Africa-Press – Togo. La mission Artemis II de la Nasa, premier vol habité à destination de la Lune depuis plus d’un demi-siècle, est dans ses derniers préparatifs. Le 17 janvier 2026, la fusée géante Space Launch System qui propulsera quatre astronautes vers notre satellite naturel a été acheminée sur le pas de tir du Centre spatial Kennedy en Floride, pour un décollage prévu au plus tôt le 6 février (avec 16 possibilités de lancement jusqu’au 30 avril). Installés à bord de la capsule Orion au sommet du Space Launch System, les membres d’équipage – trois Américains et un Canadien – réaliseront alors un voyage de dix jours autour de la Lune… en compagnie de leurs doubles cellulaires ! « Une expérience qui révolutionnera la manière de faire de la science, de la médecine et l’exploration humaine vers d’autres planètes », annonce la physicienne Nicola Fox, directrice associée aux missions scientifiques de l’Agence spatiale américaine.
Organes sur puce
Pilotée par la Nasa, la BARDA (agence de recherche biomédicale avancée) et les Instituts américains de la santé, l’expérience est dénommée AVATAR (« A Virtual Astronaut Tissue Analog Response »). Objectif: utiliser des « organes sur puce », dispositifs microscopiques reproduisant les fonctions de tissus humains grâce à des cellules vivantes, pour simuler et étudier de façon personnalisée « les effets de la microgravité et des rayonnements de l’espace profond sur la santé des astronautes », précise la Nasa. Pas plus grand qu’une clé USB, ces dispositifs recèlent des cellules souches hématopoïétiques issues de prélèvements sanguins sur chacun des quatre astronautes d’Artemis II. Ils sont alimentés par des canaux microfluidiques fournissant l’oxygène et les nutriments nécessaires au métabolisme des cellules tout en évacuant leurs déchets.
« La nouvelle conquête de la Lune », c’est le dossier du mensuel de Sciences et Avenir n°948, daté février 2026. Le magazine est disponible dans tous les points de vente habituels à partir du jeudi 22 janvier 2026.
Affaiblissement du système immunitaire
Les cellules souches hématopoïétiques ont été utilisées pour les besoins de cette expérience parce qu’elles proviennent de la moelle osseuse. Or celle-ci, qui produit toutes les cellules du sang (globules rouges, globules blancs, plaquettes) et joue un rôle essentiel dans le système immunitaire, est particulièrement sensible aux rayonnements spatiaux (cosmiques, UV, particules solaires de haute énergie…). Ces rayonnements altèrent l’ADN des cellules et réduisent les globules rouges, blancs et plaquettes sanguines, ont montré une variété d’expériences réalisées, sur Terre et dans la Station spatiale internationale (ISS). C’est le cas aussi de la micropesanteur, qui entraîne une perte de densité osseuse, des anémies et un affaiblissement du système immunitaire.
Facteurs de stress
La plupart des données disponibles ont été collectées dans l’ISS, en orbite basse à 400 kilomètres de la Terre, protégée de la majeure partie des rayonnements cosmiques et solaires par la magnétosphère terrestre. Sachant que l’équipage d’Artemis II s’aventurera bien au-delà de cette couche protectrice, à près de 400.000 kilomètres de notre planète, « les chercheurs du programme AVATAR visent ainsi à comprendre comment les facteurs de stress combinés des rayonnements spatiaux et de la microgravité affectent le développement cellulaire », explique la Nasa.
Techniques de séquençage
Lorsque la mission Artemis II reviendra sur Terre après avoir fait le tour de la Lune et parcouru plus d’un million de kilomètres, les scientifiques compareront les organoïdes ayant voyagé dans la capsule Orion à ceux restés ici-bas afin d’isoler les effets des conditions extrêmes de l’espace. Des techniques de séquençage permettront d’identifier, en particulier, d’éventuelles cassures des brins d’ADN ou des mutations génétiques, d’autres analyses mesurant les conséquences d’un stress oxydatif ou les signes d’un vieillissement accéléré des cellules souches. Les organoïdes placés dans Orion seront aussi comparés aux cellules souches de leurs doubles humains afin de vérifier que ces dispositifs constituent bel et bien un modèle fiable.
Futures missions
A terme, des organes sur puce simulant le fonctionnement du cœur, du foie, du pancréas ou du cerveau d’un groupe d’astronautes pourraient être envoyés dans l’espace lointain – sur la Lune ou même Mars – avant le lancement d’une mission habitée. « Tandis que nous irons de plus en plus loin et resterons de plus en plus longtemps dans l’espace, les équipages n’auront sur place qu’un accès limité aux soins médicaux, indique Lisa Carnell, directrice de la division des sciences biologiques et physiques de la Nasa. Il sera donc essentiel de comprendre les besoins spécifiques de chaque astronaute afin qu’ils disposent de l’aide adéquate pour leurs futures missions. »





