Trump Crée Un Fonds Pour Les Minerais Critiques En Afrique

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Trump Crée Un Fonds Pour Les Minerais Critiques En Afrique
Trump Crée Un Fonds Pour Les Minerais Critiques En Afrique

Par Fatoumata Diallo

Africa-Press – Tchad. Alors que la Chine contrôle environ 70 % de la production mondiale de minerais critiques, la riposte américaine se dessine désormais. Le 2 février, le président Donald Trump a réuni dans le Bureau ovale à Washington, des acteurs du secteur minier et industriel américain pour entériner la création d’une réserve stratégique américaine de minerais critiques.

Visant à sécuriser les approvisionnements des États-Unis en minerais critiques dans le monde entier, cette initiative est intervenue à peine deux jours avant une réunion ministérielle sur le sujet, qui a réuni le 4 février à Washington, un certain nombre de représentants de pays africains, tels que la RDC ou encore la Guinée.

Baptisé « Project Vault » (« projet chambre forte »), ce programme ‒ une première aux États-Unis bénéficiera d’un prêt de 10 milliards de dollars de la Banque d’import-export des États-Unis (Eximbank) et de 1,67 milliard de dollars issus de capitaux privés. L’annonce intervient également au moment où les sénateurs américains présentent un projet de loi visant à renouveler le financement d’Eximbank à hauteur de 70 milliards de dollars supplémentaires pour la prochaine décennie.

Acquérir et stocker des minerais critiques tels que le lithium, le cobalt, le nickel, le gallium et le germanium, indispensables aux filières industrielles, permettra aux États-Unis de sécuriser l’approvisionnement de leurs industries en cas de chocs externes.

L’initiative n’a pas tardé à faire réagir le marché. Au lendemain de l’annonce, les actions en bourse des sociétés spécialisées dans les minerais rares et critiques ont grimpé. Côté sur la place de Toronto, Ivanhoe Mines, fondé et coprésidé par l’entrepreneur Robert Friedland, qui exploite la mine de cuivre de Kamoa-Kakula ainsi que celle de zinc et de cuivre de Kipushi en RDC, a vu ses actions bondir de 8 % le 3 février au matin.

RDC principal bénéficiaire?

Si l’on ne dispose à ce jour que de peu d’informations sur les mécanismes de fonctionnement du Project Vault et sur les critères à respecter pour bénéficier de ses fonds, une chose est sûre: une partie des flux pourrait aller vers l’Afrique, continent riche en minerais critiques.

La RDC, qui représente 70 % de la production mondiale de cobalt, et possède la plus grande concentration de cuivre à haute teneur, pourrait être le principal bénéficiaire africain de ces capitaux américains.

Dans la foulée du lancement de Project Vault, Ivanhoe Mines a annoncé, dans un communiqué paru le 3 février, être en discussion avancée avec Gécamines, la société minière publique congolaise, ainsi qu’avec la société suisse de négoce, Mercuria, pour orienter une part significative de la production de Kipushi ‒ zinc et cuivre mais aussi de gallium et germanium ‒ vers les États-Unis.

Ce mouvement pourrait marquer un changement stratégique majeur dans la bataille que se livrent Washington et Pékin pour l’approvisionnement en terres rares. Avant cette offensive de Washington, le zinc de Kipushi était vendu à Mercuria qui expédiait la majorité des cargaisons vers le marché chinois et européen. Cette mine du Haut-Katanga, qui a produit 203 168 tonnes de zinc en 2025, projette d’augmenter sa production entre 240 000 et 290 000 tonnes de concentré de zinc en 2026.

Dans le même temps, Orion Critical Mineral Consortium (Orion CMC) ‒ créé en 2025 et contrôlé par le gouvernement américain et son compatriote Orion Resource Partners ‒ a signé un protocole d’entente pour l’acquisition par Orion de 40 % des parts de Glencore en RDC. Le géant du négoce détient les mines de cuivre et de cobalt de Mutanda (100 %) et Kamoto (75 %) dans le Haut-Katanga. En 2025, la production combinée de ces deux mines a représenté 247 800 tonnes de cuivre et 33 500 tonnes de cobalt, un minerai qui fut sous embargo durant plusieurs mois.

Frein à la transformation locale

Alors que, dans le cadre de l’accord minier RDC–États-Unis, Kinshasa a mis à la disposition des Américains un certain nombre de gisements, le Project Vault pourrait également permettre de financer la reprise de certaines de mines congolaises par des investisseurs américains.

En effet, si les projets visés par Washington permettent aux États-Unis de se constituer un stock solide, ces actifs nécessitent de lourds investissements. À titre d’exemple, la mine de cuivre et de cobalt de Mutoshi, dans le Lualaba, qui figure à la liste proposée par les Congolais, enregistre une dette évaluée autour de 900 millions de dollars.

Dans ce contexte, le Project Vault peut-il réellement être avantageux pour l’Afrique? « Les États-Unis, étant dans une optique de stockpiling [constitution des stocks, Ndlr], je crains que les Américains ne répondent pas aux besoins des pays producteurs, car ils ne vont transformer aucun minerai sur place », explique un spécialiste congolais du secteur minier. Et ce, dans un contexte où, de Bamako à Accra en passant par Libreville, Conakry et Kinshasa, les autorités plaident pour une transformation locale des minerais.

Source: JeuneAfrique

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