BaromèTre Deloitte-Afis: Financiers Africains et Priorités

0
BaromèTre Deloitte-Afis: Financiers Africains et Priorités
BaromèTre Deloitte-Afis: Financiers Africains et Priorités

Africa-Press – Tchad. Le secteur financier africain entre dans une phase de consolidation stratégique. Après plusieurs années pendant lesquelles il s’est étendu géographiquement et financièrement, porté par le départ des grands groupes bancaires occidentaux aussi bien en Afrique francophone qu’anglophone, le secteur entame une nouvelle phase de sa maturité. Le baromètre 2025 de l’industrie financière réalisé par Deloitte et l’Africa Financial Summit (AFIS)* l’illustre clairement.

Les banques, assurances, fintech, acteurs des marchés des capitaux et institutions de microfinances interrogés en ligne et au cours d’entretiens individuels avec leurs dirigeants ont pivoté vers une stratégie de rentabilité et d’efficacité opérationnelle. Une recherche de profit favorisée par un contexte macroéconomique plus apaisé: l’inflation a baissé de 19 % à 14 % entre 2024 et 2025, tandis que la croissance soutenue est encore au rendez-vous avec un taux attendu de 4,8 % en 2025 et 4,3 % en 2026.

« Le secteur financier africain est entré dans une phase de maturité. La confiance est là, les fondamentaux se renforcent et l’intégration continentale devient concrète. La consolidation en cours prépare une croissance plus solide, plus durable et résolument plus inclusive », analyse Ambroise Depouilly, managing partner chez Deloitte pour l’Afrique francophone.

Confiance renforcée malgré les disparités

Résultat, la confiance progresse passant d’une note moyenne de 7,28 à 8 sur 10. Les acteurs de la microfinance et de l’assurance, dont les marchés sont les plus prometteurs, sont les plus optimistes. Dans le détail, on remarque que les groupes panafricains et nationaux arrivent en tête, tandis que les compagnies internationales et régionales restent plus prudentes avec une confiance en recul.

Grâce à leurs diversifications géographiques, les premiers arrivent à équilibrer les risques de change tout en bénéficiant de la croissance globale. « Les groupes internationaux sont très sensibles aux données macroéconomiques, comme la dégradation de note souveraine, détaille Olivier Noël, secrétaire général de l’AFIS et administrateur de plusieurs institutions financières. Les acteurs locaux connaissent, eux, leur marché. Même dans les pays compliqués où la pression sur les liquidités est forte, ils arrivent à préserver leur marge pour opérer de manière profitable, en développant les compartiments qui fonctionnent. »

La numérisation s’impose comme priorité stratégique

Les leviers de croissance changent de nature. Si démarcher de nouveaux clients et développer un réseau physique de distribution demeurent essentiels, un critère prépondérant s’installe durablement: la numérisation. La transformation digitale progresse de plus de 11 points dans les priorités stratégiques pour les trois années à venir. Deux axes clés ressortent pour expliquer cet engouement: la sécurité et la personnalisation client.

Les cyberattaques se multiplient contre les institutions financières du continent, si bien qu’elles sont devenues des enjeux systémiques. Les coûts après les attaques dépassent dix fois les investissements préventifs, créant une pression budgétaire qui ampute les ressources destinées à l’innovation. Absente du baromètre 2024, la cybersécurité arrive en tête (97 %) des évolutions jugées prioritaires pour la régulation financière.

Les promesses de l’IA

Si son utilisation est encore balbutiante, l’intelligence artificielle est perçue comme une véritable révolution, par sa capacité à générer un retour sur investissement rapide grâce à une meilleure maîtrise (détection de fraude et scoring crédit) et le développement commercial (profilage client et agents conversationnels).

En contraste, l’appétence pour l’intégration économique continentale et les préoccupations environnementales est en baisse. Seuls 5 % (moitié moins qu’en 2024) des sondés considèrent le marché commun (Zlecaf) comme un « game changer ». L’AELP, projet d’interconnexion des Bourses continentales, fait à peine mieux (6 %), système de paiement instantané transfrontalier, fait beaucoup mieux (22 %), mais reste loin de la majorité. Les acteurs doutent de la volonté politique indispensable pour harmoniser les règlements nationaux.

Finance verte, la grande perdante

Les discours révisionnistes de Donald Trump sur le dérèglement climatique et la recherche de rentabilité ont fortement entamé les émissions de produits financiers à impact durable. Les activités envisagées à court terme en matière d’efficacité énergétique (-12 %), de produits verts (-6 %), et de trajectoire « Net Zero » – équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre et compensation carbone – (-3 %) sont toutes en baisse.

« L’harmonisation panafricaine et la finance durable stagnent faute de consensus intersectoriel: les groupes internationaux y voient un levier de stabilité, les acteurs locaux craignent une standardisation inadaptée, et les fintechs redoutent une rigidification les privant d’agilité compétitive », explique le rapport. Pour Ambroise Depouilly, cependant « les défis qui subsistent sont ceux d’un écosystème qui se construit et non qui se défend ».

Pour plus d’informations et d’analyses sur la Tchad, suivez Africa-Press

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here