AprèS le Togo, L’Afrique sans FrontièRes?

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AprèS le Togo, L’Afrique sans FrontièRes?
AprèS le Togo, L’Afrique sans FrontièRes?

Africa-Press – Togo. Le Togo a annoncé l’exemption de visa pour les citoyens de tous les pays africains pour un séjour allant jusqu’à 30 jours, à condition de faire une demande en ligne via une plateforme gouvernementale 24 heures avant l’arrivée. Ainsi, le Togo rejoint un club restreint de seulement six pays africains ayant ouvert complètement leurs frontières aux citoyens du continent, comprenant le Rwanda, les Seychelles, la Gambie, le Bénin et le Ghana, tandis que le Kenya se rapproche de cette liste en n’excluant que deux pays (la Somalie et la Libye) de sa décision d’exemption.

Cependant, cette ouverture reste une exception dans un continent comptant 54 pays, car environ 48 d’entre eux maintiennent un système de visas traditionnel qui entrave la circulation des personnes et des capitaux. Ces restrictions se reflètent dans le volume des échanges commerciaux intra-africains, qui ne dépasse pas 16 %, contre plus de 60 % au sein de l’Union européenne, selon un rapport publié par une source locale en mars dernier.

Pire encore, le protocole de l’Union africaine sur la libre circulation des personnes, adopté en 2018, n’a été ratifié que par quatre pays jusqu’à présent, alors qu’il nécessite 15 ratifications pour entrer en vigueur. Quant au passeport africain unifié, lancé symboliquement en 2016, il reste réservé aux diplomates et aux hauts responsables, rendant les initiatives actuelles des décisions souveraines unilatérales susceptibles d’être annulées à tout moment, sans engagements juridiques contraignants.

L’indice d’ouverture des visas africains pour 2024 montre une progression cumulative modeste, les Africains pouvant voyager sans visa dans 28 % des scénarios de mobilité continentale, contre 27 % en 2022 et seulement 20 % en 2016. De plus, 33 pays sur 54 accordent une exemption de visa à dix pays ou plus, tandis qu’environ un quart des voyageurs obtiennent un visa à l’arrivée.

La sécurité: un véritable obstacle ou un prétexte politique?

Les pays opposés à l’ouverture s’appuient sur des justifications de sécurité réelles, notamment dans la région du Sahel, qui connaît l’une des vagues de conflits armés les plus violentes au monde, ainsi que sur le trafic d’armes, de personnes et la criminalité transfrontalière. Cependant, réduire la situation à la seule dimension sécuritaire néglige des couches plus profondes de considérations économiques et politiques, parmi lesquelles la dépendance de certains pays aux revenus des visas en tant que ressource souveraine stable, la crainte de l’exode de la main-d’œuvre vers des économies plus attractives, ainsi que les disparités dans les capacités administratives et de contrôle aux frontières.

Un symbole qui avance, des institutions qui prennent du retard

Les observateurs estiment que la décision du Togo représente un développement positif qui ajoute une dynamique symbolique au processus d’ouverture continentale, mais elle ne reflète pas un changement institutionnel profond. Pour réaliser le rêve d’une « Afrique sans frontières », des mesures concrètes sont nécessaires, telles que la ratification des protocoles, l’harmonisation des infrastructures douanières et numériques, et le renforcement de la confiance sécuritaire entre les pays. Tant que cela ne sera pas réalisé, le marché commun africain restera plus proche du discours politique que de l’application réelle, où le manque de volonté politique et l’absence de mécanismes d’obligation se posent comme des obstacles majeurs, en plus des défis sécuritaires existants.

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