Africa-Press – Togo. Depuis plus d’un demi-siècle, ce bassin du nord-est de l’Éthiopie est l’un des territoires les plus intensivement explorés par les paléoanthropologues. Les paléontologues y ont identifié plus d’une dizaine d’espèces d’hominines, appartenant aux genres Ardipithecus, Australopithecus et Homo, couvrant une large part de l’histoire évolutive humaine. Mais aucune trace des paranthropes. Ce groupe d’hominines robustes apparu il y a environ 2,7 millions d’années est connu pour ses molaires hypertrophiées et son appareil masticateur puissant. Il se divise en deux espèces: Paranthropus robustus et P. boisei.
Un pré-humain plus adaptable qu’imaginé
Cette absence avait fini par être interprétée comme un signal biologique. Pour certains chercheurs, une spécialisation alimentaire trop marquée aurait limité les paranthropes à des régions plus méridionales. D’autres y voyaient la conséquence d’une concurrence perdue face à Homo. La découverte d’une mâchoire partielle, datée de 2,6 millions d’années, dans la zone de Mille-Logya, remet brutalement ces scénarios en question. « Le principal résultat de notre étude est que cette découverte étend l’aire connue de Paranthropus de plus de 1000 kilomètres et montre que cet hominine était bien plus répandu et versatile qu’on ne le pensait », explique Zeresenay Alemseged, principal auteur de l’étude publiée dans la revue Nature.
« Notre découverte montre que ce genre était capable d’occuper des habitats variés, comme Homo et Australopithecus, et que son adaptation ne l’a pas empêché de se disperser largement en Afrique de l’Est », ajoute-t-il. La présence des paranthropes est désormais attestée du sud de l’Afrique jusqu’au nord de l’Éthiopie, et a perduré pendant environ 1,5 million d’années, entre 2,7 et 1,2 millions d’années.
Un « casse-noix » pas si spécialisé
Cette mâchoire conduit aussi à réévaluer en profondeur l’écologie et le régime alimentaire de Paranthropus. Longtemps résumé à l’image d’un « casse-noix », à cause de ses grosses dents, le genre a souvent été présenté comme excessivement spécialisé, enfermé dans une niche alimentaire étroite dictée par son anatomie robuste. Une vision qui résiste mal à vaste dispersion géographique. « Pour que Paranthropus ait occupé des régions allant de l’Afrique du Sud jusqu’à l’Afar, il devait nécessairement disposer d’une certaine flexibilité alimentaire », souligne Zeresenay Alemseged.
Les données accumulées ces dernières années vont d’ailleurs dans ce sens. Des analyses isotopiques et microstructurales des dents montrent que différentes espèces de Paranthropus consommaient des ressources variées, et pas nécessairement identiques entre elles. Des travaux récents suggèrent même que Paranthropus boisei était capable, au moins ponctuellement, d’utiliser ou de produire des outils en pierre, brouillant la frontière comportementale avec Homo.
Dans ce contexte, l’extinction des paranthropes ne peut plus être considérée comme l’échec d’un genre sur-spécialisé. « Ils ont vécu pendant 1,5 million d’années. S’éteindre après une aussi longue durée est la norme plutôt que l’exception », rappelle Zeresenay Alemseged. Il s’avère, finalement, que les paranthropes et les ancêtres des humains ont suivi des trajectoires évolutives parallèles, chacune avec ses contraintes et ses opportunités.





