comment les groupes armés se remplissent les poches !

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comment les groupes armés se remplissent les poches !
comment les groupes armés se remplissent les poches !

Anouar CHENNOUFI

Africa-Press – Togo. Les efforts d’explication du phénomène du terrorisme en Afrique et les efforts pour apporter de vraies solutions à la crise qui frappe le continent et menacent d’élargir l’éparpillement géographique des groupes armés, de leurs alliances et de leurs diverses sources de financement, nécessitent encore un enracinement non traditionnel des approches de à ce phénomène et la compréhension de ses contextes sociétaux pour déterminer les véritables responsabilités nationales de l’État face à la crise, et pas seulement coordonner les rôles des acteurs externes face au phénomène, et ce que cela signifie comme renforcement de la durabilité des menaces terroristes et comme offre de possibilités de propagation des activités des groupes armés meurtriers, en l’absence de développement économique et de véritables réformes politiques, sous prétexte d’efforts pour lutter le phénomène et de la nécessité d’un soutien extérieur aux régimes situés dans ces foyers brûlants en Afrique subsaharienne.

Question financement

Des millions de dollars investis dans le terrorisme

Dans un rapport publié par le Groupe Intergouvernemental d’Action contre le Blanchiment d’Argent en Afrique de l’Ouest (GIABA) et le GAFI, les deux institutions ont collaboré ensemble pour la mise en œuvre d’un projet de recherches sur les typologies afin d’identifier les différentes méthodes utilisées par les groupes armés, les organisations terroristes et ceux qui les soutiennent en Afrique de l’Ouest pour réunir, déplacer et utiliser des fonds.

L’équipe en charge du projet s’est basée sur les données fournies par des experts de cinq pays d’Afrique de l’Ouest qui ont été gravement et fréquemment secoués par ces groupes, notamment : le Burkina Faso, le Mali, le Niger, le Nigeria et le Sénégal.

Le rapport présente des études de cas, qui ont permis d’identifier des indicateurs et des alertes. Sur la base de ces études de cas, le projet a identifié quatre catégories de typologies de méthodes et techniques, employées par les groupes armés ouest africains pour financer ou soutenir leurs activités :
• Financement par le commerce et d’autres activités lucratives
• Financement à travers des ONG/ œuvres et prélèvements caritatifs
• Financement par la contrebande d’armes, de biens et de monnaie (passeurs de fonds)
• Financement par le trafic de drogue.

Le rapport fait des recommandations aux États d’Afrique de l’Ouest et aux autorités régionales et internationales ainsi qu’aux partenaires au développement afin qu’ils renforcent leurs efforts en matière de LBC/FT (Lutte contre le Blanchiment de Capitaux et le Financement du Terrorisme).

Le rapport vise à aider les décideurs des politiques publiques, les autorités de régulation et de poursuite pénale, ainsi que les entités assujetties à l’obligation de déclaration de soupçon de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme à acquérir une meilleure compréhension de la nature et des mécanismes du financement de ce phénomène en Afrique de l’Ouest.

Le Sahel africain et le financement du terrorisme : diversité et opportunités du système financier

Nous passons en revue ci-après les différentes sources de financement utilisées par les groupes terroristes sahéliens selon leur caractère illicite, pour montrer comment les organisations terroristes ont développé une capacité rapide à s’adapter à un environnement local d’économies informelles tout en évoluant et profitant des opportunités offertes par le système du marché financier mondial.

C’est d’ailleurs ici que le terrorisme prend une dimension transactionnelle, nécessitant l’adoption de sanctions et de mesures restrictives au niveau international dans le domaine de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement des groupes armés.

Le Sahel, une combinaison d’opportunités de violence

Connu sous le nom de “ceinture de l’Afrique”, le Sahel est un territoire semi-aride de 5.000 km qui s’étend de l’océan Atlantique à la mer Rouge. Bien qu’il couvre une extension géographique d’une dizaine de pays, institutionnellement parlant le Sahel ne regroupe que les cinq pays subsahariens pays et anciennes colonies françaises, constitués en 2014 sous le nom d’Organisation du G5 Sahel : Mauritanie, Niger, Burkina Faso, Tchad et Mali (qui s’est retiré du groupe dernièrement).

