Décryptage : comment la BOAD a réussi son emprunt « durable » de 750 millions d’euros

9
Décryptage : comment la BOAD a réussi son emprunt « durable » de 750 millions d’euros
Décryptage : comment la BOAD a réussi son emprunt « durable » de 750 millions d’euros

Africa-PressTogo. Pour l’emprunt international le moins cher de son histoire, la banque ouest-africaine a ciblé un marché peu exploité mais prometteur. L’analyse de Jeune Afrique.

L’avalanche de chiffres et de données ésotériques dans le communiqué officiel pourrait faire oublier l’essentiel. Un emprunt de 750 millions d’euros ; une maturité de douze ans ; un coupon de 2,75 % soit un spread de 300 points de base par rapport au taux moyen…

L’essentiel est que pour sa quatrième incursion sur le marché de la dette obligataire internationale, réalisée à la fin de janvier, la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) a décroché le financement le plus bas de son histoire pour un eurobond, en l’adossant à un engagement encore rare sur les places financières africaines : le financement de projets « durables ».

90 % des ressources pour des projets verts et sociaux

« L’émetteur a l’intention d’affecter environ 90 % du produit net des obligations émises […] au refinancement de projets verts et sociaux éligibles existants, le produit restant devant être utilisé pour financer de nouveaux projets verts et sociaux éligibles ».

Telle est la promesse faite par la BOAD, selon un document consulté par Jeune Afrique, aux 260 investisseurs qui se sont manifestés de Londres (40 %) aux autres places européennes (40 %), en passant par les États-Unis (17 %), et même l’Asie et le Moyen-Orient, pour le reliquat.

Ces derniers ont accepté de prêter leurs fonds à l’institution présidée par le Béninois Serge Ekué au taux de 2,75 % pour une durée de douze ans.

Un « pool de liquidités en euros » disponibles

D’aucuns noteront que le taux de 2,75 % pour une dette de douze ans reste très attractif pour des investisseurs européens, alors que le marché de la dette reste structurellement déprimé sur le Vieux Continent. Le rendement moyen pour une maturité similaire sur l’ensemble des obligations européennes est de -0,053 % selon la Banque centrale européenne. Les marchés sont même prêts à payer les émetteurs notés AAA pour l’honneur de détenir leur dette à douze ans (soit un taux de -0,47 %)…

D’autres relèveront plutôt le fait qu’il y a seulement quinze mois, en octobre 2019, la BOAD avait dû consentir un taux de 4,7 % pour emprunter 830 millions de dollars auprès des marchés internationaux, pour une maturité similaire.

Qui plus est, outre ce taux plus bas, la BOAD a réalisé cette émission en euros, dont le cours est stable vis-à-vis du franc CFA, monnaie des pays membres et des clients de l’institution de développement. « Le fait nouveau, c’est l’existence d’une profondeur de marché en euros », explique le financier Lionel Zinsou.

Les spécialistes de la dette souveraine africaine se souviendront peut-être qu’il y a quelques années le Sénégal devait souscrire des contrats de swaps (conversion) pour ses eurobonds en dollars, pour se couvrir contre une dépréciation du CFA vis-à-vis du billet vert…

Pour le patron de SouthBridge, la réussite de l’émission de la BOAD est un signe des plus positifs. « Pour les pays qui ont des monnaies très stables, cela veut dire qu’un bassin de liquidités supplémentaires s’ouvre, en euros, qui vient s’ajouter au marché en dollars », explique Lionel Zinsou.

Des fonds consacrés aux investissements durables

Outre la révélation de ce « pool de financement en euros », l’emprunt de la BOAD signale surtout un appétit du marché pour les « financements verts ». Alain Tchibozo, économiste en chef de la BOAD, recruté par Serge Ekué, ne s’y est pas trompé.

Aux côtés des gestionnaires d’actifs (75 %), habitués à ce type de souscriptions, plus de 20 % d’investisseurs institutionnels (banques, assureurs, fonds de pension) ont participé à l’émission de la BOAD.

« La crise du Covid-19 a démontré à tous l’importance du développement durable. C’est le message qui a été envoyé aux investisseurs. D’autant plus qu’il y a des fonds d’investissements dédiés uniquement à appuyer de tels projets. Notre émission est tombée à pic! », se félicite Alain Tchibozo.

À preuve, alors que « la BOAD sollicitait 600 millions d’euros, elle en a obtenu 750 millions. Et il y avait 4 milliards d’euros dans le carnet d’ordres [4,4 milliards selon le décompte officiel] », ajoute Lionel Zinsou.

Une cinquantaine de projets identifiés
« Pour cette enveloppe, une cinquantaine de projets qui répondent aux normes de développement durable seront financés », explique Alain Tchibozo. Selon la note aux investisseurs que nous avons consultée, pas moins de 1 milliard d’euros de « projets verts et sociaux éligibles » ont déjà été identifiés par la BOAD.

Parmi eux, une centrale solaire capable d’assurer 39 000 MWh par an à Korhogo, dans le nord de la Côte d’Ivoire, une usine de traitement d’eau d’une capacité de production de 288 000 mètres cubes par jour à Bamako, capitale du Mali, la construction de 500 salles de classes au Sénégal pouvant accueillir 28 560 élèves…

Selon nos informations, la BOAD anticipe 3 300 milliards de F CFA (plus de 5 milliards d’euros) d’engagement totaux « pour atteindre les résultats en matière de développement définis dans le plan stratégique 2021-2025 ».

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here