Mathieu Olivier
Africa-Press – Tchad. Désigné comme son candidat par l’ancien parti au pouvoir, le MPS, le président de la transition est officiellement engagé vers la prochaine présidentielle. Mais sa stratégie interroge, tant dans son camp que dans l’opposition.
Le Mouvement patriotique du salut (MPS) a donc pris les devants. Réuni en congrès, il a désigné ce 13 janvier Mahamat Idriss Déby Itno comme son candidat pour la prochaine élection présidentielle, qui doit être organisée en 2024 mais dont la date exacte n’est pas encore connue. Le chef de l’État a en outre été nommé président d’honneur de l’ancien parti au pouvoir, fondé par son défunt père, Idriss Déby Itno.
Le MPS en chef de file ?
Sitôt l’opposant Succès Masra nommé à la primature et le nouveau gouvernement installé dans ses fonctions, le Tchad semble donc être officiellement entré dans une période de pré-campagne électorale. « Cela sonne comme un coup d’envoi. Les autres partis politiques vont devoir rapidement réagir et se positionner pour la future élection présidentielle », explique un ancien ministre à N’Djamena.
« C’est une façon pour le MPS de prendre la main, alors que l’on se demandait quel rôle il allait jouer autour de Mahamat Idriss Déby Itno », ajoute notre source. Le président de la transition a en effet longtemps laissé planer le doute autour de sa candidature: allait-elle être portée par l’ancien parti au pouvoir ou par une formation politique créée pour l’occasion ?
Cette dernière solution semblait tenir la corde il y a encore quelques mois. Selon certaines sources, un nom avait même été trouvé et une équipe de campagne indépendante du MPS avait été évoquée. Mais Mahamat Idriss Déby Itno et ses stratèges ont choisi la prudence. « Le MPS est déjà prêt à battre campagne. Pourquoi se priver de son organisation ? » s’interroge un cadre du parti.
Le retour de Zene Bada
« Le handicap du MPS est qu’il est lié à Idriss Déby Itno, son fondateur, et que cette étiquette sera un rappel constant de la filiation entre Mahamat Idriss Déby Itno et l’ancien président », observe notre ancien ministre. Pour contourner cet obstacle, le chef de l’État – qui n’a pas encore accepté officiellement l’investiture du parti mais ne saurait avoir été surpris de l’initiative – pourrait choisir de prendre la tête d’une coalition.
« Le plus probable est que d’autres partis choisissent de le désigner candidat également et que cela forme une alliance au sein de laquelle le MPS sera le mieux armé au niveau des militants et des finances », poursuit notre interlocuteur à N’Djamena. Pour cela, l’ancien parti au pouvoir a même choisi de rappeler à sa tête, comme secrétaire général, Mahamat Zene Bada, écarté de ce même poste après la mort d’Idriss Déby Itno, en 2021.
Celui-ci – dont le frère, Maldom Bada Abbas, est un membre fondateur du MPS – a l’avantage d’avoir été été deux fois directeur de campagne de l’ancien président. Il est en outre originaire du Guéra, dans le centre du pays, une région essentielle pour le MPS. Mahamat Zene Bada remplace à ce poste l’un de ses adversaires politiques au sein de son propre camp: Haroun Kabadi, président du Conseil national de transition (CNT).
Marche accélérée vers les élections ?
Si Haroun Kabadi a prouvé qu’il était un soutien de Mahamat Idriss Déby Itno dès le début de la transition, il est aujourd’hui affecté par des ennuis de santé et sa capacité à peser dans la future campagne électorale est remise en question. « Zene Bada a réussi à revenir dans le jeu après avoir été écarté au profit de Kabadi en 2021, mais le parti reste divisé et certains voient son retour d’un mauvais œil », tempère toutefois un observateur politique tchadien.
L’ancien ministre Jean-Bernard Padaré a un temps espéré incarner un nouveau visage du MPS, en tant qu’originaire de la stratégique région du Mayo-Kebbi Ouest, tout comme les anciens Premiers ministres Saleh Kebzabo et Albert Pahimi Padacké. Mahamat Idriss Déby Itno, dont le conseiller et directeur de cabinet, Idriss Youssouf Boy, suit de près les affaires du parti, devra donc prendre garde aux divisions au sein du MPS dans les prochains mois.
Selon plusieurs sources, l’élection présidentielle pourrait intervenir dès le premier semestre 2024, avant l’hivernage et la saison des pluies pouvant toucher le pays de juin à septembre. Cela nécessiterait toutefois d’accélérer le calendrier de fin de transition, qui prévoit notamment l’adoption d’un nouveau code électoral. Selon la Constitution promulguée en début d’année, Mahamat Idriss Déby Itno devrait aussi se mettre en congé de l’armée tchadienne, dont il est issu, pour pouvoir se présenter.
L’Agence nationale de gestion des élections (ANGE) doit également encore être mise sur pied. En attendant, l’Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR) de Saleh Kebzabo – dont le bureau politique se réunit ces jours-ci – continue de réfléchir à son avenir, tandis que les Transformateurs et Succès Masra posent avec force communication les premiers jalons de leur action au gouvernement. La course est donc bien lancée.
Source: JeuneAfrique
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