Prise De Sang Prédictive Pour Alzheimer Et Démences

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Prise De Sang Prédictive Pour Alzheimer Et Démences
Prise De Sang Prédictive Pour Alzheimer Et Démences

Africa-Press – Togo. Tels des colis contenant des messages secrets, les vésicules envoyées et reçues par nos cellules pourraient nous informer sur la probabilité de développer une maladie neurodégénérative dans le futur. « Les cellules libèrent volontairement ces vésicules, qui en deviennent le miroir », appuie le neuroscientifique Jean-Christophe Delpech, chercheur à l’Inrae. Son projet BEACON, axé sur cette quête de la signature du vieillissement anormal du cerveau dans les vésicules extracellulaires, lui a valu de remporter le Prix Desmarest en janvier 2026. Remis par la Fondation Pierre Deniker luttant pour la santé mentale, ce prix comprend une bourse de recherche de 100.000 euros.

Les vésicules extracellulaires, miroir de l’état et des besoins de nos cellules

« Nous cherchons un marqueur de déclin accéléré, pour détecter les gens dont la mémoire et la cognition déclinent plus vite que la normale, au stade où on ne parle pas encore de maladie », annonce Jean-Christophe Delpech à Sciences et Avenir. Ce marqueur, il entend le trouver dans les vésicules extracellulaires circulant dans le sang. Emises et reçues en continu par nos cellules, ces minuscules « bulles » – les plus petites faisant la taille de bactéries, de 20 à 200 nanomètres – contiennent des protéines, lipides, ARN ou encore des fragments d’ADN. Un monde d’informations et de matériel biologique qui peuvent même agir par elles-mêmes. « Les plaquettes par exemple libèrent des vésicules extracellulaires qui participent à la coagulation », illustre Jean-Christophe Delpech. Certaines servent de véritables petits colis au bénéfice de cellules parfois très distantes. « Des données récentes suggèrent que des vésicules d’origine bactérienne produites dans l’intestin sont retrouvées au niveau de certaines cellules du cerveau, qui possèdent ainsi des micro ARN qu’elles ne peuvent pas produire elles-mêmes ! » Ces vésicules sont d’ailleurs étudiées comme véhicules possibles de médicaments, mais les scientifiques peinent encore à trouver un moyen de les adresser au bon destinataire.

Des vésicules contenant des marqueurs de démence

Miroirs des cellules qui les produisent, les vésicules extracellulaires reflètent également leur état pathologique. « Par rapport à un individu sain du même âge, les vésicules d’une personne souffrant de la maladie d’Alzheimer contiennent plus de protéines tau phosphorylées, notamment la phospho217, à mesure que la maladie avance », explique Jean-Christophe Delpech. La phospho-tau 217 ou p-tau217 est de plus en plus considérée comme un marqueur diagnostic de la maladie d’Alzheimer, retrouvée dans le sang ou le plasma. Mais ce n’est pas ce genre de marqueur, caractéristique d’une maladie déjà installée, qui intéresse Jean-Christophe Delpech. L’objectif de BEACON, c’est de trouver un marqueur sanguin prédictif d’un déclin cognitif encore pas ou peu amorcé. « Nous cherchons d’abord la signature d’une évolution vers une trajectoire anormale dans les vésicules totales, c’est la première étape. A terme, nous aimerions examiner des sous-types de vésicules pour voir si on observe un encore meilleur signal et une meilleure prédiction. »

Prédire pourquoi certains ont le cerveau qui vieillissent mieux que d’autres

L’équipe de chercheurs, en collaboration avec l’équipe Inserm bordelaise de la neuroscientifique Nora Abrous, a d’ores et déjà identifié 60 marqueurs potentiels dans les vésicules extracellulaires de rats, en comparant deux populations qui, bien que génétiquement homogènes, ont des trajectoires cognitives distinctes. « Ces rats vieillissants évoluent spontanément vers une résilience ou une vulnérabilité cognitive », souligne Jean-Christophe Delpech. L’équipe de chercheurs sait par ailleurs prédire dès l’âge adulte, en absence de trouble de la mémoire, la trajectoire de vulnérabilité ou non des rats au cours du vieillissement. Grâce à la bourse du Prix Desmarest, les chercheurs espèrent trouver les deux à cinq protéines les plus prédictives de cette trajectoire – l’idéal pour constituer un biomarqueur fiable -, et ce dès l’atteinte de l’âge adulte chez les rats. Parmi les candidates, plusieurs sont impliquées dans la neuroinflammation, très importante dans le vieillissement cognitif.

En parallèle, des résultats chez l’humain sont également sur le point d’être publiés. « Après un an de supplémentation nutritionnelle, leur mémoire s’améliore sur certains aspects… Mais pas pour tous. Certains répondent très bien et pas d’autres », rapporte Jean-Christophe Delpech. « En creusant, nous nous sommes rendus compte que ces vésicules extracellulaires pouvaient nous permettre de prédire ceux qui y répondent ! » L’équipe attend des premiers résultats d’ici 2027, avant de pouvoir vérifier la pertinence de ses marqueurs d’identification de trajectoire et de réponse à des approches nutritionnelles sur de plus grandes cohortes humaines. Avec à la clé, ils l’espèrent, un test sanguin prédictif permettant de mettre en place des interventions correctives chez les personnes à risque de basculer vers la neurodégénérescence. Mais pour cela il faudra attendre encore cinq à dix ans.

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