Un Vrai Chaos Vécu au Tchad : Mahamat Deby se Baladerait-Il sur un « Champ de Mines » ?

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Un Vrai Chaos Vécu au Tchad : Mahamat Deby se Baladerait-Il sur un « Champ de Mines » ?
Un Vrai Chaos Vécu au Tchad : Mahamat Deby se Baladerait-Il sur un « Champ de Mines » ?

Anouar CHENNOUFI

Africa-Press – Tchad. Depuis le 28 février 2024, le Tchad se trouve sous haute tension, notamment à N’Djamena, la capitale tchadienne, où le bruit des armes a de nouveau fait son apparition, perturbant ainsi la tranquillité déjà fragile.

Des affrontements armés, des colonnes de fumée et le fracas des mortiers ont éclaté, révélant une fois de plus les profondes fissures au sein du pouvoir de Mahamat Idriss Deby.

Même si « la situation semble être désormais sous contrôle, et les auteurs de ces actes ont été arrêtés (et d’autres sont recherchés) et seront jugés conformément à la loi », comme l’a déclaré le ministère tchadien de l’Information, néanmoins le fond du problème reste tout autre et annonce des bouleversements dangereux sur la scène politique tchadienne.

Il importe d’ores et déjà de souligner que le Tchad est entré dans une phase de CHAOS qui pourrait mener le pays vers un proche futur confus, déstabilisé, et incertain.

Si l’on revenait sur certains des plus importants évènements du grabuge vécu par les Tchadiens.

• D’abord les affrontements entre clans au pouvoir et leur impact sur les élections présidentielles à tenir au Tchad

Le contexte des affrontements armés, qui ont eu lieu entre les services de sécurité et les membres du parti d’opposition « Parti socialiste sans frontières » (PSF) au Tchad, devient progressivement plus clair, à mesure que le facteur de conflit au sein du clan au pouvoir apparaît deux mois avant les élections présidentielles.

Ces affrontements font d’ailleurs écho à une lutte entre les « ailes de la tribu Zaghawa » au pouvoir au Tchad, sachant que Yahya Dillo n’est autre que le cousin du président de transition du pays, Mahamat Idriss Deby, et Saleh Deby, qui a rejoint ce parti, en est l’oncle paternel.

Ce conflit jettera certainement une ombre sur les élections présidentielles prévues en mai prochain, auxquelles le président par intérim sera lui-même candidat.

• Un chaos interne qui s’intensifie

La mort de Yahya Dillo sème le trouble et l’inquiétude dans un contexte pré-électoral à N’Djaména (Mahamat Deby Itno)

Mohamed Ali Kilani, le directeur du Centre d’observation des conflits dans la région du Sahel africain, a décrit ce qui se passe au Tchad comme étant « l’émergence de la création d’un chaos interne de la part de l’opposition avant l’élection présidentielle, d’autant plus que Dillo et Saleh Deby se tiennent dans la plupart des cas au-dessus de la loi.

Selon lui, ces événements « ne sont pas les premiers du genre entre la famille au pouvoir et le parti d’opposition représenté par Yahya Dillo, qui était auparavant entré en querelle politique avec le défunt président Idriss Deby Itno, lors des élections présidentielles ayant précédé son assassinat, et cela a causé la querelle qui a entraîné la mort de la mère de Dillo.

Pour Kilani, il est fort probable que Saleh Deby, l’oncle du président actuel, serait à la tête des groupes armés qui font des ravages contre ses neveux pour régler leurs comptes personnels. En effet, il est à la tête d’une organisation politique tribale appelée « M29 », qui est « caractérisée par le racisme et a contribué à approfondir les différences entre les communautés locales au Tchad », selon lui.

