Le Continent africain sera-t-il infecté par de nouveaux coups d’État militaires dans le proche avenir : Pays susceptibles !

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Le Continent africain sera-t-il infecté par de nouveaux coups d’État militaires dans le proche avenir : Pays susceptibles !
Le Continent africain sera-t-il infecté par de nouveaux coups d’État militaires dans le proche avenir : Pays susceptibles !

Anouar CHENNOUFI

Africa-Press – Tchad. D’après les experts en affaires africaine, la vision d’avenir met en exergue la possibilité que d’autres pays du continent africain soient témoins de coups d’État militaires dans un avenir proche, en particulier à la lumière du doublement du niveau de soutien au régime militaire en tant qu’une des formes de gouvernance. Malgré la spécificité des considérations à l’origine de ces coups d’État dans chaque cas individuel, la logique des « putschs militaires » pourrait avoir un impact tangible, surtout à la lumière de la réussite des deux coups d’État militaires ayant eu lieu au Niger et au Gabon en changeant la « tête du pouvoir au sein de l’État », ce qui pourrait inciter certains pays africains, notamment ceux qui connaissent des troubles politiques internes, à adopter des mesures de précaution à plusieurs niveaux pour éviter d’entrer dans la mêlée des coups d’État militaires, notamment au niveau de la structure organisationnelle de l’institution militaire elle-même ainsi que ses différentes branches.

Les discussions sur le continent africain, concernant les pays susceptibles d’être infectés par des coups d’État militaires, se sont multipliées récemment, en particulier après le coup d’État survenu au Gabon, situé en Afrique centrale, le 30 août dernier, déjà précédé par celui perpétré au Niger, situé dans le Sahel africain , le 26 Juillet dernier, ce qui constitue une continuation du rythme croissant des putschs armés sur le continent. Depuis 2020, environ huit coups d’État militaires ont été enregistrés, qui ont réussi à modifier la structure des systèmes politiques au pouvoir, dont la plupart ont eu lieu dans la région ouest-africaine. C’est peut-être ce qui a incité certains pays africains à adopter des mesures de précaution « draconiennes » pour éviter de tomber sous le coup de ce fléau.

Les cas possibles de se réaliser

On peut dire qu’il existe des cas susceptibles d’être témoins de coups d’État militaires. La prépondérance de ces cas est liée aux mesures proactives que ces pays ont adoptées récemment pour éviter de tels renversements au niveau du pouvoir, et qui sont les 5 pays suivants:

1- CAMEROUN: Efforts du régime camerounais pour renforcer le contrôle sur le ministère de la Défense:

Le président Paul Biya a procédé à de nouvelles nominations au sein de l’unité administrative centrale du ministère de la Défense, parmi lesquelles il a modifié les postes:
• de Délégué présidentiel chargé de la défense,
• de l’Autorité de l’Armée de l’Air,
• de l’Autorité de la Marine,
• de la Police,
• et de l’Inspection générale de la Gendarmerie.

Ces décisions ont été prises à la suite de ce qui s’est passé en août dernier au Gabon, en raison des craintes croissantes des dirigeants politiques du pays quant à la présence de toute intention de soulèvement ou mouvements, d’autant plus que l’intérieur du Cameroun, avec ses diverses sectes et tribus, évoque la question de la succession de Paul Biya, dont l’actuel mandat présidentiel (2018-2025), qui compte le septième du genre, est le dernier au pouvoir politique. Ceci à la lumière de ce qui a été approuvé par l’amendement constitutionnel intervenu en 2008, qui limitait le mandat présidentiel à seulement deux mandats, chacun d’une durée de sept ans. Les premières élections ont eu lieu après l’adoption de cet amendement en 2011, suivies d’une autre élection le 7 octobre 2018, au cours de laquelle le Président Paul Biya avait obtenu environ 71,28% des voix.

2- RWANDA: Mise en retraite d’un grand nombre d’officiers militaires:

Les Forces Rwandaises de Défense (RDF) ont annoncé, dans un communiqué, avoir obtenu l’accord du Président Paul Kagame pour mettre en retraite:
• (83) officiers supérieurs,
• (12) généraux,
• (06) officiers occupant des postes intermédiaires,
• (86) sous-officiers supérieurs,
• (678) militaires en raison de l’expiration de leur contrat,
• et (160) soldats pour des raisons médicales.

