Africa-Press – Tchad. À N’Djamena, la mangue, fruit emblématique de la saison chaude, se fait desirer cette année. Habituellement abondante au mois d’avril, elle arrive en quantité limitée sur les marchés de la capitale, suscitant l’inquiétude chez les vendeurs et la frustration chez les consommateurs.
Au marché de Taradona, les mangues sont bien présentes sur les étals. Empilées en petits tas, elles annoncent le début de la saison. Mais derrière cette apparence, la réalité est tout autre: les quantités disponibles restent nettement inférieures à celles des années précédentes.
Les commerçants observent une baisse inhabituelle des arrivages. Les véhicules censés ravitailler les marchés arrivent moins fréquemment et, surtout, avec des chargements réduits. Une situation qui perturbe toute la chaîne d’approvisionnement.
Des clients hésitants face à la hausse des prix
Conséquence directe de cette rareté: les prix grimpent. Sur les marchés, la mangue devient moins accessible pour de nombreux ménages, déjà confrontés à la cherté de la vie. Certains consommateurs préfèrent réduire leur consommation, tandis que d’autres se tournent vers des fruits moins coûteux. Une tendance qui impacte directement les revenus des vendeurs.
« Cette année, les mangues sont vraiment chères. Les manguiers n’ont pas bien produit. Avant, j’achetais la même quantité entre 20 000 et 25 000 francs dans les provinces, mais aujourd’hui, elle peut atteindre 50 000 francs », explique Ali Abba Ali, vendeur de mangues.
« Nous avons du mal à écouler le stock. L’argent circule peu et les clients en achètent moins. Résultat, nous faisons souvent des pertes, car les mangues pourrissent », ajoute-t-il.
Une production en recul dans les zones productrices
Selon les acteurs du secteur, la baisse de l’offre s’explique en grande partie par une production insuffisante dans les zones rurales. Plusieurs facteurs sont évoqués: des conditions climatiques peu favorables, un rendement faible des manguiers cette année, mais aussi des difficultés liées à l’entretien des vergers.
Au-delà de la production, le transport constitue un autre défi majeur. Entre le coût élevé du carburant, le manque de véhicules adaptés et l’état dégradé de certaines routes, acheminer les mangues vers la capitale devient de plus en plus difficile.
« Le vrai problème, c’est le prix du gasoil. Avant, nous louions un véhicule à 250 000 francs, aujourd’hui cela peut monter jusqu’à 400 000 francs », affirme Saad Abdramane Khamis, président du syndicat des transporteurs de mangues.
« Ce sont souvent de petits véhicules qui ne peuvent pas transporter beaucoup de sacs. Après la vente, il ne reste presque aucun bénéfice », conclut-il.
Cette situation touche l’ensemble de la filière: producteurs, transporteurs, grossistes et détaillants. La baisse des volumes et la hausse des coûts réduisent les marges bénéficiaires, fragilisant des activités déjà précaires.
Si aucune amélioration n’est constatée, les prix pourraient continuer à augmenter dans les prochaines semaines, rendant la mangue encore plus inaccessible pour une partie de la population.
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