• Retour sur la tentative d’assassinat contre le président de la Cour suprême

Le gouvernement tchadien a rendu public un communiqué, daté du 28 février dernier, dans lequel il a déclaré que les autorités ont été informées d’une tentative d’assassinat visant le président de la Cour suprême, et ce, à l’instigation du trésorier du Parti socialiste sans frontières. Ce qui a conduit à son arrestation, sauf que la situation a pris une tournure dramatique avec une attaque délibérée menée par des complices de cet individu, et commanditée par le chef de ce mouvement, Yahya Dillo, ainsi que certains membres dudit parti, notamment contre le siège des services de renseignement, ayant causé la mort à plusieurs personnes.

Devant cette situation, les autorités ont tenu à rassurer les citoyens sur le fait que les choses sont désormais sous contrôle, grâce à l’intervention des forces de sécurité et à l’arrestation des auteurs de cet acte, tandis que d’autres accusés sont poursuivis, estimant que ce qui s’est passé fait partie de tentatives visant à perturber le processus démocratique en cours dans le pays.

• Retour sur l’arrestation puis la liquidation du leader de l’opposition Yahya Dillo

A ce propos, et après des infos relayées par les médias, le ministère public aurait révélé que le leader du Parti socialiste sans frontières, Yahya Dillo, aurait été tué après avoir été blessé lors d’affrontements entre forces de sécurité et partisans de son parti, deux mois avant les élections présidentielles censées mettre fin à la période transitoire de trois ans.

Il semble que la nouvelle concernant la mort de Dillo a été précédée par celle de l’assassinat du trésorier du parti, qui a mené l’attaque concernée.

Toutefois, Dillo avait nié être à l’origine de l’attaque du 19 février dernier perpétrée contre la Cour suprême, l’a dénoncée et l’a qualifiée de « machination », soulignant que « la Cour suprême bénéficie de la protection d’au moins trois compagnies de gendarmerie ».

A noter que le gouvernement tchadien avait publié un communiqué indiquant que le chef du « Parti socialiste sans frontières » et d’autres avaient été arrêtés, pour incitation à l’attaque du siège des renseignements et tentative d’assassinat du président de la Cour suprême du pays.

« La police a agi immédiatement pour contrecarrer cette inquiétante attaque », précisait le communiqué gouvernemental.

Dans ce contexte, l’analyste politique tchadien Al-Bashir Hassan considère que ce qui s’est passé le mercredi 28 février 2024 semble être comme une « répétition » de la scène de 2021, lorsque les forces de l’armée avaient encerclé le domicile de la famille de Yahya Dillo et ouvert le feu, provoquant ainsi la mort de la mère de Dillo dans la fusillade.

Il admet également que Mahamat Idris Deby a toujours rejeté les appels de l’opposition à ne pas se présenter aux élections, de la même manière que son père qui avait rejeté des appels similaires à ne pas se présenter aux élections qu’il avait remportées quelques jours avant sa mort.

Nous devons préciser que Yahya Dillo, 49 ans, était un rebelle armé devenu ministre et finalement chef de l’opposition considéré comme un rival dangereux pour son cousin Mahamat.

Il faut rappeler également qu’il était candidat à la présidence en 2021 face à son oncle, Idriss Deby Itno, et qu’il avait fui le pays en février de la même année (2021) après que les forces de sécurité aient tenté de l’arrêter à son domicile.

• Retour sur la course électorale

L’analyste politique Saïd Abakar Ahamat considère que Yahya Dillo était bien l’une des raisons de cette crise, en « l’absence d’un système judiciaire » qui sépare les adversaires sur ces questions, et on s’attendait d’ailleurs à ce que ces événements étaient en mesure d’« enchaîner judiciairement Yahya Dillo » afin de l’empêcher de participer aux élections présidentielles.

Il importe de rappeler que la Commission électorale avait annoncé quelques jours avant que les élections auraient lieu le 6 mai, après l’achèvement de l’étape de préparation d’une nouvelle constitution pour le pays et la tenue d’un référendum à ce sujet au cours du mois de décembre dernier.

