Disparition du Premier Maréchal du Tchad Il Y A 5 Ans

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Disparition du Premier Maréchal du Tchad Il Y A 5 Ans
Disparition du Premier Maréchal du Tchad Il Y A 5 Ans

Africa-Press – Tchad. Le 20 avril 2021, l’armée nationale tchadienne a annoncé la mort au front du président Idriss Déby Itno lors de combats contre les rebelles du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT). Retour sur cet événement marquant de l’histoire du Tchad.

Soirée du 19 avril 2021 à N’Djaména. Dans les locaux de l’hôtel Méridien Chari (qui deviendra par la suite la Primature), la Commission électorale nationale indépendante (CENI) proclame les résultats de l’élection présidentielle du 11 avril de la même année. Idriss Déby Itno est déclaré vainqueur au premier tour, avec 79,32% des voix, face à 9 autres candidats (3 d’entre eux ont décidé de se retirer de la course mais tardivement, donc ils ont été pris en compte).

A quelques encablures de là, à la place de la nation, une fête est prévue par le Mouvement patriotique du salut (MPS) pour saluer le 6ème mandat décroché par son leader. Mais elle n’aura finalement pas lieu. Le secrétaire général du parti d’alors, Mahamat Zène Bada, monte sur le podium, prononce quelques mots de circonstance et invite ses camarades à rentrer, leur promettant que les célébrations auront lieu plus tard.

Dès cette nuit, des chars ont été positionnés sur les principales artères aux alentours de la présidence de la République. Le lendemain matin, les citoyens qui vaquaient à leurs occupations observaient cette ambiance inhabituelle d’un œil inquiet.

Vers 10 heures, quinze généraux apparaissent à l’écran de la télévision nationale. Leur communiqué est lu par le porte-parole de l’armée de l’époque, le général Azem Bermandoa Agouna (actuel délégué général du gouvernement auprès de la province du Chari-Baguirmi). « C’est avec une profonde amertume que nous annonçons au peuple tchadien le décès […] du Maréchal du Tchad, Idriss Déby Itno… », déclarait-il solennellement. Il a précisé qu’il est mort « en défendant l’intégrité territoriale sur le champ de bataille ».

D’autres annonces ont concerné la dissolution du gouvernement et de l’Assemblée nationale, la fermeture des frontières, l’instauration d’un couvre-feu et la mise en place d’un Conseil militaire de transition (CMT) dirigé par le fils du défunt, Mahamat Idriss Déby Itno.

Beaucoup de Tchadiens étaient incrédules. D’autres ont assimilé la nouvelle à un « poisson d’avril ». Quoi qu’il en soit, le centre-ville s’est vidé en quelques minutes. Travailleurs, élèves, étudiants, c’était le sauve-qui-peut. Dans les bas quartiers qui se retrouvent ainsi bondés en pleine journée, les commentaires vont dans tous les sens.

Les médias annoncent la mort du président et les premières décisions du CMT instituant la transition. Les derniers sceptiques se rendent à l’évidence. Celui qui dirigeait le Tchad depuis plus de 30 ans était réellement mort et un nouveau pouvoir se mettait en place.

Trois décennies aux manettes du Tchad

Idriss Déby Itno est né en 1952 à Berdoba dans l’Ennedi. Après ses études secondaires, ce fils de berger s’oriente vers le métier des armes. Après des formations au Tchad et en France, il devient un important officier de l’armée tchadienne. Proche de Hissène Habré, il se retourne contre lui et s’enfuit le 1er avril 1989 avec quelques fidèles vers l’Est.

Le 11 mars 1990, plusieurs mouvements opposés au régime de Habré s’unissent et fondent le Mouvement patriotique du salut (MPS) à Bamina au Soudan. La même année, les rebelles du MPS foncent sur N’Djaména et chassent Hissène Habré du pouvoir le 1er décembre. Idriss Déby devient le nouvel homme fort du Tchad.

Après une gestion transitoire marquée notamment par l’organisation de la Conférence nationale souveraine en 1993, Idriss Déby va remporter la première élection présidentielle démocratique en 1996 au second tour face à Kamougué Wadal Abdelkader. Il sera réélu pour un second et dernier mandat constitutionnel dès le premier tour en 2001.

Mais en 2005, une réforme constitutionnelle saute le verrou de la limitation de mandat. Cette modification de la loi fondamentale entraîne des contestations. D’une part, les principaux partis d’opposition mettent en place la Coordination des partis politiques pour la défense de la Constitution (CPDC). D’autre part, la rébellion gronde. En avril 2006, les rebelles du Front uni pour le changement entrent à N’Djaména avant d’être repoussés. Quelques jours après, le chef de l’Etat remporte au premier tour l’élection présidentielle boycottée par les principaux opposants.

En 2008, c’est autour de l’Union des forces de la résistance (UFR) de faire vaciller le régime lors des combats des 2 et 3 février dans la capitale. Mais une fois de plus, Idriss Déby va tenir en échec cette rébellion.

Idriss Déby va aussi remporter la présidentielle de 2011, encore boycottée par les principaux opposants.

En 2016, les poids lourds de l’opposition étaient bien sur les starting-blocks (Saleh Kebzabo, Laoukein Médard, Djimrangar Dadnadji…). Mais ils n’empêcheront pas le candidat du MPS de remporter sa cinquième présidentielle.

En 2018, après le premier Forum national inclusif, l’Assemblée nationale adopte une nouvelle Constitution limitant à deux le mandat présidentiel. C’est ainsi qu’en avril 2021, le premier maréchal du Tchad (l’Assemblée nationale l’a élevé à la dignité de maréchal en août 2020 après l’opération colère de Bohoma qu’il a menée en mars de la même année contre le groupe Boko Haram dans la province du Lac) est de nouveau candidat pour un sixième mandat.

Il aura certes gagné l’élection, mais celui qui tient le record de longévité à la tête du Tchad a été emporté dans les combats ayant opposé l’armée aux rebelles du FACT. C’était en avril, comme pour le premier chef de l’Etat tchadien, Ngarta Tombalbaye, tombé 46 ans plus tôt, mais sous les balles des éléments de sa propre armée.

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