Africa-Press – Tchad. Voir une planète en train de naître autour d’une étoile lointaine est déjà un spectacle émouvant. Mais observer carrément un système planétaire en train de se construire, c’est le Graal. Et c’est ce que vient de réaliser une équipe internationale en confirmant l’existence d’une géante gazeuse, baptisée WISPIT 2c, encore enfouie dans le disque protoplanétaire de son étoile — et de sa sœur, WISPIT 2b. Les deux planètes sont en orbite autour d’une étoile située à 430 années-lumière de la Terre. Cette découverte, rendue possible grâce au Very Large Telescope au Chili, a fait l’objet d’une publication dans la revue The Astrophysical Journal Letters.
Un système solaire d’à peine 5 millions d’années
A quoi ressemblent ces nouvelles nées? A des géantes gazeuses, mais bien plus imposantes que nos Jupiter et Saturne. WISPIT 2b, découverte en premier, a une masse proche de cinq fois celle de Jupiter. Elle évolue très loin de son étoile, à 8,5 milliards de kilomètres, soit bien au-delà de Pluton dans notre propre système solaire. WISPIT 2c, elle, se situe beaucoup plus près, à environ 2 milliards de kilomètres. Elle est plus massive que sa sœur, entre 8 et 12 fois la masse de Jupiter. Leur « soleil », l’étoile WISPIT 2, est âgée d’à peine 5 millions d’années. Elle est encore entourée d’un vaste disque de gaz et de poussières, structuré en anneaux et en sillons. « Ces structures suggèrent que d’autres planètes sont en train de se former, que nous finirons par détecter », explique dans un communiqué de l’ESO Chloe Lawlor (Université de Galway, Irlande), auteure principale de l’étude.
Combiner la lumière de plusieurs télescopes
WISPIT 2 rappelle le système PDS 70, seul autre cas connu où deux planètes ont été directement observées en formation. Mais il s’en distingue par l’ampleur et la richesse de son disque, qui pourrait donc encore cacher d’autres mondes à venir. Comme le résume Christian Ginski (Université de l’Arizona, Etats-Unis), coauteur de l’étude: « WISPIT 2 nous offre un laboratoire essentiel […] pour observer la formation d’un système planétaire tout entier ». Reste à comprendre comment ces planètes ont pu être détectées. Car même si elles sont massives, elles restent extrêmement difficiles à observer: leur lumière est noyée dans celle, bien plus intense, de leur étoile, et brouillée par le disque de gaz et de poussières qui les entoure. L’instrument SPHERE du Very Large Telescope (VLT) de l’ESO, en occultant la lumière de l’étoile, a permis de capturer une première image de WISPIT 2c, la plus proche de WISPIT 2. Mais cela ne suffit pas: dans un disque protoplanétaire aussi complexe, certaines structures — comme des amas de poussières — peuvent produire des signaux qui ressemblent à une planète.
Voir les planètes grandir
C’est là qu’intervient GRAVITY, sur l’interféromètre du VLT, récemment amélioré par le système GRAVITY+. Cet instrument combine la lumière de plusieurs télescopes pour atteindre une résolution exceptionnelle, capable de distinguer des objets très proches de leur étoile. Mais surtout, il ne se contente pas de voir: il analyse la lumière. En décomposant le spectre de l’objet, les astronomes ont pu identifier une signature chimique caractéristique d’une jeune planète géante, notamment du monoxyde de carbone. Les astronomes comptent désormais poursuivre leurs observations de WISPIT 2 avec des instruments encore plus puissants, notamment le futur Extremely Large Telescope de l’ESO. De quoi détecter d’autres planètes en formation, et suivre l’évolution de celles déjà identifiées. Après avoir vu naître des planètes, il s’agit désormais de les voir grandir…. Toujours en direct !
Pour plus d’informations et d’analyses sur la Tchad, suivez Africa-Press