A rappeler également qu’à la mi-janvier 2024, le parti au pouvoir avait annoncé avoir choisi Mahamat Deby comme candidat à l’élection présidentielle, d’autant plus que la nouvelle constitution a abaissé l’âge pour se présenter à la présidence de 40 à 35 ans, ce que l’opposition avait considéré que cela confirmait le maintien au pouvoir de Deby Jr., du fait qu’il est aujourd’hui âgé de 39 ans.

C’est ainsi Mahamat Deby Itno avait informé l’Union africaine qu’il ne se présenterait pas à la présidence, mais que la nouvelle constitution approuvée par référendum à la mi-décembre le lui permettait cela.

Pourtant l’opposition tchadienne avait réitéré plusieurs fois sa demande au président de ne pas briguer un nouveau mandat, tout en accusant la communauté internationale et la France en particulier de soutenir la succession et les dynasties et d’encourager Mahamat Deby Itno à confisquer le pouvoir, notamment par le recours à la force.

• Retour sur l’arrestation de Saleh Deby et de ses intentions

Saleh Deby Itno rejoignant le parti PSF de Dillo

Il importe de noter que Saleh Deby Itno, l’oncle du président de transition du pays, Mahamat Deby, a récemment rejoint le « Parti socialiste sans frontières », le parti d’opposition que dirigeait Yaya Dillo (annoncé mort dans des affrontements avec les forces tchadiennes), et ce, après avoir quitté le parti au pouvoir « le Front du Salut », dans le cadre du conflit au sein de la tribu Zaghawa dans le pays.

L’oncle est connu pour avoir un casier judiciaire dans le pays, plus récemment lorsqu’il était directeur des douanes et aurait « détourné de grosses sommes d’argent ».

En conséquence, il fût arrêté auparavant, mais il a fui à l’étranger pour y vivre comme réfugié pendant plusieurs années. Ce n’est qu’après l’assassinat de son frère, Idriss Deby Itno, en avril 2021, qu’il retourna au Tchad, sachant que des enregistrements audio attribués à lui ont été divulgués où il déclarait qu’il souhaitait se venger de ses neveux pour diverses raisons, selon plusieurs sources.

• Conflit au sein de l’armée ?

Il faut se mettre à l’évidence qu’au Tchad, les opposants et les partisans de la junte militaire au pouvoir continuent de dénoncer le meurtre de Yahya Dillo.

A ce sujet, le chef du Conseil national de la Résistance pour la démocratie, Abakar Tollimi, qui est en fait un parti d’opposition, n’a pas manqué de présenter ses condoléances à la famille et aux amis de Dillo, déclarant en toute sincérité: « Nous venons d’apprendre l’assassinat de Yahya Dillo par la junte militaire au pouvoir et ses partisans. L’homme est mort en défendant les valeurs de démocratie et de justice ».

• Répercussions de l’assassinat de Yahya Dillo et de l’arrestation de Saleh Deby

Yahya Dillo (avant son assassinat) et Saleh Deby Itno

D’après les observateurs et experts des affaires africaines, le rideau serait tombé au Tchad sur deux jours d’intense tension, avec l’annonce de l’assassinat du leader du « Parti socialiste sans frontières », Yahya Dillo, et l’arrestation de l’un de ses dirigeants, Saleh Deby, dans l’une des scènes les plus sanglantes de conflits familiaux au sein de la tribu dirigeante.

A noter que « représentants parlementaires et opposants » ont prévenu que ces affrontements, qui précèdent de prés de deux mois les élections présidentielles, ont ouvert grandement la porte à toutes les options, à commencer par celle de l’actuel président de transition, Mahamat Idriss Deby, au renforcement de son contrôle total sur le pays après les élections, ou à la dérive violente vers des confrontations avec l’opposition et les mouvements rebelles.

Dans cette lignée de supputations, le membre du Conseil de transition (Parlement), Omar al-Mahdi, décrit la situation actuelle dans le pays comme étant « très incertaine, avec l’existence d’un état d’extrême prudence après les récents développements ».