Parmi les retraités figurent un certain nombre de personnalités éminentes, dont le général « James Kabarebe », qui a été conseiller présidentiel principal pour les questions de sécurité et chef d’état-major des Forces de défense rwandaises, le général « Charles Kayunga », qui occupait auparavant le même poste, et le général « Frank Mushyo Kamanzi », qui était ambassadeur du Rwanda en Russie, et le général « Albert Murasira », ancien ministre de la Défense depuis 2018, avant d’être remplacé par le général « Juvenal Marizamunda » depuis juin 2023.

Dans le même contexte, les décisions annoncées précédemment comprenaient la promotion d’un certain nombre de jeunes officiers au grade de colonel dans l’appareil de sécurité du pays et la nomination de nouveaux généraux à la tête des divisions militaires stationnées dans différentes régions du pays pour remplacer les titulaires de fonctions sortantes.

3- SIERRA LEONE: Arrestation par la police d’officiers militaires:

La police de Sierra Leone a arrêté un groupe d’officiers supérieurs présumés dans le nord du pays. Accusé d’avoir planifié d’utiliser les manifestations pacifiques du 7 au 10 août derniers comme prétexte pour lancer de violentes attaques contre les institutions de l’État et les citoyens afin de porter atteinte à la paix et à la tranquillité. C’est ce qu’indique un communiqué officiel annoncé début août de cette année. Ces mesures surviennent à la lumière de l’escalade de la confrontation entre l’opposition politique et le régime au pouvoir en raison de l’opposition aux résultats des élections du 24 juin dernier, qui ont abouti à la réélection de l’actuel président, Julius Maada Bio, pour un deuxième mandat présidentiel, qu’il aurait remporté avec 56,17% des voix, et cela contraste avec le principal candidat de l’opposition, Samora Kamara, qui s’est présenté comme candidat du Parti du Congrès général du Peuple, qui a obtenu environ 41,16 %.

Cela a coïncidé avec l’arrestation de l’ancien chef de la police sierra-léonaise, Mohammed Yeti Turay, par la police libérienne début août après avoir reçu un rapport de la police sierra-léonaise dans lequel elle confirmait qu’elle menait une enquête sur un prétendu complot visant à renverser le gouvernement actuel. Touray vit au Libéria depuis son licenciement avec plusieurs autres officiers depuis deux ans. Toutes ces preuves suscitent des inquiétudes quant à de futurs coups d’État militaires dans le pays, surtout à la lumière de son héritage historique à cet égard, car le pays a été témoin de trois coups d’État militaires en 1967, 1968 et 1971, ainsi que de cinq autres tentatives de coup d’État entre 1992 et 1997.

4- GUINEE-BISSAU: Remaniement au sein de la sécurité présidentielle et du cabinet du président:

Le président de la Guinée-Bissau, Omar Sissoko Embalo, a pris quant à lui des mesures substantielles en nommant le général Tomas Djassi au poste de chef de la sécurité présidentielle, et ce, après avoir occupé le poste de Chef de la Garde nationale, considérée comme une unité d’élite de l’armée, et dont l’intervention a contribué à l’échec de la dernière tentative de coup d’État qui a eu lieu en février 2022. De même, le général Horta Inta a également été nommé Directeur du Cabinet présidentiel, après avoir occupé le poste de chef du commissariat central de Bissau.

Ces mouvements témoignent des craintes croissantes d’une contagion des coups d’État militaires en Guinée Bissau, d’autant plus qu’elle possède de nombreuses expériences en la matière, sachant que depuis son indépendance du Portugal en 1974, le pays a connu quatre coups d’État militaires réussis et dix-sept tentatives ratées.

5- ZIMBABWE: La possibilité d’exploiter l’objection de l’opposition aux résultats des élections:

Il faut rappeler que l’opposition politique a déjà refusé de reconnaître les résultats des dernières élections générales qui ont eu lieu dans le pays le 23 août, et qui ont abouti à la réélection du président Emmerson Mnangagwa pour un deuxième et dernier mandat présidentiel de cinq ans après avoir obtenu environ 52,6 % des voix.

