Francis Pédro : “Les chefs d’Etats de la CEDEAO doivent revoir leur copie pour ne pas devenir ridicules”

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Francis Pédro : “Les chefs d’Etats de la CEDEAO doivent revoir leur copie pour ne pas devenir ridicules”
Francis Pédro : “Les chefs d’Etats de la CEDEAO doivent revoir leur copie pour ne pas devenir ridicules”

Africa-Press – Togo. À mon sens, la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a, une fois de plus, manqué le coche le dimanche 9 janvier 2022 à Accra dans sa prise de sanctions multiformes et variées contre le Mali.

En analysant une à une ces sanctions, à moins d’un déséquilibre de mon esprit, elles sont toutes dirigées contre le peuple malien qui est malmené par tous les bords pour des fins à peine inavouées.

Lorsqu’on ferme les frontières terrestres et aériennes, que cherche-t-on si ce n’est d’affamer les populations maliennes dont l’aliment de base est le riz et tout le monde sait que la grande partie de ce riz provient de l’importation?

Lorsqu’on bloque les réserves et les avoirs de l’État malien dans les banques, que vise-t-on si ce n’est d’empêcher le payement des salaires, de faire fonctionner les hôpitaux en les dotant de matériels et de médicaments?

Comment les chefs d’États ouest-africains n’ont-ils pas compris qu’en demandant à l’Union Africaine, l’Union européenne et l’ONU, d’appliquer les mêmes sanctions contre le Mali, que cela signifie clairement qu’ils demandent l’asphyxie totale du peuple malien ?

Certes, on dira qu’il faut faire plier la junte malienne qui veut faire étirer la transition sur 5 ans. Mais à ce niveau, une question s’impose : Comment est-on arrivé à une situation comme celle là au Mali? La réponse à cette question est sans ambages : la CEDEAO a manqué à son devoir d’aller au secours du peuple malien au moment où celui-ci avait seulement besoin que l’organisation ouest-africaine respecte son propre protocole sur la démocratie, comme quoi nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude

En ce moment, beaucoup trop d’idées s’entrechoquent et assaillent mon esprit.

Elles m’amènent à revisiter le parcours de la CEDEAO, cette communauté de biens, réfléchie et voulue pour booster le développement de la sous région.

Ainsi, en 1975, naissait la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’ouest, un marché commun qui prend en compte une population d’environ 245 millions d’habitants. Les objectifs fixés sont la circulation des biens et des personnes. Et pour consolider ces acquis qui restent à parfaire, il devenait nécéssaire d’enclencher la seconde phase de l’Union.

En 1995, la CEDEAO des peuples voit le jour avec la démocratie et l’État de droit comme nobles ambitions affichées et partagées qui devraient ouvrir la voie à la troisième phase qui est la monnaie unique et c’est là où tout commence à sentir le roussi

Malheureusement, à la place de la CEDEAO des peuples, s’est substituée la CEDEAO des chefs d’États avec ses corollaires de reprise des violations massives des droits humains et la révision, à tout bout de champ, des lois fondamentales dans plusieurs pays, surtout francophones, à commencer par le Togo pour se maintenir au pouvoir contre le gré des peuples.

Devant ces cas, la CEDEAO, quand elle ne joue pas à l’autruche, prête, la plupart du temps, main forte à ces chefs d’États qui violentent, emprisonnent et assassinent les populations qui osent les contester lors des hold-up électoraux qu’ils organisent en guise d’élections transparentes et équitables comme ce furent les cas au Togo, en Côte d’Ivoire, au Mali ou en Guinée.

Au regard de ce bref historique, il faut dire que ce qui s’est passé à Accra le dimanche 9 janvier 2022, n’est rien d’autre qu’une cabale des chefs d’États de la sous région, sinon, une fuite de responsabilité à plusieurs égards:

1 À l’égard de la junte au Mali.

Il y a lieu de couper la poire en deux. Au lieu de 5 ans, imposer une transition de deux ans et demi, assortie d’un chronogramme clair et précis compte tenu de la complexité de la situation qui prévaut dans ce pays

Il aurait fallu prendre des mesures d’accompagnement qui aident à enrayer le terrorisme et ses méfaits dans le Sahel, accompagner le Mali dans l’organisation des élections avec la logistique nécessaire.

La sagesse aurait recommander à l’UA, l’UE et l’ONU d’accompagner le Mali à se sortir de la mauvaise passe au lieu de les inviter à punir les maliens.

2 À l’endroit de la sous région toute entière.

La CEDEAO aurait saisi cette occasion pour envoyer un message fort qui condamne la révision anarchique des constitutions pour se maintenir au pouvoir.

Elle aurait pris une décision ferme de respecter le protocole et son additionnel sur la démocratie et l’État de droit.

Ce faisant, la CEDEAO aura ramenée la sérénité dans la sous région. Elle ne devrait pas jouer à Ponce Pilat en actionnant la banque centrale de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) qui gère la monnaie de 8 pays africains francophones et non la monnaie unique de la CEDEAO pour éditer des batteries de sanctions contre le Mali. En tout état de cause, il est inadmissible que l’on sente que ces sanctions de la CEDEAO sont téléguidés par le franc CFA.

Aussi pour le Mali qui ne s’embrase pas et par ricoché la sous région toute entière, les chefs d’Etats de la CEDEAO doivent revoir leur copie pour ne pas devenir ridicules.

Francis Pédro AMUZUN

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