Alzheimer, inflammations : les pouvoirs encore inexploités des médicaments anti-obésité (GLP-1)

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Alzheimer, inflammations : les pouvoirs encore inexploités des médicaments anti-obésité (GLP-1)
Alzheimer, inflammations : les pouvoirs encore inexploités des médicaments anti-obésité (GLP-1)

Africa-Press – Togo. Depuis plusieurs décennies, les preuves s’accumulent. Les médicaments contre l’obésité et le diabète, basés sur le GLP-1, ne sont pas efficaces que dans leur indication d’origine. L’effet anti-inflammatoire du liraglutide ou du semaglutide pourraient ainsi améliorer les fonctions cérébrales altérées dans les maladies neurodégénératives comme Alzheimer ou Parkinson, suggère une nouvelle étude parue dans la revue Neuron. Et peut-être même, d’après de premiers travaux publiés dans Cell Metabolism, une action anti-inflammatoire en cas d’infection.

“Il existe des points communs entre les pathologies du métabolisme, comme l’obésité et le diabète, et les maladies neurodégénératives”, explique Daniela Cota, directrice de recherche à l’Inserm et spécialiste du rôle du cerveau dans l’obésité. D’abord la sensibilité altérée à l’insuline au niveau du cerveau, qui modifie le contrôle de la glycémie. Or, un cerveau qui a du mal à utiliser le glucose, son principal carburant, est un cerveau qui dysfonctionne. Ensuite, les maladies neurodégénératives comme métaboliques souffrent d’une inflammation persistante (une réaction immunitaire inappropriée) au niveau du cerveau ou d’autres organes comme le tissu adipeux.

Le GLP-1 pour améliorer la mémoire

C’est là qu’intervient le GLP-1. Produit principalement au niveau de l’intestin, il semble agir de façon locale pour éliminer le glucose de la circulation après l’ingestion d’aliments. Pour cette raison, les médicaments mimant le GLP-1 (on parle d’agonistes du GLP-1) aident à réguler la prise alimentaire et le métabolisme.

Mais le GLP-1 étant rapidement détruit dans le corps, son action est à la fois locale et médiée sur de plus longues distances par un intermédiaire: le système nerveux. Plus précisément le nerf vague, qui encourage la production de GLP-1, et le système sympathique, qui au contraire la réprime. “En inactivant l’axe sympathique, les chercheurs ont obtenu chez la souris une plus grande production de GLP-1”, explique Daniela Cota au sujet des travaux parus dans Neuron. Ces souris modifiées bénéficiaient d’un meilleur contrôle de métabolisme du glucose et d’une augmentation de la capacité du cerveau à le recevoir et l’utiliser. Résultat, elles avaient une meilleure mémoire !

Ces résultats sont dans la lignée du premier papier sur le sujet, datant de 2003 et publié dans Nature Medicine. Les souris qui y étaient dépourvus de récepteurs pour le GLP-1 – et ne pouvaient donc pas ressentir ses effets – souffraient d’atteinte cognitives et de problèmes de mémoire.

Lorsque les animaux retrouvaient des récepteurs GLP-1 dans l’hippocampe, une structure très importante pour la mémoire, ils récupéraient une fonction mnémonique similaire à une souris normale, et même supérieure à la normale si les récepteurs étaient surexprimés, explique Daniela Cota. “C’était la première étude qui suggérait une utilité du GLP1 en dehors de la régulation du métabolisme et du poids.” En l’occurrence, comme espoir potentiel dans le traitement des pathologies neurodégénératives comme Alzheimer et Parkinson.

La diminution de l’inflammation passe par l’action du GLP-1 sur le cerveau

L’endocrinologue Daniel Drucker était un des signataires de cette étude de 2003. Dans sa nouvelle étude publiée dans Cell Metabolism il se concentre avec son équipe sur l’inflammation. “Une inflammation accrue est à l’origine du développement de nombreuses complications du diabète de type 2 et de l’obésité comme les maladies cardiaques, les AVC, l’athérosclérose, des maladies hépatiques et rénales, ainsi que les maladies de Parkinson et d’Alzheimer”, explique-t-il.

Or, les médicaments à base de GLP-1 sont efficaces pour réduire la plupart des états inflammatoires liés à ces différentes pathologies, alors que les récepteurs au GLP-1 sont peu retrouvés dans les cellules immunitaires des organes concernés, en dehors des intestins… Et du cerveau. “Nous avons pensé que puisque le GLP-1 communique avec le cerveau et que le système nerveux peut communiquer avec tous les organes et tissus, le cerveau contribuait peut-être à l’action du GLP-1 pour réduire l’inflammation sur l’ensemble de l’organisme”, narre Daniel Drucker.

En bloquant les récepteurs au GLP-1 au niveau du cerveau, les chercheurs découvrent effectivement que les bénéfices anti-inflammatoires des médicaments basés sur le GLP-1 était considérablement affaiblis. C’est un nouvel axe immunité-cerveau médié par le GLP-1 que les chercheurs ont mis à jour ! “Les actions anti-inflammatoires des médicaments GLP-1 sont donc médiées par le cerveau et ne nécessitent pas de perte de poids ou de contrôle de la glycémie”, conclut-il.

“L’inflammation dont parle Daniel Drucker est plus proche de celle induite par une infection que celle que l’on retrouve, à bas bruit, chez les patients atteints d’obésité par exemple”, tempère Daniela Cota. Malgré tout, ces résultats ont un intérêt certain. Les patients souffrant d’obésité ou de diabète ont en effet aussi un système immunitaire altéré et donc des difficultés face aux infections bactériennes ou virales comme le Covid-19. “Il y a peut-être là un lien: les agonistes du GLP1 pourraient aider contre les infections de ces personnes dont le système immunitaire est altéré”, conclut la chercheuse.

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