Al-Mahdi s’attend à ce que ces événements jettent une ombre négative sur les élections et au-delà. Il n’exclut pas que le pays glisse vers une confrontation armée, déclarant clairement aux médias: « Tout est possible ».

• Réactions diverses quant à l’assassinat de Yahya Dillo

-Front de l’Accord pour le Changement au Tchad (FACT)


Unité des rebelles du FACT

Réagissant à la liquidation de Dillo, le Front de l’Accord pour le Changement au Tchad (FACT) a condamné son assassinat, affirmant dans un communiqué rendu public à cet effet: « Cet assassinat systématique intervient 3 ans après l’assassinat de sa mère le 28 février 2021, dans les mêmes circonstances, afin d’empêcher Dillo de se présenter aux élections présidentielles.

Le communiqué ajoute: « C’est toujours leur façon de restreindre les vrais concurrents ou de les assassiner jusqu’à ce qu’ils choisissent des concurrents ou des compagnons non qualifiés pour candidater aux élections présidentielles, cherchant à conférer une légitimité et à transférer le pouvoir familial ».

Le Front a juré: « Ce crime odieux ne restera pas impuni. Tôt ou tard, ces auteurs seront traduits devant les tribunaux pour être jugés pour leurs actes ».

Pour rappel, le FACT est un mouvement rebelle actif dans le nord du pays depuis plusieurs années et qui est accusé de l’assassinat de l’ancien président Idriss Deby en avril 2021.

-L’organisation de défense des droits de l’homme « Human Rights Watch »

Human Rights Watch a déclaré dans un communiqué que: « L’assassinat d’un candidat potentiel à la présidentielle lors d’une attaque menée par les forces de sécurité tchadiennes contre le siège d’un parti d’opposition, suscite des inquiétudes quant à l’atmosphère des élections prévues le 6 mai prochain ».

Le directeur de HRW pour la région Afrique centrale, Lewis Mudge, a expliqué: « Les circonstances entourant l’assassinat de Yahya Dillo ne sont pas claires, mais son assassinat violent met en évidence les dangers auxquels sont confrontés les politiciens de l’opposition au Tchad, en particulier à l’approche des élections présidentielles 2024 ».

L’organisation de défense des droits de l’homme a ajouté dans son communiqué avoir « vu plusieurs photos envoyées par une source fiable proche de Dillo, le montrant tué d’une seule balle dans la tête ».

• Pour récapituler, il faut savoir ce qui s’est passé durant les 48 heures d’extrême tension
1-Annonce par le ministère public de l’assassinat de Yahya Dillo, lors d’affrontements avec les forces de sécurité.

2-Arrestation de Saleh Deby, l’oncle du président par intérim Mahamat Deby, qui a récemment rejoint le parti d’opposition « Parti socialiste sans frontières » après avoir quitté le Front du Salut, parti au pouvoir, et ce dans le cadre du conflit au sein de la tribu Zaghawa au pouvoir, sur fond d’accusations de corruption portées contre lui.

3-Plus tôt, dans un communiqué, le gouvernement avait accusé Dillo et certains membres du parti d’avoir assiégé le quartier général des renseignements et d’avoir tenté d’assassiner le président de la Cour suprême.

4-Le porte-parole du gouvernement tchadien et ministre de la Communication, Abderaman Koulamallah, a imputé l’assassinat de Dillo, qui s’était réfugié au siège de son parti, au fait qu’il « ne voulait pas se rendre et avait ouvert le feu sur les forces de l’ordre ».

5-La mort de Dillo a été précédée par l’annonce de l’assassinat du trésorier du parti lors de l’encerclement du siège du parti par les forces de sécurité, suivi par des partisans du parti qui se sont dirigés mercredi vers le siège des renseignements, où d’autres affrontements ont bien eu lieu.

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