Sahel : Ouagadougou et Paris sur la même ligne

Sahel : Ouagadougou et Paris sur la même ligne
Sahel : Ouagadougou et Paris sur la même ligne

Africa-PressTchad. Ouagadougou et Paris regardent résolument dans la même direction. C’est en substance le message qu’est venu délivrer le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, au président tout nouvellement réélu du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré. « La France est déterminée à continuer à accompagner le Burkina Faso dans le domaine de la sécurité et dans sa politique de développement économique et social », a affirmé le ministre des Affaires étrangères et européennes après un « long entretien » avec le chef de l’État burkinabè. Le ministre a dit être à Ouagadougou pour une « visite de soutien » après la réélection, en novembre, du président Kaboré, qui débute son second mandat.

Pour faire face aux besoins humanitaires croissants au Burkina Faso, la France a augmenté de façon significative ses engagements financiers, a-t-il fait remarquer. En 2020, l’aide humanitaire française s’est élevée à plus de 10 millions d’euros. « Sur le plan bilatéral, notre aide à presque triplé entre 2019 et 2020, passant de 2 millions d’euros en 2019 à près de 6 millions d’euros en 2020 », ainsi que « 4 millions d’euros pour le Programme alimentaire mondial et 7 millions d’euros pour soutenir le plan de riposte à la pandémie du coronavirus », a-t-il dit.

Le Burkina Faso est, avec le Mali et le Niger, l’un des pays les plus touchés par le djihadisme et les violences dans un conflit au Sahel qui ne cesse de s’étendre depuis ses débuts, en 2012, dans le nord du Mali. Début 2020, après une série d’attaques aussi nombreuses que meurtrières contre des camps militaires des trois pays dans la région dite des « trois frontières » entre Mali, Burkina Faso et Niger, la France et les pays sahéliens avaient décidé ensemble à Pau d’accentuer leur action. « Nous avons obtenu des succès dans la zone des trois frontières », a affirmé, un an plus tard, Jean-Yves Le Drian, ajoutant : « Nous aurons l’occasion bientôt avec les pays du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad, NDLR) et les partenaires internationaux d’envisager la suite des engagements que nous avons pris à Pau. » Un sommet est prévu à N’Djamena, au Tchad, en février car la coalition militaire régionale mise sur pied pour combattre les groupes djihadistes au sud du Sahara peine à convaincre de son efficacité, trois ans après sa création.

Composée de sept bataillons fournis par les cinq pays du Sahel (Mali, Tchad, Niger, Burkina Faso, Mauritanie), cette force a pour mission de faire évoluer ensemble les soldats sahéliens, toutes nationalités confondues, contre une menace djihadiste transfrontalière. Trois couloirs, ou « fuseaux », de 200 km de large de part et d’autre des frontières communes « constituent (le) domaine d’opérations » de ces bataillons, installés dans leurs pays respectifs, selon l’état-major de la force, qui programme leurs opérations. Mais, sur le terrain, ces bataillons, environ 5 000 hommes au total mais dont les effectifs réels restent flous, répondent plus à leur commandement national qu’à celui de la force conjointe. « On ne sait pas quand ils prennent leurs ordres de leur état-major national ou du commandement de la force conjointe », explique une source militaire occidentale, citée par l’AFP.

Lors d’une opération avec la force française anti-djihadiste Barkhane fin 2019, des officiers burkinabè avaient indiqué à l’AFP avoir reçu l’ordre de Ouagadougou de ne pas traverser la frontière vers le Mali, alors que le principe de la force est justement d’avoir de la profondeur transfrontalière. Rien n’indique que cela a changé un an plus tard. Aussi, les armées peuvent demander quand elles le souhaitent « que les troupes reviennent pour assurer leurs propres opérations », relève Ibrahim Yahya Ibrahim, de l’International Crisis Group (ICG). Si plus de 50 blindés ont été offerts par des partenaires comme l’Union européenne, la force du G5 manque toujours de matériels, de moyens financiers et de renseignements propres, ce qui la maintient dans la dépendance de ses alliés.

La force conjointe « est victime des promesses » des partenaires « qui ont une exigence de résultats immédiats », regrette la chercheuse Niagale Bagayoko, qui plaide pour la patience. Certes, les attaques djihadistes sont beaucoup moins nombreuses qu’il y a un an, mais est-ce pour autant dû à cette « montée en puissance » si souvent annoncée ? « 2020 a été une année où les armées ont pris le dessus » sur les djihadistes, convient Ibrahim Yahya Ibrahim. Mais le chercheur de l’ICG souligne qu’il y a « des périodes de haut et de bas ». « Est-ce que ça va durer ? Ce qui est sûr, c’est que les groupes ne sont pas anéantis », dit-il.

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