Nouvelle Étude Soutient Bipédie de Toumaï, Ancêtre Potentiel

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Nouvelle Étude Soutient Bipédie de Toumaï, Ancêtre Potentiel
Nouvelle Étude Soutient Bipédie de Toumaï, Ancêtre Potentiel

Africa-Press – Senegal. Voilà du nouveau dans ce que l’on pourrait désormais appeler l’épique « saga Toumaï », tant cette découverte a tourné à la violente controverse au cours des deux dernières décennies. Publiée dans la revue Science Advances le 2 janvier 2026, une nouvelle analyse réalisée par une équipe d’anthropologues de l’université de New York vient renforcer la théorie selon laquelle Sahelanthropus tchadensis était bien bipède. Avec, comme argument de poids, la mise en évidence d’une caractéristique que l’on ne trouve que chez les hominidés qui se déplaçaient en marchant.

Certains chercheurs pensent que Toumaï est bien un hominine très ancien, proche de l’ancêtre commun des humains, quand d’autres estiment qu’il pourrait s’agir d’un ancien singe africain. C’est sur ce point que la bipédie est un critère essentiel: c’est elle qui permet de qualifier l’appartenance d’un fossile à la famille pré-humaine.

Il faut tout de même remonter le fil de l’histoire de cette découverte pour cerner les enjeux de cette annonce. En 2001, le paléoanthropologue français Michel Brunet présente au monde un crâne ancien provenant du désert du Djourab, au Tchad, daté à 6 ou 7 millions d’années. Baptisé Toumaï, le fossile bouscule les acquis: non seulement il pourrait être l’un des plus vieux hominines connus, mais il remet aussi en question les modèles traditionnels de l’évolution humaine centrés sur la vallée du Rift, dans l’est de l’Afrique. En somme, Toumaï est l’une des découvertes scientifiques les plus importantes du 21e siècle, mais aussi l’une des plus sensibles.

Le fémur de la discorde

Dès la publication de l’article dans la revue Nature, plusieurs chercheurs remettent en question l’attribution de Toumaï à la lignée humaine, notamment parce que le crâne seul ne suffit pas pour déterminer si l’individu marchait sur deux jambes — un critère clé pour l’appartenance aux hominines. Mais alors que Michel Brunet avait affirmé qu’aucun os post-crânien n’avait été trouvé, laissant la question de la bipédie ouverte, un fémur émerge. L’os aurait été découvert sur le même site et aurait été connu des chercheurs très tôt, y compris de Michel Brunet. La polémique éclate pour de bon. Roberto Macchiarelli, paléoanthropologue italien et professeur à l’Université de Poitiers (lui et Michel Brunet ont autrefois travaillé dans le même laboratoire), prétend avoir identifié ce fémur dans les collections en 2004 et selon lui, il contredit l’hypothèse de la bipédie. Le fossile devient alors le centre d’une féroce bataille interne entre chercheurs, avec des accusations de suppression de données, d’éthique scientifique douteuse et de querelles de pouvoir entre équipes.

En 2020, Roberto Macchiarelli et son ancienne étudiante Aude Bergeret finissent par publier une description du fémur dans le Journal of Human Evolution, concluant qu’il suggérait une locomotion non-bipède. De quoi réalimenter le débat, d’autant que la façon dont les deux chercheurs ont eu accès au fémur reste floue. Deux ans plus tard, une autre équipe, elle aussi affiliée à l’université de Poitiers mais qui n’implique pas Roberto Macchiarelli, rétorque dans Nature avec la mesure du fémur et de deux ulnae (os de l’avant-bras). Elle conclut cette fois que Toumaï était probablement un bipède habituel mais également arboréal, autrement dit capable de grimper dans les arbres.

Le tubercule fémoral, nouvel élément

Nous voici donc à notre étude du jour, dirigée par Scott Williams, professeur associé au département d’anthropologie de l’université de New York, et à laquelle ont participé des chercheurs de l’université de Washington, du Chaffey College et de l’université de Chicago. À l’aide de la technologie 3D et d’autres méthodes, l’équipe assure avoir identifié le tubercule fémoral du Sahelanthropus, qui est le point d’attache du ligament le plus grand et le plus puissant du corps humain, essentiel pour marcher debout: le ligament ilio-fémoral. « Sahelanthropus tchadensis était essentiellement un singe bipède doté d’un cerveau de la taille de celui d’un chimpanzé et qui passait probablement une grande partie de son temps dans les arbres, à chercher de la nourriture et à se mettre en sécurité », assure Scott Williams dans un communiqué. « Malgré son apparence superficielle, il était adapté à la posture bipède et au déplacement sur le sol. » Il n’y a donc là aucune nouvelle information fracassante, mais un sacré nouvel élément de preuve.

L’une des méthodes d’analyse employée par l’équipe a notamment été la comparaison des caractéristiques des os avec les mêmes que ceux d’espèces vivantes et fossiles. Parmi ces espèces, celle de l’Australopithecus, un ancêtre précoce de l’humain moderne bien connu grâce à la découverte du squelette de « Lucy » au début des années 1970, qui aurait vécu il y a environ quatre à deux millions d’années et dont la bipédie est avérée.

Trois caractéristiques ont ainsi été identifiées chez Toumaï, la première étant inédite: la présence du fameux tubercule fémoral, point d’attache au ligament ilio-fémoral reliant le bassin au fémur et qui n’a jusqu’à présent été identifié que chez les hominidés ; une torsion naturelle du fémur spécifique aux hominidés, qui aide les jambes à pointer vers l’avant et donc à marcher ; et enfin la présence de muscles fessiers similaires à ceux des premiers hominidés, qui assurent la stabilité des hanches et facilitent la station debout, la marche et la course. Notons que les deux dernières caractéristiques avaient déjà été démontrées par le passé.

Longueur du fémur

Une autre observation morphologique relevée dans l’étude pointe aussi vers la bipédie: le fait que Sahelanthropus ait eu un fémur relativement long par rapport à son cubitus, les os des jambes étant plus longs que ceux des bras chez les hominidés. De plus, même si ses jambes sont plus « beaucoup plus courtes que celles des humains modernes », elles se rapprochent de celle des Australopothèques, affirme l’équipe.

« Notre analyse de ces fossiles fournit la preuve directe que Sahelanthropus tchadensis pouvait marcher sur deux jambes, démontrant que la bipédie a évolué très tôt dans notre lignée et à partir d’un ancêtre qui ressemblait beaucoup aux chimpanzés et aux bonobos d’aujourd’hui », conclut Scott Williams. Le temps nous dira s’il s’agit là, enfin, du début d’un consensus scientifique, ou si une énième publication viendra contredire ces résultats.

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