Africa-Press – Togo. M’étant rappelé de lui il y a quelques semaines, par respect et devoir moral oblige, je lui ai dédié le 16 janvier dernier un article pour lui souhaiter un bon anniversaire. Il avait soufflé ses 98 bougies.
L’homme « n’est qu’un jonc qui tremblé au gré du vent ». Tel un oiseau, le natif de Bopa sur les bords du lac Ahémé, s’est envolé ce jour du 23 février 2026 et sans bruit. Paisiblement pour le paradis des « combattants des causes justes ».
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Celles et ceux qui l’ont approché et connu, sont en cette nuit tombante, sont tous orphelins d’un brave, le « dernier des Mohicans »
Têtêvi Godwin Tété-Adjalogo, analyste et clinicien de l’histoire contemporaine togolaise
De grande taille, il n’en est pas ! Une carrure affûtée, il n’en possède pas, mais Tétévi Godwin Tété-Adjalogo est d’une indescriptible densité. Plus qu’un témoin de son époque, » Papa Kobli »,le nonagénaire à la chevelure grisonnante, bien souvent couverte par une casquette, « est « un combattant de lutte », qui n’a pas son semblable.
Condisciple de l’opticien Quacoé Wossinou Christian et de Sanvee Kouamba Patience, plus connue « Epévi », une figure marquante du groupe des « Nana Benz », du nom de ces puissantes et influentes femmes dans le domaine du commerce des tissus pagnes, il compte à son actif, une kyrielle d’ouvrages axés sur l’histoire et la politique africaine dont le cas togolais, mais aussi qui évoquent des centres d’intérêt tels que la décolonisation, le panafricanisme… Une option entre narration, évocation, transmission et partage. Retour sur le parcours de l’infatigable analyste qui force le respect dans la mémoire collective.
Des médias comme Radio France Internationale, la défunte Radio Africa N°1 bien évidemment les chaînes publiques togolaises firent un large écho, à la fin des années quatre vingt ; d’une affaire, celle de « tracts mensongers» avec l’arrestation par la police des frontières à l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny à Abidjan de deux citoyens togolais: le fonctionnaire à la retraite et historien Godwin Tété. En provenance de Paris, il avait été interpellé avec trois valises de près de 2000 exemplaires de l’Alternative (Manifeste de la Convention Démocratiques des Peuples Africains (Cdpa), un mouvement politique évoluant dans la clandestinité. Venu pour l’accueillir, le Pr Daniel Kueviakué a été également interpellé. Après avoir échappé à l’extradition vers Lomé, les deux compagnons furent évacués sur Paris après quelques jours de détention.
Né de parents togolais, Godwin Tété-Adjalogo a vu le jour le 16 janvier 1928 à Ahouangor sur les bords du lac Ahémé (Bopa) en ex Dahomey (Bénin). Après ses études effectuées successivement à l’Ecole de la Mission Evangélique et à l’Ecole Primaire Supérieure (Eps ) de Lomé dite « Petit Dakar », il se rend en France et s’inscrit à l’École Supérieure des Travaux Publics (ESTP) Léon Eyrolles dans le Vè Arrondissement de Paris pour devenir ingénieur.
Mais il se réoriente vers des études de Droit et d’Economie à la Sorbonne avant de mettre le cap sur Prague en ex –Tchécoslovaquie. Il s’y outille davantage en Economie avant de retourner au bercail peu de temps avec l’accession du Togo à la souveraineté internationale.
Pour son entrée dans la vie active, Têtêvi Godwin Tété-Adjalogo fait ses preuves en qualité de Conseiller économique au Service de l’Agriculture à la Présidence de la République (sous le régime Nicolas Grunitzky). A l’issue d’un stage effectué à l’Institut de Développement Economique de la Banque Mondiale à Washington (USA), il sert pendant de longues années à titre d’Administrateur civil sous l’autorité de l’Unicef à Abidjan en Côte d’Ivoire, à Dakar au Sénégal, Lagos au Nigéria, Addis- Abeba en Ethiopie, puis à Kigali au Rwanda, son dernier pays jusqu’à la retraite en janvier 1984.
Un militant dans l’âme et infatigable analyste.
Militant dans l’âme, Têtêvi Godwin Tété-Adjalogo a œuvré durant ses années d’études universitaires en France au sein des associations comme Jeune Togo ou la Fédération des Associations des Etudiants Africains Noirs en France (Feanf), avec des ténors tels que le médecin Albert Dosseh Franklin et l’avocat Noé Kutuklui. Il est par ailleurs membre fondateur de la Convention Démocratiques des Peuples Africains (Cdpa) créée en 1988 dans la clandestinité à l’étranger, avec les regrettés Gu-Konu Emmanuel Yema et Gerson, Benjamin Moise Benni Johnson sans oublier Isidore Latzoo et Do Ben.
Mais c’est sous la bannière de la Branche Togolaise issue en mars 1991 de la scission survenue au sein de la Cdpa originelle, qu’il a été Délégué aux travaux de la Conférence Nationale Souveraine tenus plus tard en juillet –août à Lomé, avant de devenir membre du Haut Conseil de la République (HCR)-Parlement de transition au Togo durant la période 1991-1992.
Malgré son grand âge, Godwin Tété-Adjalogo est l’un des rares témoins de l’histoire qui ne rate aucune occasion pour édifier les jeunes sur l’histoire, les multiples combats menés par les pères fondateurs de la République pour l’accession du Togo à la souveraineté internationale.
Sous sa dense plume, de nombreux ouvrages sur des thèmes variés dont « Sylvanus Olympio, père de la nation togolaise » -« Cheikh Anta Diop et la renaissance africaine »- « Omer Adoté un martyr politique du Togo »- « De la Colonisation Allemande au Deutsche Togobund »- « Quelques pans cruciaux de l’histoire contemporaine du Togo »- « Encore la question togolaise »- « Mon testament politique, l’itinéraire d’un panafricaniste »- « Peuples africains, prenons en main notre destin ! » -« La question nègre- Histoire du Togo » (en cinq volumes)- « La question du Plan Marshall et l’Afrique »- « De la dialectique démocratie/ développement en Afrique » et bien d’autres parus pour la plupart aux Editions l’Harmattan.





