Africa-Press – Tchad. La question mérite d’être posée alors qu’en trente ans, le football professionnel a suivi des transformations majeures et changé de modèle économique.
Soutenu par des acteurs privés et publics qui dépensent sans compter, le monde du ballon rond connaît une frénésie financière hors norme depuis quelques années, au point que l’industrie du football génère aujourd’hui des revenus estimés à 47 milliards de dollars, selon une étude de la Rome Business School. Une dynamique de hausse des investissements qui touche aussi l’Afrique. Analyse.
Les chiffres du dernier mercato d’été n’ont pas laissé indifférents les centaines de millions de fans de par le monde. En atteste la coquette somme de 7,36 milliards de dollars dépensée, selon la Fédération internationale de football association (Fifa), pour l’acquisition de joueurs entre le 1er juin et le 1er septembre 2023 au niveau mondial.
De Jude Bellingham transféré pour 103 millions d’euros au Real Madrid à Randal Kolo Muani vendu au PSG contre 95 millions d’euros, en passant par le Brésilien Neymar (90 millions d’euros) et l’Algérien Riyad Mahrez (35 millions d’euros) partis tous les deux en direction de l’Arabie saoudite, les clubs de la planète foot ont déboursé sans rechigner, confortés par des montants qui ne cessent de croître.
Financements vertigineux
Les droits de diffusion des matchs sont le premier pourvoyeur de fonds pour de nombreux clubs, à l’instar de la Lazio de Rome dont les revenus en dépendent à plus de 65 %. Au niveau des compétitions européennes, ces derniers sont passés de 1,6 milliard d’euros pour la saison 2014-2015 à 3,4 milliards d’euros pour la saison 2021-2022, soit plus du double, selon les rapports financiers de l’Union des associations européennes de football (UEFA). Idem pour les ligues nationales où le champion toute catégorie, la Premier League anglaise, vient de signer en décembre dernier un accord historique de 8,45 milliards de dollars pour la transmission des rencontres de son championnat à partir de 2025 sur 4 ans. De quoi faire pâlir plus d’un concurrent qui lorgne aussi les revenus commerciaux toujours en hausse.
Ainsi, au-delà de la manne médiatique, le monde du football peut aussi miser sur des sponsors généreux qui n’hésitent pas à casser leur tirelire pour parrainer des équipes, voire des tournois. Dans le cadre de la Fifa, les différents partenariats conclus avec les marques telles que « Coca-Cola, Hyundai, Kia, Wanda Group ou Qatar Airways, pour ne citer qu’eux, ont généré 1,79 milliard de dollars de recettes sous forme de droits marketing au cours du cycle 2019-2022 », selon l’instance sportive basée à Zurich en Suisse où cette dernière serait sur le point de conclure un deal pharaonique avec la compagnie pétrolière saoudienne, Aramco. Un État, organisateur de la Coupe du monde 2034, qui s’est intensivement lancé – comme tant d’autres à l’image du Qatar, qui a racheté de 21,67 % des parts du club portugais de Braga en 2022, voire de la Chine, dont l’un des opérateurs, le Groupe Wanda, s’est octroyé 20 % de l’Atlético Madrid en 2015 – à l’assaut de foot mondial avec des financements colossaux, comme en témoigne le rachat de Newcastle United pour 350 millions d’euros. Une boulimie financière, confortée par une multiplication d’acteurs qui ne cessent d’augmenter, où les Africains ne sont pas en reste.
Le poids économique relativement faible du foot en Afrique
Ainsi, les accords commerciaux qu’a signés le Rwanda avec Arsenal et le Paris Saint-Germain ont permis aux Pays des mille collines, explique Gabriel Ajala d’Africa Sport United (ASU), « de générer plus de 160 millions de dollars de valeur médiatique en 2022 ». Autre signe de cette expansion des investissements africains vers l’étranger, l’entrepreneur nigérian Shola Akinlade, qui a vendu sa start-up Paystack à Stripe pour un montant qui avoisinerait les 200 millions de dollars, s’est offert au printemps 2023 55 % des parts du club danois d’Aarhus Fremad qui milite en 2e division. Cependant, force est de constater que, malgré des développements non négligeables comme la levée de 100 millions de dollars de la part de la Right to Dream Academy au Ghana en 2021, le poids économique du foot africain fait encore pâle figure au niveau international. Les chiffres parlent d’eux-mêmes.
Conclu en 2017 pour une période de 12 ans et pour un montant de 415 millions de dollars et courant jusqu’en 2028, BeIn Media Group s’est ainsi octroyé le droit des retransmissions de la CAN et dans 40 pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, ainsi qu’en Asie, en France et aux États-Unis. Une somme qui paraît encore dérisoire à côté des revenus télé estimés à 1,1 milliard d’euros rien que pour l’Euro 2020, une compétition comparable à la CAN qui se joue tous les 4 ans sur le Vieux Continent.
Côté sponsoring, « les États-Unis et l’Europe s’approprient plus de 65 % de toutes les opérations financières directes de parrainage. En contraste frappant, l’industrie du sport en Afrique n’en reçoit environ que 1 %, » indique un rapport de Statista. D’où le fait que la Confédération africaine de football (CAF) affiche aujourd’hui des revenus commerciaux encore modestes de 125,2 millions de dollars où l’instance sportive est capable d’octroyer 5 millions de dollars de récompense au vainqueur des nouvelles éditions de la Ligue des champions CAF, alors que 12 millions seront donnés pour le gagnant de la version asiatique, soit plus du double.
On l’aura bien compris, l’Afrique ne pèse pas lourd encore dans le foot business mondial. Cependant, les revenus se développent et augmentent, comme en atteste la décision de la CAF de juillet dernier d’accroître de 46 % le financement des clubs participants à la Coupe des confédérations. Le temps montrera si le continent est capable de continuer dans cette voie en se dotant d’investissements plus massifs capables de rendre ses compétitions plus compétitives et plus attractives à l’échelle internationale.
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