Certaines deviendront des cellules du foie, d’autres de poumons, ou encore des cellules de la peau.
Les cellules souches produites en laboratoire sont appelées “cellules souches pluripotentes induites” (CSPI). En transformant les prélèvements de sang et de peau des centenaires en CSPI, les scientifiques ont constitué une ressource illimitée de biomatériaux spécifiques à la longévité. Cette “banque de cellules souches de centenaires” pourra alimenter l’étude et le de nouvelles thérapies contre les maladies liées au vieillissement.
“Les CSPI correspondent exactement, sur le plan génétique, à l’individu à partir duquel elles ont été créées”, explique George Murphy, professeur associé à l’université de Boston et co-auteur de l’étude. Un point essentiel car il n’existe presque aucun modèle de vieillissement humain qui permette de tester de nouvelles thérapeutiques.
La limite de cette étude réside dans la perte des données épigénétiques des cellules initiales, c’est-à-dire les données qui concernent les modifications dans l’activité des gènes, liées à l’environnement. En les transformant en CSPI, les chercheurs perdent une partie de cette information. “Mais cela n’a pas d’influence sur les expériences dites « en boîtes de pétri »”, affirme le chercheur.
La longévité se cultive en laboratoire
Les chercheurs de Boston souhaitent mettre ces modèles de cellules souches à disposition d’autres équipes dans le monde. Cette démarche de science ouverte permettrait de coordonner et d’accélérer les recherches sur les maladies liées au vieillissement.
L’équipe de George Murphy a déjà effectué plusieurs expériences sur ces cellules. “Chez les personnes ayant une longévité exceptionnelle, nous avons constaté que les neurones que nous avons créés à partir de leurs cellules souches étaient remarquablement résistants, raconte le chercheur. L’objectif est d’identifier et de valider les facteurs qui agissent pour maintenir l’intégrité et la fonctionnalité cellulaires au cours de la maladie et de la vieillesse. Une fois ces éléments identifiés, l’idée serait alors d’« activer » ces gènes et ces voies chez d’autres individus afin qu’ils puissent bénéficier des mêmes avantages”.
Les cellules souches induites servent ici à la fois dans la recherche fondamentale des caractéristiques des neurones des centenaires, et dans la recherche de thérapeutiques pour améliorer la longévité d’autres patients, en renforçant par exemple les neurones de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. La création de cette banque de cellules permettra peut-être de trouver une cause génétique à la résilience des personnes centenaires.
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