Cela contraste également avec le candidat Nelson Chamisa, principale figure de l’opposition depuis février 2018 et un pasteur chrétien évangélique pentecôtiste, qui a obtenu environ 44% des voix. Il s’agit là de sa deuxième défaite contre le président actuel, ce qui fait craindre de plus en plus que cela s’accompagne d’un coup d’État militaire dans le pays, qui a été témoin du dernier coup d’État militaire contre l’ancien président Robert Mugabe fin 2017. Ce qui rend ces craintes probables, c’est qu’il s’agit d’un cas similaire en termes de scénario à celui du Gabon.

Par ailleurs, de nombreux facteurs motivent la probabilité de futurs coups d’État militaires dans les cas susmentionnés, et cela peut s’expliquer à la lumière des considérations suivantes:

• Consolidation de la centralisation politique absolue dans l’État

Cette consolidation concerne le maintien du leadership politique pendant le mandat présidentiel durant de longues périodes, atteignant parfois des décennies entières, et s’accompagnant même d’une mainmise d’un parti sur la vie politique de l’État, comme c’est le cas du président camerounais Paul Biya, au pouvoir depuis plus de quatre décennies (soit depuis le 6 novembre 1982 à ce jour).

Pour rappel, Biya a succédé à l’ancien président Ahmadou Ahidjo, au pouvoir depuis l’indépendance en 1960. Ce qui renforce la centralisation du pouvoir au Cameroun, c’est le contrôle d’un seul parti politique, notamment « le Mouvement démocratique du peuple camerounais », malgré l’adoption du multipartisme au début des années 1990. Les premières élections législatives et présidentielles multipartites avaient eu lieu en 1992.

Il en va de même pour le Rwanda, où l’actuel président Paul Kagame contrôle le pouvoir politique dans le pays depuis 2000, qui a également modifié la constitution en 2015, selon laquelle il peut rester chef de l’État jusqu’en 2034.

En tant que parti au pouvoir, « le Front National Rwanda » a réélu le Président Kagame à la tête du parti pour les cinq prochaines années, cela s’est produit au début du mois d’avril de l’année écoulée. A noter que ce parti contrôle les rênes de la vie politique depuis 1994.

• Le différend sur la crédibilité et la légitimité des résultats des élections

Cela s’est clairement cristallisé dans le cas du Zimbabwe à la suite des élections générales qui ont eu lieu dans le pays le 23 août, au cours desquelles le chef de l’opposition, Nelson Chamisa, a rejeté les résultats du processus électoral, et son parti d’opposition, « la Coalition des citoyens pour le changement » (CCC), a confirmé l’existence de cas flagrants de fraude et de manipulation de l’ensemble du processus électoral, ce qui a été confirmé par les rapports des missions internationales d’observation électorale, qu’elles soient affiliées à l’Union européenne ou au Commonwealth, car elles ont unanimement remis en question le bon déroulement du processus électoral et ont confirmé l’existence de graves problèmes qui ont entaché la régularité et la transparence du vote, en plus de constater la violation de nombreuses normes internationales qui garantissent la tenue d’élections démocratiques.

De même pour la Sierra Leone, où l’opposition politique a refusé de reconnaître la légitimité des résultats des élections du 24 juin dernier, lorsque le principal parti d’opposition, « le Congrès général du peuple », a confirmé l’existence d’irrégularités et de violations manifestes qui ont entaché les règles et procédures en vigueur dans le cadre du processus électoral et a également exigé la démission des responsables de la Commission électorale, les accusant de truquer les élections. Ce parti a également souligné la nécessité de refaire les élections et d’empêcher le président et les membres de toute sa famille et proches de voyager à l’étranger, tout en imposant une interdiction de voyager aux hauts fonctionnaires du gouvernement, y compris aux ministres. Dans le même contexte, les missions d’observation internationales ont confirmé avoir constaté des écarts dans les statistiques concernant les résultats des élections, et ont également condamné le manque de transparence dans le décompte des voix.

• Les taux croissants et l’ampleur de la corruption

A noter que ceci affecte directement l’étendue de la légitimité politique dont jouit le régime au pouvoir et peut conduire à la croissance de mouvements de protestation contre lui. C’est ce que la Sierra Leone a vu le 10 août 2022, lorsque de violentes manifestations ont éclaté pour protester contre plusieurs problèmes, notamment la corruption. Ce qui a entraîné la mort de plus de 21 civils et 8 policiers dans la capitale, Freetown, et dans d’autres régions du pays. Ces manifestations ont eu lieu après que des sources locales ont publié des allégations sur le détournement d’environ 100 mille livres sterling par le ministère des Finances pour financer les vacances du président à Londres. Cela a soulevé des doutes sur l’intégrité du président, ainsi que sur son engagement déclaré dans la lutte contre la corruption.

