Comète 3I/Atlas Éjecte Cocktail Organique Inattendu

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Comète 3I/Atlas Éjecte Cocktail Organique Inattendu
Comète 3I/Atlas Éjecte Cocktail Organique Inattendu

Africa-Press – Tchad. Des hydrocarbures mais aussi des alcools. Ces familles de molécules – et probablement bien d’autres encore – sont présentes dans la comète 3I/Atlas, objet céleste formé autour d’une autre étoile que le Soleil qui traverse actuellement notre Système solaire après avoir voyagé pendant plusieurs milliards d’années dans l’espace. C’est seulement le troisième objet interstellaire identifié à ce jour, après 1I/’Oumuamua en 2017 et 2I/Borisov en 2019. Et la première fois que les scientifiques détectent des molécules organiques au sein de ces fascinants visiteurs, grâce à l’armada de télescopes et de sondes spatiales qui scrutent 3I/Atlas depuis plusieurs mois.

Comète éteinte

Repéré alors qu’il s’éloignait déjà du Soleil, 1I/’Oumuamua ressemblait à une sorte de comète éteinte, sans émission gazeuse détectable, et n’a pu être observé qu’une vingtaine de jours. Quasiment aucune information n’a pu être ainsi recueillie sur la composition chimique de l’instrus et ce faisant sur son système stellaire d’origine. Les configurations étaient beaucoup plus favorables avec 2I/Borisov. Détecté avant le périhélie (point de l’orbite où l’objet est au plus proche du Soleil), il présentait une activité cométaire bien marquée avec son nuage de poussières et de gaz de plus en plus important à mesure que les glaces se réchauffaient et se sublimaient. En analysant pendant près de dix mois la lumière émise par le halo cométaire, les scientifiques détecteront ainsi du carbone diatomique, du monoxyde de carbone, du cyanogène et de la vapeur d’eau.

Une variété de substances

Identifié le 1er juillet 2025 par le réseau de télescopes ATLAS alors qu’il se trouvait à proximité de Jupiter et filait à toute trombe (246 000 km/h) vers le Système solaire interne, le troisième spécimen est encore plus intéressant pour les astronomes. Il libère tellement de poussières et de gaz que le noyau cométaire – qui mesurerait plusieurs kilomètres de large, bien plus que 1I/’Oumuamua et 2I/Borisov – n’a toujours pas été visualisé. En deux mois d’analyses, les experts avaient déjà collecté davantage d’informations qu’après un an d’observations de 2I/Borisov – grâce aussi, faut-il souligner, au télescope spatial James Webb de la Nasa qui n’existait pas à l’époque. Une variété de substantes ont été ainsi rapidement identifiées: eau gazeuse et solide, monoxyde et dioxyde de carbone, sulfure de carbonyle, acide cyanhydrique, du cyanogène ainsi que du nickel et du fer.

De l’autre côté du Soleil

Les mesures ont cependant été interrompues vers la fin du mois de septembre, 3I/Atlas passant hélas de l’autre côté du Soleil par rapport à la Terre – notamment lors du périhélie le 29 octobre où les dégazages sont particulièrement intenses. Mais à partir de fin novembre, une panoplie d’instruments ont pu observer à nouveau 3I/Atlas qui avait commencé à s’éloigner du Soleil pour ne jamais y revenir. C’est le cas, en particulier, du télescope James Webb qui a pointé ses yeux surpuissants les 15, 16 et 27 décembre vers la comète interstellaire alors qu’elle se trouvait à quelque 350 millions de kilomètres de notre étoile.

Première détection de méthane

Grâce au détecteur MIRI conçu en partie par l’Agence spatiale européenne, il a permis ainsi « la première détection de méthane dans un objet interstellaire », annoncent des astronomes de l’Institut de technologie de Californie (Etats-Unis). Ils précisent que cette molécule organique apparait plus tardivement que l’eau dans les processus de dégazage, suggérant « un appauvrissement en méthane des couches superficielles » de la comète, sa surface ayant été probablement altérée par les rayonnements cosmiques du milieu interstellaire. Le rapport entre la quantité de méthane et d’eau est par ailleurs légèrement enrichi au regard de la plupart des comètes du Système solaire, suggérant que 3I/Atlas se serait formée dans une région très froide riche en glaces carbonées.

Une activité démultipliée

Un autre instrument de pointe confirme ce résultat et apporte des informations inédites: le télescope spatial SPHEREx lancé en mars 2025, qui réalise une cartographie spectroscopique complète du ciel (étoiles, poussières interstellaires…) tous les six mois environ dans l’infrarouge, mais peut examiner aussi des cibles opportunes à l’intérieur du Système solaire comme 3I/Atlas. En août 2025, alors que la comète était encore éloignée du Soleil entre Jupiter et Mars, il n’avait détecté que la vapeur d’eau et du monoxyde de carbone ainsi que d’importantes émissions de gaz carbonique. Mais les mesures réalisées par SPHEREx du 8 au 15 décembre montrent à quel point l’activité cométaire s’est depuis intensifiée: la quantité de vapeur d’eau a été multipliée par 40 et de dioxyde de carbone par 80 ! `


Chimie prébiotique

« Maintenant que l’énergie du Soleil a eu le temps de pénétrer profondément dans la comète, les glaces intactes enfouies sous la surface se réchauffent et entrent en éruption, libérant un cocktail de substances chimiques qui n’avaient pas été exposées à l’espace depuis plusieurs milliards d’années », explique le cosmologiste Phil Korngut du Caltech, un des auteurs de l’étude. La signature spectrale caractéristique des composés organiques apparait ainsi très clairement dans les nouvelles mesures de SPHEREx. Même si ces données ne permettent pas encore de distinguer les différentes substances, elles correspondent manifestement à des hydrocarbures (méthane, éthane, etc.), des alcools (notamment le méthanol) ou au formaldéhyde – molécules qui permettent de fabriquer des assemblages plus complexes tels des acides aminés et ont dû jouer un rôle central sur Terre dans la chimie prébiotique. « Sur notre planète, les molécules organiques constituent la base des processus biologiques même si elles peuvent être fabriquées par des phénomènes qui n’impliquent pas la vie », relève la Nasa.

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