Africa-Press – Tchad. Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssef, a salué l’adoption par l’Assemblée générale des Nations Unies, vendredi, de la décision « Correction de la carte ». Cette décision a été proposée par le Togo au nom du groupe africain, en faveur d’une représentation cartographique plus juste et précise pour l’Afrique et d’autres régions du monde.
Youssef a félicité, dans un communiqué, les États membres de l’Union africaine et le groupe africain à New York pour leur unité et leur mobilisation autour de cette initiative.
Il a appelé les institutions internationales, les systèmes éducatifs, les éditeurs et les acteurs du numérique à travailler progressivement à l’utilisation de représentations cartographiques plus précises et en harmonie avec les espaces réels.
La Commission de l’Union africaine continuera de collaborer avec le Togo, les États membres et les partenaires concernés pour soutenir les efforts de mise en œuvre de cette initiative, selon le communiqué. Le communiqué africain a souligné qu’il est essentiel que le continent soit représenté tel qu’il est, avec ses dimensions réelles et à la place qu’il mérite dans le monde.
L’ONU vote pour adopter une nouvelle carte du monde montrant la taille réelle de l’Afrique
L’Assemblée générale des Nations Unies a voté en faveur d’une décision appelant à abandonner progressivement la carte traditionnelle de Mercator et à adopter des cartes plus précises pour représenter les tailles des continents, en particulier le design « Earth Equal » lancé en 2018.
Cette décision, selon le journal britannique The Guardian, a été initiée par le Togo et soutenue par l’Union africaine, dans le but de corriger l’image visuelle de la taille de l’Afrique, qui apparaît beaucoup plus petite que sa taille réelle sur les cartes de Mercator. Le vote a été approuvé par 164 pays, tandis que les États-Unis ont voté contre et six pays se sont abstenus.
Le Togo, qui a dirigé la campagne pour cette décision au nom de l’Union africaine, a déclaré que la décision « reconnaît et confirme que les représentations cartographiques disproportionnées, notamment celles résultant de la projection de Mercator, ont eu des effets cognitifs, éducatifs, culturels, géopolitiques et socio-économiques durables, et ont contribué à réduire la taille perçue de l’Afrique et d’autres régions du monde dans l’imaginaire collectif mondial ».
La carte de Mercator date de 1569, lorsqu’elle a été créée par le cartographe flamand Gérard Mercator pour faciliter la navigation maritime. Cependant, elle déforme les tailles géographiques à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur, faisant apparaître les zones proches de celui-ci plus petites qu’elles ne le sont réellement, tandis que les régions nordiques et sudistes éloignées apparaissent beaucoup plus grandes.
Un des exemples les plus marquants est que l’île du Groenland apparaît sur la carte à peu près de la même taille que l’Afrique, alors qu’en réalité, l’Afrique est environ 14 fois plus grande.
La campagne pour changer la carte dépasse l’aspect technique pour toucher à des dimensions culturelles et politiques, car ses partisans estiment que l’utilisation continue de Mercator pendant des décennies a contribué à ancrer une image déséquilibrée du monde, en diminuant visuellement la taille de l’Afrique et des régions du Sud global, tout en amplifiant la taille des pays de l’hémisphère nord.
Certains militants et historiens qualifient cela de « colonialisme cartographique », considérant que les représentations géographiques traditionnelles ont contribué, même indirectement, à renforcer des perceptions liées aux rapports de force mondiaux.
Le Togo et l’Union africaine soutiennent l’utilisation de la carte « Earth Equal » qui maintient le rapport proportionnel des espaces réels des continents et des pays, considérée comme un moyen de corriger les perceptions dominantes sur l’Afrique et de réévaluer les programmes éducatifs mondiaux.
Des analystes estiment que l’adoption de cartes à surface égale pourrait offrir aux nouvelles générations une vision plus précise du poids géographique, démographique, économique et politique du continent.
La décision des Nations Unies n’impose pas l’utilisation de la nouvelle carte de manière obligatoire, car les décisions de l’Assemblée générale ne sont pas légalement contraignantes, mais elle pourrait inciter à des changements dans les programmes scolaires, les cartes numériques, les applications technologiques et les institutions gouvernementales.
Dans ce contexte, la France a annoncé son soutien à la décision, déclarant qu’elle abandonnerait la projection de Mercator au profit de cartes plus adaptées à divers usages, et adopterait la projection d’Eckert IV, proche de « Earth Equal ».
Le Togo prévoit d’organiser une réunion dans sa capitale Lomé au cours du premier trimestre de l’année prochaine, avec la participation de l’UNESCO, de l’Union africaine et d’entreprises technologiques telles que Google Maps, pour discuter des mécanismes de mise en œuvre de la décision.
Ce mouvement, selon les responsables togolais, reflète le désir africain de redéfinir la manière dont le continent est présenté sur les cartes et dans les programmes, non seulement pour des raisons de précision scientifique, mais aussi pour changer l’image mentale mondiale de l’Afrique, de sa taille et de son importance.