La Guinée Bissau est également classée parmi les pays les plus corrompus. Elle s’est classé 164e selon l’indice mondial de perception de la corruption publié par « Transparency International » pour l’année 2022, obtenant 21 points sur un total de 100, tandis que le Zimbabwe, le Cameroun et la Sierra Leone ont été classés respectivement 157ème, 142ème et 110ème, selon le même indice.

• Exacerbation des conditions d’instabilité politique

C’est ce qui fût constaté en surveillant le classement des pays considérés comme des points chauds potentiels de coup d’État, selon un certain nombre d’indicateurs politiques. Le plus important d’entre eux est l’indice de stabilité politique publié par « la Country Watch Foundation ». A titre d’exemple le Zimbabwe n’a reçu que 3 points sur un total de 10 points à l’indice, et a été classé selon l’indice de démocratie publié par « l’Economist Group en 2022 » dans la catégorie des « régimes autoritaires ».

Le pays souffre d’instabilité politique en raison des tensions entre le régime actuel et le principal parti d’opposition, « l’Alliance citoyenne pour le changement », créée et dirigée par Chamisa, le principal rival du président Mnangagwa lors des récentes élections présidentielles. Les organisations internationales de défense des droits de l’homme et la communauté internationale critiquent l’augmentation de la violence dirigée contre l’opposition et la réduction des libertés. Il s’agit peut-être de la promulgation de la loi modifiant la loi sur les organisations bénévoles privées, qui vise essentiellement à surveiller et contrôler de manière globale les activités des organisations de la société civile, qui menace le droit à la liberté d’association dans le pays et révèle également l’intention du gouvernement zimbabwéen de se doter d’outils juridiques pour contrôler la société civile.

• Détérioration des conditions économiques et sociales

Cette détérioration ressort clairement de plusieurs indicateurs significatifs, parmi lesquels figurent peut-être des taux élevés de pauvreté, de faibles niveaux de vie et des taux élevés d’inflation et de chômage. A titre d’exemple, le Cameroun souffre depuis novembre 2021 d’une forte inflation, entraînée principalement par les pénuries et les prix élevés des produits de base, et le nombre total de personnes pauvres dans le pays a augmenté de 12 % pour atteindre 8,1 millions entre 2007 et 2014, et la pauvreté est concentrée dans les régions du nord du pays, où vivent 56% des pauvres. Cette situation va en parallèle avec la confrontation de l’État à des mouvements séparatistes dans les régions anglophones depuis septembre 2017. Ce qui a entraîné le déplacement interne de plus d’un million de personnes, faisant ainsi du pays, du fait de ces circonstances combinées, l’un des pays les plus fragiles au monde, vue qu’il a été classé 21e au niveau mondial, selon l’indice des États fragiles publié par le Fonds pour la paix en 2023.

La Guinée Bissau est également l’un des pays les plus pauvres et les plus fragiles au monde, sachant que le taux de pauvreté national a atteint environ 47,7 % en 2018, et la croissance économique réelle du pays a ralenti de 6,4 % en 2021 et à 3,5 % en 2022, tandis que l’inflation a augmenté de 3,3 % en 2021 et à 7,8 % en 2022, en raison de perturbations de la chaîne d’approvisionnement, d’une baisse de la demande et de l’activité économique.

Les raisons d’une résurgence

Finalement, et après toutes ces clarifications et ces scénarios plausibles et possibles, il importe d’affirmer que pour justifier leurs actions, les militaires à l’origine des récents coups d’État invoquent trois erreurs « impardonnables » commises par les dirigeants renversés. Il s’agit de:
• la mauvaise gouvernance,
• l’autoritarisme,
• la corruption endémique,
• le népotisme généralisé.

Soit le tout conjugué à une mauvaise situation économique et une détérioration de la sécurité, car en effet, au moins l’un de ces éléments est souvent présent dans les situations des coups d’État..

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