Gestion 2026: Dépenses Budgétaires et Trésorerie Alarmantes

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Gestion 2026: Dépenses Budgétaires et Trésorerie Alarmantes
Gestion 2026: Dépenses Budgétaires et Trésorerie Alarmantes

Africa-Press – Togo. Tant la cruche va à l’eau qu’à la fin, elle se casse, dit un proverbe. A quoi sert-il de gonfler un budget, année après année sans maitrise de l’endettement? Comment un pays pourra-t-il parler de développement quand les services de la dette, la dette elle-même et les charges de personnel lestent les recettes? Le projet de budget 2026 ne prête pas à sourire, pour peu qu’une comparaison sans complaisance soit faite par rapport à il y a un an.

Prétendre décrypter tout le budget serait illusoire. Mais certains aspects et certaines rubriques permettent d’avoir un synopsis de la sauce à laquelle seront mangés les Togolais. Pour un projet de budget estimé à 2 740,5 milliards FCFA, voici déroulées les principales dépenses, avec si nécessaire une comparaison par rapport au budget de 2025 en cours d’exécution.

Les recettes budgétaires, constituées de recettes fiscales (1 338 858 533 000 FCFAC), de recettes non fiscales (109 611 506 000 F) et de dons-projets (166 942 839 000 FCFA), s’élèvent à 1 615 412 878 000 FCFA.

Quant aux recettes de trésorerie, projetées à 1 097 451 521 000 FCFA, elles se composent majoritairement de titres publics (473 522 812 000 FCFA), d’emprunts-projets à hauteur de 220 545 909 000 FCFA et d’autres emprunts attendus pour 403 882 800 000 FCFA. Mais comment ces projections seront-elles utilisées en termes de dépenses?

Sur la base des recettes budgétaires, le gouvernement devra consacrer pour 2026 seulement, 188 615 484 000 FCFA au remboursement des intérêts sur la dette publique ; soit 11,67% des recettes budgétaires. Concernant le payement de l’ensemble du personnel, ce sont 373 549 753 000 FCFA qui lui seront consacrés ; ce qui représente 23,12% des recettes budgétaires. Et ce n’est pas fini.

Côté trésorerie, « les remboursements des produits des emprunts à court, moyen et long terme représentent un total de 880 894 462 000 FCFA. Et quand on réalise que les ressources de la trésorerie sont projetées à 1 097 451 521 000 FCFA, il ressort que le remboursement de la dette, rien que pour 2026, représente 80,26% desdites ressources !

Avec un tableau pareil, « que restera-t-il à l’Etat pour les autres besoins que sont les secteurs prioritaires?» Peut-on se demander. Lorsqu’on estime qu’il y a des dépenses somptuaires et somptueuses dont l’Etat aurait pu faire l’économie, c’est pour de très bonnes raisons. Les preuves?

Dans le budget 2025, les dépenses de personnel par exemple étaient de 355 664 454 000 FCFA, contre 373 549 753 000 FCFA pour 2026. Ce qui représente une augmentation de plus de 17,885 milliards FCFA. Pour un pays sous-développé qui cherche des moyens d’aller de l’avant, n’est-ce pas trop, cette augmentation de plus de 5% par rapport à 2025 sur des salaires? Assurément que les émoluments des nouveaux députés (113 contre 91), des conseillers régionaux et des sénateurs y sont pour quelque chose. Et heureusement que les 140 nouveaux conseillers municipaux ne s’y sont pas ajoutés. Mais ce n’est que partie remise.

S’agissant des projets d’investissement, lesquels devraient absorber des fonds, ils n’ont augmenté de moins de 9 milliards, passant de 540,557 milliards à 549,163 FCFA.

Si en 2025, les intérêts sur la dette étaient de plus de 166,957milliards FCFA, ils sont passés à 188 615 484 000 F un an plus tard. Et pour la dette intérieure et extérieure elle-même, elle était de 710 621 713 000 F contre 880 894 462 000 FCFA dans l’actuel projet de loi ; une augmentation subite de 170 272 749 000 FCFA. Soit pratiquement 24% de bond. Mais pour quels résultats palpables aux yeux des citoyens? Certainement qu’à l’aide d’une lampe-tempête, ils verront les réalisations qui justifieraient cette augmentation.

Pour comprendre que le pays s’endette au-delà de ses capacités de mobilisation des ressources, une comparaison du ratio dette sur ressources de trésorerie renseigne que si en 2025, ce ratio de 710 621 713 000 FCFA/902 453 931 000 FCFA (ressources de trésorerie de 2025) était de 78,74%, il passera à 80,267% fin décembre 2026 (880 894 462 000 FCFA/1 097 451 521 000 FCFA) ; or, les titres publics (recours sur le marché financier) passeront de 332 315 774 000 FCFA à 473 522 812 000 FCFA. A ce rythme, et si rien n’est fait, il arrivera une année où les ressources de trésorerie seront totalement consacrées au remboursement de la dette d’une année ! D’où l’impératif de redescendre sur terre et de pondre des lois de finances à la mesure des capacités du Togo.

Des questionnements émergent à la suite de ces constats

A quoi sert-il de courir sur le marché financier de l’UMOA, de recourir aux emprunts si in fine, la dette ne connait pas de courbe descendante et le développement tant rêvé devient chimérique? Quel visage aurait le budget du Togo si le marché financier n’avait pas existé, et si les emprunts espérés n’aboutissaient pas?

On ne saurait garder silence sur les subventions inscrites au budget 2025, mais dont les citoyens n’ont pas ressenti les effets: les plus de 9 milliards affectés au gaz butane pour que son prix soit revu à la baisse, et les 36 milliards dédiés aux produits pétroliers. Une loi de finance rectificative devra situer les consommateurs, surtout que ces produits pétroliers n’ont pas varié d’un iota durant l’année en cours. A quoi ont servi ces sommes?

L’un des moyens pour renflouer les caisses de l’Etat est de mettre à contribution les plus nantis. Ailleurs, les riches se voient imposer 2% sur leur fortune. Encore faut-il qu’au Togo, on dispose d’un fichier de ceux-ci, grâce à la déclaration de patrimoine pour ce faire. Ce qui reste une chimère…

Mais qu’en diront les parlementaires, plus prompts à accompagner l’exécutif qu’à s’exercer à un devoir de contrôle? Le temps est compté, argueront certains ; « nous sommes du même bord, donc allons-y », se défendront d’autres.

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