Eau et ÉNergie: Urgences Sociales et Promesses 2025

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Eau et ÉNergie: Urgences Sociales et Promesses 2025
Eau et ÉNergie: Urgences Sociales et Promesses 2025

Africa-Press – Tchad. En 2025, l’accès à l’eau potable et à l’énergie est demeuré l’un des défis majeurs du développement au Tchad. Malgré des projets structurants lancés ou inaugurés au cours de l’année, la réalité quotidienne de millions de Tchadiens reste marquée par les pénuries, les coupures récurrentes et de profondes inégalités territoriales. Rétrospective d’une année contrastée, entre avancées notables et urgences persistantes.

Selon les données de l’UNICEF, environ 63 % de la population tchadienne a accès à l’eau potable, un chiffre qui masque de fortes disparités entre zones urbaines et rurales. En 2025, cette fragilité structurelle s’est traduite par des crises aiguës dans plusieurs provinces.

Dans la province du Batha, notamment dans le département de Fitri, les villages de Mangbo, Oboro, Kassaba, Souloudou, Dehé et les campements de Féricks ont vécu une situation alarmante après la saison des pluies. Privées de forages fonctionnels et de puits modernes, les populations ont été contraintes de consommer les eaux stagnantes des marigots, partagées avec les animaux.

Une eau trouble et contaminée, source de maladies hydriques, comme en témoignent les habitants: « Nous buvons la même eau que les animaux. Nos enfants tombent souvent malades, mais nous n’avons pas le choix », confie un résident de Mangbo.

Cette situation n’est pas isolée. Elle illustre les difficultés structurelles de l’hydraulique rurale dans un pays où les zones arides sont particulièrement vulnérables aux changements climatiques. En 2025, l’urgence de renforcer les infrastructures hydrauliques s’est imposée comme une priorité vitale.

Choléra et alerte sanitaire: quand le manque d’eau devient une menace mortelle

L’année a également été marquée par une alerte sanitaire majeure. Le ministère de la Santé publique avait prévenu d’un risque élevé de choléra, appelant à renforcer la sensibilisation à l’hygiène et à la consommation d’eau potable. Malgré ces alertes, la maladie s’est propagée dans plusieurs provinces de l’Est, faisant des victimes.

Ce drame a rappelé le lien étroit entre accès à l’eau, assainissement et santé publique.

Électricité: des projets structurants dans un contexte de pénuries chroniques

Sur le front de l’énergie, 2025 aura été une année de réformes et de grands chantiers, mais aussi de fortes tensions. Le pays figure parmi les États africains les plus touchés par les coupures d’électricité, avec plus de 200 jours de panne par an, selon le rapport Power Outages in Africa. Le taux d’électrification nationale demeure inférieur à 10 %, et chute à moins de 3 % en milieu rural.

Face à cette situation, l’État a engagé une réforme majeure du secteur. Le 7 juillet 2025, la Société nationale d’électricité (SNE) a été déchue de son statut d’exploitant principal, ouvrant la voie à la création de la Tchadienne d’électricité (TCHADELEC), société publique censée redresser un secteur plombé par des dettes colossales et des services jugés défaillants. La reconduction de Saleh Ben Haliki à la tête de la nouvelle structure a été perçue comme un choix de continuité, dans un contexte d’attentes fortes.

Le pari du solaire: Djermaya et l’électrification des villes secondaires

Parmi les faits marquants de l’année figure l’inauguration, le 27 septembre 2025, de la centrale solaire Noor Tchad à Djermaya. D’une capacité installée de 50 mégawatts, cette infrastructure, réalisée avec l’appui des Émirats arabes unis, symbolise l’ambition du Tchad de tirer parti de son immense potentiel solaire. Toutefois, en raison des limites actuelles du réseau, seulement 12 MW sont injectés dans un premier temps.

Dans la même dynamique, le lancement des travaux d’électrification de 12 villes du pays, financé par la Banque mondiale à hauteur de 293 millions de dollars, a suscité beaucoup d’espoir. Massakory, Abéché, Sarh, Moundou, Doba ou encore Faya devraient bénéficier de systèmes solaires avec stockage sur batteries, dans le cadre de l’objectif gouvernemental d’atteindre 30 % de taux d’électrification d’ici 2027.

Une réalité locale toujours difficile

Malgré ces annonces, la réalité sur le terrain reste éprouvante. En 2025, des villes comme Abéché, Doba ou Koumra ont connu des coupures prolongées, parfois pendant plusieurs semaines.

Les pénuries de gaz domestique et de carburant ont également aggravé la situation, obligeant ménages et entreprises à se tourner vers des solutions coûteuses et polluantes, comme charbon, fagot ou groupes électrogènes.

2026 en perspective: entre attentes et vigilance

À l’orée de 2026, le bilan au département de l’eau et de l’énergie au Tchad apparaît contrasté. Des investissements importants ont été engagés, des réformes institutionnelles amorcées et la transition vers les énergies renouvelables semble enfin enclenchée. Mais pour les populations rurales et les villes de l’intérieur, l’accès régulier à l’eau potable et à l’électricité reste une lutte quotidienne.

2026 sera donc décisive. Elle devra transformer les promesses et les projets en services concrets, durables et équitables, afin que l’eau et l’énergie cessent d’être des privilèges pour devenir des droits effectifs pour tous les Tchadiens.

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