Le Sahel est un territoire complexe, une combinaison de facteurs qui contribuent à la formation de groupes armés et activités terroristes. Les cinq États sont perpétuellement en crise socio-économique en raison de l’instabilité politique et démocratique, de la corruption enracinée dans gouvernements et institutions, des différences ethniques régionales et d’un très faible revenu, se classant aux premières places mondiales en termes d’extrême pauvreté.

Crise démographique et environnementale

Selon l’organisation des Nations Unies, le Sahel a des taux de fécondité très élevés, estimant une augmentation de sa population de 75 millions d’habitants à près de 200 millions en 2050. Cette croissance exponentielle, qui est combinée à la rareté des précipitations dans la région, aggrave la capacité de l’approvisionnement alimentaire. D’où résulte une crise migratoire due aux flux de migrants essayant d’atteindre clandestinement l’Europe à la recherche d’une “vie meilleure” ou fuyant les zones touchées par le terrorisme.

Le manque de ressources économiques et l’incapacité des gouvernements de garantir la sécurité, provoquent une symbiose entre les groupes armés et la population à dominance jeune, qui trouve dans le terrorisme une solution à leur situation précaire. Pendant ce temps, ces groupes profitent de la situation pour gagner des adeptes et renforcer leurs capacités de contrôle.

Le Sahel, scène de diversité pour le financement

Différentes organisations terroristes opérant au Sahel, évoluent constamment en convergeant ou en s’intégrant les unes aux autres. Cependant, les attentats terroristes et le contrôle économique de leurs activités sont principalement attribués à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), à Daech (État islamique) et à Boko Haram.

Comme toute autre entreprise, un groupe terroriste a besoin de revenus économiques pour entretenir sa propagande coûteuse et atteindre ses objectifs. Mais quand on parle de Financement du Terrorisme (FT), cela recouvre à la fois des moyens économiques et logistiques, car les terroristes ont besoin d’armes, de munitions, de véhicules et de combattants prêts à se battre pour leur cause.

A cet effet, AQMI, Daech et Boko Haram, établissent des points frontaliers pour l’échange d’armes, de personnes, d’argent liquide et d’informations.

C’est un triangle de collaboration Maghreb-Sahel. D’un point de vue local, les terroristes utilisent de nombreux moyens de financement différents.

Un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) estime que plus de 40,5 milliards d’euros sont perdus chaque année dans les flux illicites pour le financement du terrorisme en Afrique de l’Ouest.

En résumé, on peut dire que le terrorisme et l’extrémisme violent sont les menaces sécuritaires les plus graves pour l’Afrique en 2021. Les groupes armés locaux ayant des liens mondialisés sont dispersés dans de nombreux pays d’Afrique orientale, occidentale et australe, et leurs activités provoquent des conflits locaux et emploient des groupes criminels organisés, déstabilisant finalement un paysage politique déjà fragile.

Dans le même temps, des années d’interventions des forces de sécurité et militaires dirigées par les gouvernements nationaux, avec le soutien américain et occidental, n’ont pas réussi à éliminer les dangers de ce phénomène qualifié de très violent.

En conséquence, à moins que de nouvelles approches de prévention ne soient incorporées dans les approches de la lutte contre le terrorisme, les nombreux efforts nationaux et régionaux de l’Afrique échoueront, et elle ne pourra pas parvenir à une paix durable et crédible.

Résolution du Conseil de sécurité

Dans ce contexte, le 28 mars 2019, le Conseil de Sécurité des Nations Unies avait adopté à l’unanimité la « résolution 2462 sur la lutte contre le financement du terrorisme », la première dédiée spécifiquement à cette problématique. Présenté à l’initiative de la France dans le cadre de sa présidence du Conseil de Sécurité, le texte est placé sous le chapitre VII de la Charte des Nations Unies, qui autorise le recours à des sanctions en cas de non-respect de ses dispositions.

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